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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 16:08

 

 

 

Hillary Clinton, prochaine présidente des Etats-Unis ?

 

 

Le point d'interrogation est imposé par la déontologie... Mais qu'un personnage tel que Donald Trump se soit imposé comme candidat du parti Républicain en dit long sur la dérive de cette formation historique, qui fut le parti de Lincoln! Trump est un bateleur n'ayant jamais exercé de mandat politique, une caricature du populisme, gênante même pour la famille Bush! Qu'il puisse s'identifier au courant protectionniste, qui a le vent en poupe, est le seul élément intéressant. Un milliardaire candidat des "petites gens", voilà qui est à mourir de rire. Et cependant, le malaise de la société est aussi évident aux Etats-Unis qu'en Europe. S'il ne s'agissait que de terrorisme, dans un pays où le commerce des armes, totalement libre, permet de s'en servir comme à une fête foraine! Mais sous toutes les longitudes, l'avenir se présente vaseux, sans promesse. Croissance en berne, taux d'intérêts proches de zéro, petits emplois mal payés... La couche inférieure de la classe moyenne américaine risque de se "trumpiser", face à une candidate qui représente, elle, l’establishment.

 

 

Traits archaïques du système politique américain

 

 

Car les Clinton peuvent difficilement être dissociés de Wall Street, il suffit d'évoquer la présidence de Bill Clinton, qui achève le siècle dernier, pour s'en persuader... C'est l'époque où fut abrogé le Glass Steagall Act de 1933, qui séparait légalement du crédit les activités affairistes !

 

 

Avec l'entrée en scène de Bernie Sanders lors de la campagne pour l'investiture du parti Démocrate, quelque chose avait réellement changé. Le sénateur du Vermont portait les couleurs de la gauche américaine. Il ne l'emporta pas.

 

 

Il aurait pu se présenter à la présidence, mais sans aucune chance d'y parvenir. Le système politique américain n'est pas seulement bipartisan, il est d'abord basé sur les Etats. Le président n'est pas élu directement, mais au second degré par un collège électoral. Le candidat arrivé en tête dans un Etat emporte tous les votes de cet Etat, peu importe par quelle majorité. Il est même arrivé, ainsi en 1888 dans le duel Cleveland-Harrison, qu'un président soit élu avec une minorité du vote populaire !

 

 

Le mode de sélection des candidats découle d'un système archaïque, avec des élections primaires de plusieurs sortes, caucus ouverts ou fermés. Et on sait que les conventions qui les proposent au suffrage ressemblent à des shows à grand spectacle. Un Sanders n'aurait pu aller plus loin sans diviser gravement le parti Démocrate. En pratique, l'élection présidentielle se joue dans un petit nombre d'Etats, ainsi de l'Ohio.

 

 

L'incontournable...

 

 

Hillary Clinton n'est pas une candidate très populaire, mais elle est incontournable. Sa force résiste dans le réservoir de voix dont elle dispose chez les femmes et dans les minorités: les Noirs, les latino-américains, les minorités en général...Tout indique que les dirigeants du parti républicain ont déjà fait leur deuil de la présidence. Ne parlons pas des sondages, dans un pays où il faut se faire enregistrer comme électeur... Rappelons que le Congrès se renouvelle tous les deux ans, mais le Sénat par tiers.

 

 

La supposée future présidente est une politicienne de haut vol, toujours habile à s'adapter aux courants dominants. Elle sait que les traités de libre échange transcontinentaux suscitent toujours plus la critique. Pour ce qui est de la scène internationale, cependant, elle garde une solide réputation d'interventionnisme, et son désaccord avec Obama sur la question syrienne est notoire. Qu'aurait-t-elle fait ?

 

 

 

Robert Falony

 

 

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 16:06

 

 

 

Turquie, Syrie, Etat islamique: l'ébullition

 

 

Du coup d'Etat qui a failli emporter le régime Erdogan , le 15 juillet, on peut au moins retenir cette évidence: la Turquie ne répond pas aux normes de l'Union européenne et les négociations pour l'y faire entrer ne sont qu'un leurre. (Plus personne n'y croit d'ailleurs). Le soulèvement d'une partie de l'armée n'a pas été anodin, il aurait sans doute réussi si les mutins avaient pu s'emparer de la personne du président, et empêcher son "appel au peuple". Selon un récit, ils l'ont manqué de peu.

 

 

Quel que soit le rôle de la faction Gülen dans l'évènement, il reste que l'armée turque est un foyer de troubles. Il y a eu plusieurs centaines de morts, des bombardements.

 

 

Du bon usage du coup d'Etat

 

 

L'AKP, le parti d'Erdogan, n'est pas seulement un parti islamo-conservateur. C'est devenu un parti d'Etat, ultra nationaliste, visant à l'instauration d'un régime présidentiel autoritaire, dans la glorification du passé ottoman, et en rupture complète avec l'idéologie kémaliste. Erdogan a mis à profit le coup militaire manqué pour procéder à une épuration de masse, non seulement dans l'armée mais dans la magistrature, le corps enseignant, les médias. Des listes de proscription, de toute évidence préétablies, ont été mises à exécution.

 

 

Le régime se caractérise aussi par la mise à contribution intensive de la diaspora turque en Europe, jusqu'à l'indécence, avec le concours de politiciens locaux. (1)

 

 

Qu'on ne parle pas de "démocrature", terme inepte et vide de sens. Aux élections de novembre 2015, l'AKP, en s'en prenant à deux fois et en jouant sur la lassitude, a obtenu près de 50 pour cent des voix, un électeur sur deux. Une base suffisante pour instaurer une quasi dictature. Le Parlement n'est plus un lieu du pouvoir, c'est un élément décoratif. Le principal parti d'opposition, qualifié de pro-kurde, le HDP, a été marginalisé, laminé.

 

 

La question kurde

 

 

L'ancien empire ottoman, "l'homme malade" de l'Europe, était pluriethnique. De sa décomposition, la Turquie kémaliste a conclu à une volonté centralisatrice et unitariste. Pour Erdogan encore davantage que pour ses prédécesseurs, les Kurdes, qui peuplent le sud-est de la Turquie, sont des adversaires avec lesquels on ne négocie pas une solution de type fédératif. Le PKK est classé organisation terroriste presque davantage que l'Etat islamiste. Face à une Syrie en décomposition, à l'abominable régime de la famille Assad, le principal souci d'Ankara est de s'opposer à l'autonomie des Kurdes de Syrie.

 

 

L'Etat islamique est bien un Etat...

 

 

La frontière turque a longtemps été une passoire pour les "djihadistes" en lutte contre le régime de Damas, lequel ne peut s'appuyer que sur la minorité alaouite et druze de la population syrienne. Depuis 2011, ce régime, assisté par Moscou, a refusé tout processus démocratique, et porte une large part de responsabilité dans l'essor de Daech et du califat, d'ailleurs au départ de l'Irak plus que de la Syrie.

 

 

Ce qui distingue Daech des autres composantes de l'islamisme guerrier est moins son idéologie que sa volonté de contrôler un territoire géographiquement délimité, et qui englobe en Irak la seconde ville du pays, Mossoul. L'armée irakienne est bien incapable de reprendre cette cité, moins combative que les Kurdes face au califat.

 

 

Robert Falony

 

 

(1). Parmi les élus belges d'origine turque, le citoyen Emir Kir en est un exemple...

 

 

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 10:27

 

 

 

Nice: que "comprendre" ?

 

 

L'attentat de Nice, par son mode opératoire et son moment- en pleine fête du 14 juillet- a suscité plus d'effroi encore que la tuerie du Bataclan et des cafés. Dans la foule des explications, il en est à écarter, pour ce massacre là et les autres. Notre société n'a pas affaire à "quelques fous", ou à des "loups solitaires". Mais il ne faut pas imaginer non plus que tout est machiné dans les repaires de Daech, bien que l'Etat islamique en soit bel et bien un, avec un territoire et un gouvernement, qui englobe en particulier la grande ville de Mossoul.

 

 

Tout se passe comme si l'islamisme guerrier, retenons ces termes, agissait tel un aimant: dans un monde de communication instantanée, plus besoin d'une hiérarchie à l'ancienne. L'aimant agit sur les esprits habités par la haine (Dans une société abominable, il y a des êtres abominables). Le passage à l'acte est facilité par la violence des rapports sociaux. Un mince vernis religieux sert d'alibi, balaie le "Tu ne tueras point" idéologiquement correct. La mondialisation englobe la violence sectaire qui ensanglante le Moyen Orient, et s'exporte en Europe, sans parler des Etats-Unis.

 

 

La formule banalisée "Le risque zéro n'existe pas" ne doit pas conduire au fatalisme. La sécurité dépend avant tout du renseignement, l'étalage de la force publique étant diversement apprécié.

 

 

R.F.

 

 

 

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 22:37

 

 

 

Autour du "Brexit": un océan de confusion...

 

 

La question britannique peut être abordée de diverses façons. On peut dire que la construction européenne serait plus solide si, dès le départ, la Grande Bretagne n'en avait pas fait partie. Elle s'est toujours comportée comme voulant faire partie d'un club pour en avoir les avantages sans en subir les obligations. Qu'on se souvienne de Mme Thatcher et de son "I want my money back". Avec David Cameron, cette duplicité a atteint des sommets.

 

 

Les motifs du " Leave" sont multiples et en partie valables. Disons comme la gauche radicale: "Nous ne voulons pas de cette Europe là", celle de Juncker et de Merkel. Mais pas de confusion: les antilibéraux de gauche ne doivent pas se retrouver dans le même camp que les vieux nationalistes. Boris Johnson et Marine Le Pen sont peu crédibles comme adversaires du capitalisme....

 

 

On ne remplacera pas "cette Europe là" en prenant comme point de départ l'Etat nation, la "souveraineté nationale". Il faut d'abord s'affirmer comme fédéraliste européen, ce que sait faire un libéral comme Guy Verhofstadt. Il existait, durant la jeunesse du signataire, un mouvement socialiste pour les Etats-Unis d'Europe... Ce genre de drapeau n'est pas précisément de saison, malgré Syriza ou Podemos...

 

 

En l'absence de tout moteur fédéraliste...

 

 

L'histoire de la construction européenne est celle d'une désastreuse dilution: d'abord l'Europe des Six, puis celle des Quinze, puis, après la catastrophe de 1989 à l'Est, celle des 27. Une Europe plus intergouvernementale que jamais, dont tout moteur fédéraliste est absent. Celle qui convient le mieux à la haute finance et au grand capital. Voyons en quelques vices.

 

 

A coté du Conseil des ministres qui est la machine où se traduisent les rapports de force entre les gouvernements, la Commission européenne, pléthorique avec un commissaire par Etat, est un monstre bureaucratique. Une dizaine de commissaires suffiraient.

 

 

Le Parlement européen devrait être élu selon un système électoral unique, par circonscription. Au lieu de cela, chaque Etat a le sien. L'élection européenne est partout "secondaire", et suscite si peu d'intérêt que le taux d'abstention dans l'Union atteint en moyenne (2014) 43% ...

 

 

D'autres significations...

 

 

Le "Brexit" a aussi d'autres significations. La peur d'une immigration de masse suscite partout la montée de l'extrême-droite. De l'année 2015, les gens retiennent le spectacle de ces multitudes de réfugiés ou de migrants forçant le "route des Balkans" -maintenant fermée- comme s'il s'agissait des Visigoths ou des Vandales déferlant sur l'empire romain. Disproportion entre la réalité des chiffres et l'effet sur l'opinion.

 

 

On doit encore constater l'érosion qui menace les partis traditionnels, l'émergence de forces politiques nouvelles, parfois obscures, comme en Italie le mouvement Cinq étoiles de Grillo, prétendant à une pseudo démocratie via Internet. L'Autriche a failli élire un président d'extrême-droite. La CDU allemande est menacée sur sa droite.

 

 

En Espagne, le succès de Podemos a été plus évident lors de l'élection de septembre qu'avec celle qui vient d'avoir lieu, preuve s'il en est qu'il ne faut pas ignorer la lassitude du corps électoral. La mission de Podemos est de combattre la droite, non de disputer au vieux parti socialiste une hégémonie à gauche. Cette lassitude explique en partie le renforcement relatif du PP de Rajoy, malgré les scandales qui l'éclaboussent.

 

 

Robert Falony

 

 

ps. L'issue du procès Luxleaks a confirmé cette évidence: on condamne ceux qui dénoncent la fraude fiscale, parce que la fraude fiscale est au pouvoir.

 

 

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 11:18

 

 

La pensée libre face aux dogmatismes

 

 

Si l'on pense d'abord aux dogmes religieux, ils ne sont pas les seuls mais leur malfaisance est la plus évidente: c'est au nom d'Allah que la guerre sévit en Syrie, en Irak, au Yemen, en Afghanistan. Mais, derrière le badigeon de la religion qui fait bouger les masses, on ne décèle que des intérêts nationaux; et en dernière analyse des intérêts de classe possédante. La monstrueuse tyrannie de la famille Assad en Syrie (qui a détruit le pays) répond aux motivations des conservateurs iraniens et de leur mollah-cratie. Au moins la société iranienne offre-t-elle une promesse que l'on chercherait en vain en Arabie saoudite, royaume de l'obscurantisme religieux le plus opaque.

 

 

La gauche non vaccinée contre le dogmatisme

 

 

En voici deux variétés. Avec l'islamo-gauchisme, les athées et les agnostiques sont priés d'éprouver de l'empathie envers "la religion du colonisé", quitte à mettre entre parenthèses un principe aussi fondamental que l'égalité des hommes et des femmes. S'il s'agit d'empathie avec les couches socialement défavorisées issues de l'immigration, on passe en réalité sur le terrain social. Mais on ne favorise pas l'émancipation sociale en composant avec des préjugés tissés de conservatisme. La "tradition" peut être limitée au folklore...

 

Face à la scène internationale, la disparition du monde bipolaire n’a pas vraiment été assimilée par cette frange de la gauche pour laquelle il n'y a pas d'autre impérialisme que celui des Etats-Unis. La parfaite insertion de la Russie et de la Chine dans les lois du capitalisme mondialisé a échappé à certains esprits, qui projettent sur le présent l'imagerie d'un passé rêvé.

 

On évoque dans leur cas la parabole de Régis Debray sur ces gens tombés du train du communisme ancienne mode, et qui continuent désespérément à courir sur la voie dans l'espoir de le rattraper. Leur vision des évènements est purement manichéenne. (Le site qu'on réduira aux initiales M.C. en est le prototype).

 

 

Le dogme nationaliste est universel

 

 

Le hasard seul faisant la naissance, nous héritons d'une nationalité contraignante. L'ancien "sujet du roi" est devenu citoyen, mais son émancipation est relative! L'absence de "patriotisme" est imputée à délit ou à crime dans nombre de pays. Or, face à la mondialisation capitaliste, et face à cette "Europe" qui n'est pas l'Europe que l'on veut, mais celle du grand capital, des fraudeurs fiscaux, des cartels masqués, des multinationales se jouant des législations, la tendance populaire naturelle est le repli sur soi, sur la "nation souveraine". C'est le dogme nationaliste affiché par le Front national en France, et par toutes les extrême- droites. Mais il peut avoir des colorations de gauche (Ecosse, Catalogne) avec des vendeurs d'illusions indépendantistes. Toute question devant être examinée « d'un point de vue de classe », le droit national reste à défendre chaque fois qu'il s'identifie à une protection sociale. (Un exemple: la loi Major au port d'Anvers). Bien entendu, c'est se solidariser, contre "l'Europe", de la Grèce ou du Portugal.

 

Dans le monde entier, la logique de la puissance exacerbe les nationalismes. C'est la religion d'un Poutine, assistée par les graves erreurs commises à l'endroit de la Russie post -soviétique. C'est celle d'un Xi Jinping, empereur de Chine régnant sur un monde de corruption. C'est encore, derrière un rideau de bons sentiments affichés et de motivations généreuses, celle d'Hillary Clinton, incarnation de l'establishment aux Etats-Unis, où le "socialiste" Bernie Sanders a réussi à la talonner. C'est celle d'Erdogan, le nouveau sultan ottoman.

 

 

Robert Falony

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 20:40

 

Le calamiteux gouvernement Michel

 

L'équipe Michel occupe une place plus qu'honorable dans le tableau de la poussée à droite et à l'extrême-droite en Europe. Par son alliance avec la NVA nationaliste et ultra -libérale, le MR a trouvé le meilleur allié pour réduire les investissements publics, détricoter le droit du travail, tailler dans les dépenses sociales, combattre les chômeurs plutôt que le chômage, désarmer les salariés face à leurs patrons. L'objectif à peine dissimulé est de casser la puissance syndicale, de la réduire à une représentation respectueuse baptisée "concertation sociale". L'hypocrisie à la Chris Peeters, un orfèvre en la matière.

 

Il est d'ailleurs notoire que le premier ministre en titre n'a pas d'autorité sur le président de la NVA et les ministres de ce parti, et qu'il est le plus souvent aux abonnés absents. Le MR a livré des fonctions régaliennes a une formation dont le but avoué est de réduire l'Etat fédéral à sa plus simple expression.

 

Il serait réducteur de réduire l'alliance à droite du MR au dépit qu'il éprouva d'être évincé du gouvernement wallon. Il suit d'abord le courant dominant des "élites" (pas intellectuelles...) en Europe: se soumettre à Sa Majesté financière.

 

La réduction aveugle des dépenses d'utilité publique ne débouche pas seulement sur la contestation syndicale. Elle entraîne aussi, et c'est leur mauvaise surprise, des révoltes de type corporatiste dont celle des gardiens de prison vient d'être le prototype. Ou l'indignation des magistrats. SNCB: les usagers font les frais du manque total de confiance du personnel face à la direction et au ministre MR. L'Etat capitaliste se délite. Ou bien montre son vrai visage: celui d'un exploiteur et d'un voleur.

 

 

R.F.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 13:52

 

 

Le naufrage de François Hollande...

 

 

Dans un pays, la France, où la gauche s'est accommodée d'une monarchie élective, comment ne pas s'attarder sur le monarque? On disait de Lionel Jospin qu'il était socialiste en secret, et jeune il était passé par l'extrême-gauche. Mais François Hollande? Sa carrière ne s'est pas bâtie sur ce terreau social-démocrate qui a produit, dans le Nord, un Pierre Mauroy ou une Martine Aubry. Enarque, il s'est tôt hissé, dès mai 1981, dans les sphères proches du pouvoir, parmi les gens utiles, avec Attali, pas loin de Mitterrand. Politicien avisé, il laboure cependant un fief électoral, la Lozère. Premier secrétaire du P.S., il défend le traité constitutionnel "européen" que la France repousse, en 2005, par 54 % des suffrages. Il gagne la course à la présidence de 2012 comme par défaut, Strauss- Kahn ayant été carbonisé dans une chambre d'hôtel aux Etats-Unis, et la majorité des électeurs ne voulant plus voir la tête de Sarkozy. Bref, il est, comme a dit Mélenchon, "le capitaine du pédalo".

 

Le pédalo...

 

Et toute sa présidence n'a été que cela: une constante adaptation de l'idéologie au gré des évènements, alors qu'elle est censée expliquer ceux-ci et permettre d'agir sur eux. Elu président, il a été inapte à contrebalancer l'espèce de dictature budgétaire qu'exerce l'Allemagne fédérale en Europe. Sa politique a oscillé au gré des circonstances. Avec un record d'impopularité, il est assuré d'être éliminé dès le premier tour de la prochaine élection présidentielle (comme Jospin en 2002) mais persiste à laisser entendre que "l'inversion de la courbe du chômage (?)" serait son grand succès. Entre un premier ministre, Manuel Valls, qui a son propre agenda, et une autre excellence, Emmanuel Macron, qui est un électron libre, un o.v.n.i., il est devenu le dernier qui puisse "rassembler la gauche", émiettée, désorientée.

 

Le projet El Khomri

 

La fin du quinquennat est en effet synonyme de chaos. Le projet de loi El Khomri obéit à la grande logique libérale de notre époque: pour réduire le chômage, il faut détricoter le droit du travail, faciliter les licenciements, favoriser les contrats à durée déterminée (CDD) et l'emploi "court". Avec une supplique adressée aux employeurs: "Messieurs les chefs d'entreprise, veuillez embaucher, avec toutes les concessions qu'on vous fait!". Mais ceux-ci ne sont pas des philanthropes...

 

Le pire est que la social-démocratie, à force de renier ses valeurs au nom du "réalisme", a perdu la bataille des idées, que les idées libérales ont pénétré les rangs de leurs victimes. Une lourde résignation. Certes, le sentiment de révolte devant tant d'injustice est toujours là, le mouvement "Nuit debout" en atteste... Mais il est confus, ranimant des palabres soixante-huitardes non appuyées sur un projet constructif. A gauche, Mélenchon reste un recours, mais desservi par trop d'ego, une difficulté à "jouer collectif", en particulier avec le parti communiste.

 

La confusion à droite n'est pas moindre, entre un Sarkozy pathétique dans son rêve de revenir à l'Elysée l'an prochain et un Juppé qui réussit à faire oublier son impopularité de 1995... Et tous les autres candidats à la primaire de droite !

 

Institutions bloquées, démocratie fragilisée: le cas espagnol devient tragique. L'Espagne a voté en septembre dernier. Dans l'impossibilité de former un gouvernement, elle retournera aux urnes en juin... Le parti Podemos aurait pu retenir la formule d'un soutien critique, sans participation. Sectarisme ?

 

 

Robert Falony

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 08:09

 

Louis Van Geyt, ancien président du Parti communiste de Belgique, ancien conseiller communal de la Ville de Bruxelles et homme de conviction nous quitté le 14 avril.

 

Van Geyt fut le dernier témoin d’une époque à la fois dramatique et pleine d’espoir : de la Seconde guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Robert Falony et moi et bien d’autres militants avons eu l’occasion de travailler avec lui pendant quelques années au club « Osons le socialisme ». Nous lui avions proposé de nous décrire son parcours exceptionnel : Louis Van Geyt a débuté sa vie militante comme étudiant à l’Université Libre de Bruxelles juste après la guerre parmi les étudiants socialistes et après adhéra au Parti communiste. Il fut tout au long de sa vie militante le témoin de tous les grands bouleversements politiques et sociaux en Belgique, en Europe et dans le monde pendant plus d’un demi-siècle. Il nous a accordé six heures d’entretien dont sont rapportés ici les éléments principaux.

 

Nous l’avons dit : il fut le dernier témoin. Je pense que le meilleur hommage à lui rendre est de lui donner une ultime fois la parole en rapportant ce qu’il nous a confiés à Robert et à moi.

 

 

Louis Van Geyt fut avant tout un coordinateur entre différentes mouvances afin d'aboutir à des objectifs communs. Il fut aussi le dernier témoin d'une époque.

Louis Van Geyt fut avant tout un coordinateur entre différentes mouvances afin d'aboutir à des objectifs communs. Il fut aussi le dernier témoin d'une époque.

 

Un hommage fut rendu à Louis Van Geyt samedi 7 mai à Koekelberg au Club « Osons le socialisme » dont il fut un membre actif et assidu jusqu’à ce que sa santé le lui permette.

 

Un  ouvrage est paru reprenant des entretiens de Louis Van Geyt avec un autre militant, Jean Lemaître. Il s’intitule « Louis Van Geyt la Passion du Trait d’Union » Coédition Memogrammes et CARCOB, Arquennes, 2015. Cet ouvrage interview reprend avec esprit critique tous les aspects de la vie militante de l’ancien Président du Parti communiste de Belgique.

 

Séance d'hommage à Louis Van Geyt : Photo du haut :de gauche à droite Robert Falony, Michel Overloop, Pierre Verhas, Jean Lemaître ; photo du bas : Claudine Waterlot, épouse et compagne de Louis Van Geyt, Michel Van Hoorne, Ralph Coeckelberghs et Robert Falony
Séance d'hommage à Louis Van Geyt : Photo du haut :de gauche à droite Robert Falony, Michel Overloop, Pierre Verhas, Jean Lemaître ; photo du bas : Claudine Waterlot, épouse et compagne de Louis Van Geyt, Michel Van Hoorne, Ralph Coeckelberghs et Robert Falony

Séance d'hommage à Louis Van Geyt : Photo du haut :de gauche à droite Robert Falony, Michel Overloop, Pierre Verhas, Jean Lemaître ; photo du bas : Claudine Waterlot, épouse et compagne de Louis Van Geyt, Michel Van Hoorne, Ralph Coeckelberghs et Robert Falony

 

 

Louis Van Geyt est né le 24 septembre 1927 à Anvers d’une famille de moyenne bourgeoisie. Il fut l’aîné d’une fratrie de trois. Son père était magistrat et sa mère enseignante. Son père a d’abord exercé à Anvers et en 1936, on lui proposa de devenir professeur full time à l’ULB.

 

 

Une prise de conscience de classe

 

 

Très jeune, il prit conscience de la lutte des classes. Son père flamand, issu d’un milieu modeste, n’était pas admis dans le sérail d’une magistrature où seuls les rejetons des grandes familles et de la haute bourgeoisie pouvaient avoir accès. Cette forme d’exclusion sociale a sans doute influencé le jeune Van Geyt dans ses futurs engagements politiques.

 

Pendant la guerre, Louis Van Geyt fit ses études secondaires à la section A de l’Athénée de Bruxelles qui devint par après l’Athénée Robert Catteau. Ainsi, Louis Van Geyt commença à avoir une analyse critique des événements. Et dès août 1945, il lia le bombardement de Dresde à ceux d’Hiroshima et de Nagasaki. Dans une interview à « Ensemble » datant de 2014, il dit :

 

 

La bombe d'Hiroshima et celle de Nagazaki furent deux crimes contre l'humanité.

La bombe d'Hiroshima et celle de Nagazaki furent deux crimes contre l'humanité.

 

« Le second événement qui m’a terriblement marqué, c’est Hiroshima et Nagasaki. J’ai toujours considéré que si la Shoah fut le plus grand crime du Reich allemand, le plus grand crime de la Grande Démocratie américaine a été les bombes atomiques sur les deux villes japonaises. »

 

Louis Van Geyt commença à militer dès son entrée à l’Université. Il entra à l’ULB, à sa réouverture, le 30 novembre 1944, entamant des études de sciences économiques.

 

Van Geyt adhéra aux Etudiants socialistes et a commencé sa vie militante par ce qu’il fut tout au long de sa vie : un coordinateur. Ses qualités de dialogue, son flegme, sa lucidité dans le rapport de forces firent qu’il fut apprécié dans la classe politique en général et qu’il put ainsi faire réellement avancer les choses.

 

« Ils [les étudiants socialistes] étaient très à gauche et ils étaient aussi antistaliniens. Il y avait une influence trotskyste parmi eux. J’ai été militant pendant deux ans et j’ai tout de suite joué un rôle de coordinateur interne. Nous avons réussi à former un front de gauche au sein de l’Association Générale des étudiants, alors que au départ le mouvement étudiant était contrôlé par des garçons – il y avait peu de filles à l’époque – qui étaient méritants parce qu’ayant été dans la Résistance, mais qui avaient formé entre eux une espèce de para-loge qui manipulait les cercles étudiants de manière rien moins que démocratique. »

 

Pendant ce temps, c’était en 1948, la guerre froide avait atteint son paroxysme et les étudiants de l’Université se sentirent particulièrement concernés. Ils avaient tous connu la guerre et l’occupation, certains d’entre eux prirent activement part à la Résistance et la perspective d’un nouveau conflit ouvert, non seulement inquiétait la communauté universitaire comme toute la population, mais si en 1940, les deux camps étaient bien définis : la démocratie contre le fascisme, en 1948, la division de l’Europe en deux blocs antagonistes n’entraînait pas une adhésion aussi unanime. L’URSS qui avait consenti le principal effort de guerre, qui avait sacrifié 20 millions des siens, ne pouvait être tout à coup considérée du jour au lendemain, comme l’ennemi à contenir, sinon à combattre, surtout parmi les cercles étudiants de gauche.

 

Van Geyt explique :

 

« A l’AG de l’ULB, nous avons eu une majorité pour refuser de hurler avec Spaak, avec l’argument : les gens qui se sont opposés là bas à l’élimination des communistes, se battaient notamment pour des choses comme le présalaire et d’autres choses ainsi. Donc, il est logique qu’on soit plutôt solidaires d’eux, plutôt que des autres. Et c’était comme étudiants socialistes qu’on a pris cette initiative. »

 

Louis Van Geyt, à partir de ce moment, s’éloigna des Etudiants socialistes. Mais son rapprochement vers le Parti communiste ne se fit pas sans certaines appréhensions, notamment suite à l’affaire Lyssenko – ce soi-disant biologiste qui était appuyé par Staline – qui défrayait la chronique scientifique et universitaire à l’époque.

 

Ses études s’achevèrent en 1949.

 

« Moi, j’étais disponible. Après mes études, je voulais surtout en finir avec l’Univ’. J’ai cherché du boulot. C’était facile pour un licencié en économie, mais j’ai été certainement dans quatre ou cinq parastataux de l’époque. Chaque fois, je fus bien reçu et puis, huit ou dix jours après, c’était non. On s’était informé et j’étais « trop rouge ». Et à un certain moment, par je ne sais quel détour, je suis rentré par la petite porte à la Banque nationale comme stagiaire, où je suis resté un an. Et puis, j’ai claqué la porte, parce que le PCB -KPB m’a demandé de rentrer à son service de documentation. C’était au début de 1951. »

 

 

Le combat contre la division

 

 

Louis Van Geyt entama ainsi son long parcours au Parti communiste belge En effet, l’affaire royale divisa le Parti communiste qui, en plus, était isolé, comme on l’a vu, depuis son départ du gouvernement où il s’est aligné sans nuances sur les mots d’ordre du Kominform, c’est-à-dire de Moscou.

 

Cette volte face provoqua à une division, certes larvée mais réelle, au sein du PCB. Dans l’affaire royale, le slogan « Vive la République ! » lancé par la direction du Parti fut d’ailleurs un élément de cette division.

 

Cependant, une tragédie allait paradoxalement permettre au Parti communiste de retrouver son unité et une partie de son prestige : l’assassinat le 18 août 1950 de Julien Lahaut, Président du Parti communiste de Belgique, au seuil de sa maison à Seraing.

 

 

Monument dressé à la mémoire de Julien Lahaut à Saraing assassiné par un sbire de l'extrême-droite liée au "stay behind" le 18 août 1950.

Monument dressé à la mémoire de Julien Lahaut à Saraing assassiné par un sbire de l'extrême-droite liée au "stay behind" le 18 août 1950.

 

 

Ce fut au 11e Congrès du PCB qui se tint à Vilvorde en 1954 que la ligne du Parti s’assouplit, notamment sous l’impulsion de René Beelen avec qui Van Geyt travailla de nombreuses années.

 

Par après, Louis Van Geyt, jeune cadre du PCB, fut envoyé dans le Borinage à la rencontre des mineurs. Voilà donc un jeune homme bruxellois d’origine anversoise, à peine sorti des études qui va apporter la bonne parole du Parti à des syndicalistes mineurs aguerris. Van Geyt redouta un accueil hostile ou à tout le moins condescendant. Il n’en fut rien. Il fut très bien reçu parce qu’il avait une grande capacité d’écoute et comprit très vite les priorités du monde des mineurs et de leur organisation syndicale. Au lieu de transmettre des mots d’ordre venant du « sommet », il écoutait et tentait de faire une synthèse entre les exigences des mineurs et celles du Parti dans un constant débat. C’est ainsi qu’il put se faire apprécier de la base.

 

Mais, à sa mémoire, passons à un autre domaine : son rôle dans les relations internationales au sein du mouvement communiste, mais aussi dans le cadre de contacts avec des organisations de la gauche non communiste et même avec le gouvernement, dans le mouvement de la Paix et dans le rapprochement Est-Ouest.

 

 

A bas les hégémonies !

 

 

Pierre Galand qui fut président du CNAPD et qui anima pendant des années le Mouvement de la Paix notamment dans les années 1980 lors de la campagne contre l’installation des missiles dit de croisière en Europe, dit de Louis Van Geyt :

 

 

 

Pierre Galand appréciait le rôle de coordinateur de Louis Van Geyt.

Pierre Galand appréciait le rôle de coordinateur de Louis Van Geyt.

 

 

« Van Geyt a eu l’intelligence d’observer ce qui se passait et de réunir des gens épars. Il était attentif à dire : cela il faut le faire et comment puis-je y contribuer ? C’était aussi une manière d’exister. Il était président d’un parti qui essayait d’exister alors qu’il ne faisait que perdre les élections. (…) Et il se demandait : comment être reconnu ou accepté sachant qu’il n’y avait quasiment plus personne qui détenait des positions de pouvoir même au niveau régional ou local ?

 

Il leur restait une influence au sein du Mouvement de la Paix composé essentiellement de chrétiens et de socialistes, parce qu’ils avaient la capacité d’être des médians entre le monde l’Est et le monde de l’Ouest.

 

Il a fait cela avec talent et en même temps c’était important parce que, à un moment donné en Belgique, il y a eu une convergence assez extraordinaire entre les personnes qui considéraient que les tensions entre l’Est et l’Ouest étaient nuisibles et surtout dangereuses pour le mouvement ouvrier et pour la gauche. Dès lors, ils essayaient de trouver à tout prix une solution à ce qui pouvait être un dialogue. Et le Parti communiste avec Louis Van Geyt a joué un rôle intéressant parce qu’ils ont essayé de s’afficher non pas comme l’avant-garde de l’eurocommunisme, mais comme une organisation pouvant servir d’intermédiaire. »

 

Et, en cela, Louis Van Geyt avait beaucoup d’expérience. Lors de la crise des euromissiles qui a commencé en 1979, il nous a donné l’analyse suivante :

 

« Dans l’immédiate après-guerre, il y a eu des choses comme d’une part Camiel Huysmans qui a d’ailleurs été Premier ministre d’un gouvernement de gauche dit de « la mouette » qui n’avait qu’une seule voix de majorité dans une des deux Chambres. Et il y a eu la reine Elisabeth. Tout cela c’était des forces de l’establishment qui, à des degrés divers, étaient là pour freiner la course aux armements et pour faire jouer à la Belgique un rôle plutôt modérateur.

 

 

La reine Elisabeth de Belgique ne manqua pas de s'engager ouvertement en faveur du Mouvement de la Paix. Ce qui déplaisait grandement à l'establishment.

La reine Elisabeth de Belgique ne manqua pas de s'engager ouvertement en faveur du Mouvement de la Paix. Ce qui déplaisait grandement à l'establishment.

 

Alors, nous avons, dans une certaine mesure, profité de cela pour stimuler le courant pacifique en Belgique.

 

Il y a eu toute une série d’épisodes. Par exemple, il y eu un moment où l’OTAN a exigé que les quatre petites puissances du Nord-Ouest de l’Europe – la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et la Belgique, modernisent leurs forces aériennes. Les trois premiers ont opté tout de suite pour le F16 américain. Et Vanden Boeynants  qui était ministre de la Défense à ce moment là, était tout sauf désintéressé a, pendant tout un temps, soutenu l’avion français de l’avionneur Dassault. Finalement, il y a eu un compromis : la Belgique s’est ralliée au F16 et Dassault a eu une « compensation » significative.

 

Entre temps, il y a eu un mouvement très important de jeunes et surtout de jeunes Flamands contre cette « modernisation ».

 

Une grande manifestation a eu lieu sous le mot d’ordre : « A bas les hégémonies ! », ce qui était le signe d’une influence maoïste, parce que les hégémonies, c’était Washington et Moscou. Mais, suite à cela, il y a eu dans le Parti [le Parti communiste] deux attitudes différentes. Plusieurs dirigeants ont dit : « Ce sont des maoïstes ! On ne peut pas participer à cela ! » Et moi, j’ai pris la tête de l’autre tendance. J’ai dit : « On y va. On soutient ça ! » Et j’ai participé à cette manifestation aux côtés d’André Cools qui était d’ailleurs, à ce moment-là, le chef de l’opposition socialiste.

 

Bien sûr, ce mouvement n’a pas empêché l’achat des F16, mais il a suscité vraiment la naissance de tout un mouvement, de toute une opinion, par exemple, très forte à la KUL  et aussi très forte au sein du MOC  flamand, parce que d’ailleurs des gens comme De Gendt et Lindemans [deux dirigeants de la gauche chrétienne ] ont coopéré – j’ai eu beaucoup de contacts avec eux – avec Jean Terfve  dans le mouvement qui avait été créé par Moscou mais qui avait pris pas mal d’autonomie, le Comité pour la Sécurité européenne qui a conduit aux accords d’Helsinki. Et tout cela eut un poids très important en Belgique, y compris dans l’establishment à l’opposé de personnages zélés dans la course aux armements. Et le principal acteur dans cette affaire fut évidemment Pierre Harmel. »

 

 

Pierre Harmel et Willy Brandt : deux artisans majeurs du rapprochement Est-Ouest

Pierre Harmel et Willy Brandt : deux artisans majeurs du rapprochement Est-Ouest

 

 

 

Un homme d’ouverture : Pierre Harmel

 

 

Pierre Harmel (1911-2009) fut un homme politique catholique de centre droit. Il fut Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de 1966 à 1972. On lui doit ce qu’on a appelé la « doctrine Harmel » qui consistait à un rapprochement entre les « petites puissances » de l’Est et de l’Ouest tout en maintenant un arsenal moderne. Cette politique est à mettre en parallèle avec celle du chancelier Willy Brandt en République fédérale d’Allemagne.

 

On doit en cela reconnaître que Pierre Harmel eut une vision d’avenir dans une Europe divisée où le risque d’une guerre nucléaire était sérieux. Incontestablement, Pierre Harmel fut le plus grand ministre des Affaires étrangères belge de l’après-guerre.

 

Louis Van Geyt ajoute – et c’est là qu’on s’aperçoit de l’important rôle d’intermédiaire et de coordinateur qu’il joua dans sa vie politique.

 

« J’ai été en contact constant avec Harmel. Il se servait de moi comme intermédiaire entre lui et l’Est. Il était en contact direct avec Adam Rapacki, un ancien social-démocrate, qui a été ministre des Affaires étrangères de Pologne, mais celui-ci a été mis à pied sur l’ordre de Brejnev [Rapacki a été aussi écarté lors des campagnes antisémites qui sévissaient en Pologne et en URSS pendant cette période. Rapacki est l’auteur d’un plan qui porte son nom et qu’il a présenté à l’Assemblée générale des Nations Unies qui consistait à dénucléariser les deux Allemagnes, la Pologne et la Tchécoslovaquie, plan rejeté par les Occidentaux] Avec Harmel, Rapacki a tenté d’obtenir que les petites et moyennes puissances des deux Alliances puissent jouer un rôle de désescalade. Mais, ça, Brejnev n’en voulait absolument pas ! Il fallait marcher le petit doigt sur la couture du pantalon ! Et donc, Rapacki s’est fait dégommer. »

 

Cela n’a pas découragé Harmel. Selon Louis Van Geyt :

 

« Harmel a continué et il a proposé sa fameuse doctrine de Reykjavik [mieux connue sous le nom de plan Harmel] qui a joué un grand rôle parce qu’il a fait admettre par le Conseil des ministres de l’OTAN qu’il fallait à la fois s’armer suffisamment pour ne pas être pris de cours en cas d’attaque Soviétique, très peu probable, mais… et, d’autre part, mener une politique de paix, ce qui a notamment contribué à ce que tout le mouvement anti F16 depuis le départ, maintienne son mot d’ordre initial : A bas les hégémonies ! »

 

 

L’inlassable intermédiaire

 

 

De son côté, Pierre Galand évoque le rôle d’intermédiaire de Louis Van Geyt et aussi du Parti communiste de Belgique.

 

« Comment l’ont-ils [les communistes belges] fait ? Ils l’ont fait à travers la sécurité et la coopération européennes. Il avait été créé un comité pour la coopération européenne dans lequel la CSC et la CGSP qui étaient dirigées par des gens comme Lindemans pour la CSC qui étaient très sensibles à la question de la Paix, plus que le mouvement ouvrier en général. La CGSP était présidée par un communiste liégeois, Gilbert Mousset, ancien cheminot et ancien résistant. Je le compare à Salvador Allende.

 

Donc, Mousset, Lindemans et une frange de l’Eglise catholique dont le chanoine Goor, vont accepter de fonder un comité pour la sécurité et la coopération européennes dans lequel ils vont m’inviter.

 

Ils vont travailler à préparer les accords d’Helsinki avec les Soviétiques. Ils rencontrèrent chez les Soviétiques, un interlocuteur extraordinaire : Vadim Zagladine. Ensemble, ils vont créer les « baskets », c’est-à-dire les « paniers » dans lesquels on peut discuter. Par exemple, que peut-on faire pour les droits des travailleurs dans toute l’Europe ? Que peut-on faire pour les Droits de l’Homme ? Les droits culturels ? Il y aura ainsi sept à huit domaines qui seront la base des accords d’Helsinki.

 

 

Vadim Zagladine, un des artisans majeurs de l'ouverture en URSS

Vadim Zagladine, un des artisans majeurs de l'ouverture en URSS

 

 

Et c’est là-dessus que Gorbatchev va essayer de s’appuyer. Il ne réussira pas. Il voulait mener à bien un projet comme celui de de Gaulle : l’Europe de l’Atlantique à l’Oural qu’il nommait la « maison commune ». Louis Van Geyt et moi étions d’accord : c’est cela qu’il nous faut ! »

 

Pierre Galand en tire les conclusions :

 

« On avait une perspective. On avait une vision de l’Europe, cette vision de l’Europe de l’après Deuxième guerre mondiale qui était la grande Europe dont de Gaulle avait parlé, dont Zagladine avait parlé, dont Andropov va parler avant même l’arrivée de Gorbatchev. Et il va y avoir des tas de propositions pour avancer dans ce sens-là, mais il se fait que l’on va rentrer très vite dans un projet de guerre froide renouvelé, réactivé dès 1979.

 

Et cela va tout gâcher, parce que c’est exact que les Américains veulent la confrontation. Ils veulent établir le pouvoir absolu et engagent le bras de fer avec les Soviétiques.

 

Van Geyt a essayé de faire en sorte – il n’avait plus les moyens d’être leader – d’amener les communistes un peu plus excités à être les contributeurs et à être des alliés positifs.

 

Van Geyt a amené le PCB à rester le plus longtemps possible un des partenaires à gauche dans ce qui était la société civile. »

 

 

La fin des illusions

 

 

De son côté, Louis Van Geyt ne se faisait plus d’illusions. Il explique : « En 1989, avant la chute de Gorbatchev, je suis à Moscou et je constate que les choses vont mal, qu’il y a une inflation désordonnée, etc. Et je demande à rencontrer un des économistes arméniens dans l’entourage de Gorbatchev.

 

Un type comme les autres presque tous venus de Novossibirsk qui était un centre intellectuel pro-Khrouchtchev qui a fait toutes sortes d’études sur toutes sortes de questions. Et je demande à le rencontrer. Le type avait perdu son influence, mais je persiste. Et je lui dis : Camarade, pourquoi est-ce que vous ne pensez pas à des mesures comme celles qui ont été prises par Gutt en Belgique ? Et je lui explique ce que c’est. Il me répond : Gutt, je ne connais pas. Mais je connais très bien Ehrardt qui a fait la même chose en Allemagne, tout de suite après la constitution de la République fédérale. Je suis un disciple d’Ehrardt, j’ai suivi des cours chez lui et je trouve qu’Ehrardt a fait cela très bien.

 

Mais pour notre pays, cela ne convient pas !

 

Pas d’autres explications. En réalité, les mafias étaient déjà en train de prendre le pouvoir dans les républiques et dans les régions et voulaient continuer leur politique d’inflation, de marché noir et de vendre des entreprises au privé, c’est-à-dire souvent à eux-mêmes. Pour une bouchée de pain, on vendait des entreprises publiques. Le truc était vermoulu.

 

Gorbatchev est arrivé beaucoup trop tard. Et d’ailleurs, il a fait des gaffes. La première gaffe qu’il a faite c’est d’interdire frontalement l’alcool en Union Soviétique ! Autant il était juste de commencer une politique, mais progressivement. »

 

On connaît ce qu’il est advenu par après. La chute du Mur a sans doute apporté la liberté dans les pays d’Europe centrale et en Russie, mais au prix d’un appauvrissement des populations et de la prise de pouvoir d’oligarchies en Russie dont les méthodes peuvent être assimilées à celles des mafias. Un Poutine, lui-même membre d’une de ces oligarchies, arrive peu ou prou à contrôler tout cela mais avec des méthodes rappelant les années noires du stalinisme.

 

Louis Van Geyt fut un homme de dialogue, plutôt de débat. Le grand projet d’une Europe indépendante, de la « Maison commune » a été tué dans l’œuf. Il en fut un des maîtres d’œuvre en Belgique. Avec la modestie qui le caractérisait, il disait : « Je faisais partie d’une minorité qui avait le rôle de coordinateur. »

 

Ainsi agissait-t-il pour la paix et dans l’intérêt de la classe ouvrière.

 

Il a essayé.

 

À la nouvelle génération d’essayer aussi.

 

 

 

Pierre Verhas

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 21:25

 

 

Le premier est institutionnel. L'existence de dix-neuf communes aux attributions spécifiques est un anachronisme et une illustration parfaite du millefeuille politique belge, alors qu'au dessus la Région n'est rien d'autre que la ville elle-même. Bruxelles, comme d'autres capitales, pourrait être subdivisée en districts simplement administratifs. Mais le potopoto communautaire belge s'y oppose: la Flandre de droite aurait davantage barre sur la capitale si les 19 communes étaient supprimées. Quant aux zones de police, elles font partie du même folklore.

 

 

Le second problème est la mobilité. A Bruxelles, les tunnels pour les voitures ont précédé (1958!) le métro, dont le réseau est absolument insuffisant. Une zone piétonne d'une large superficie, c'est bien. Qu'elle englobe le principal axe de passage nord-midi pose question. La S.t.i.b. fait ce qu'elle peut, mais des tramways bondés à certaines heures, plus les embouteillages automobiles quotidiens, intra et extramuros, ne renvoient pas l'image d'une fluidité remarquable, mais celle d'un monde de fous. Il est bien de mettre le vélo à la disposition du quidam. Il serait mieux de faire circuler des taxibus sur les lignes fixes. Mais on ne peut trop demander à l'imagination des édiles, et nombre d'intérêts corporatistes sont en jeu.

 

 

Le troisième problème est "culturel", et surtout social. Célébrons volontiers, avec la sympathique chorale des officiants du multiculturel, le "vivre ensemble" et la multi-culturalité. Cela marche assez bien dans le domaine artistique et folklorique. Mais ne prenons pas des vessies pour des lanternes: il y a des quartiers qui sont des ghettos. Les lois du capitalisme et de la valeur marchande régissent le monde de l'immobilier. D'autre part, il ne faut pas mettre tout et n'importe quoi dans le mot "culture": au dessus, il y a des principes qui valent pour tous, et qui surplombent les prescrits religieux.

 

 

R.F

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 11:09

 

 

Louis Van Geyt, ancien président du parti communiste belge, vient de nous quitter. En ses dernières années, il a été un membre actif du club Osons le socialisme, qui lui rendra hommage lors de sa prochaine réunion

 

le samedi 7 mai 2016. 

 

 

Pour le club:

 

Robert Falony, Pierre Verhas

 

 

 

Louis Van Geyt fut un militant lucide et un président avisé du Parti communiste de Belgique.

Louis Van Geyt fut un militant lucide et un président avisé du Parti communiste de Belgique.

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