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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 11:15

 

Chocs et ruptures en Europe

 

 

Ceux qui, au soir du 13 décembre, ont conclu à un échec du Front national, et croient qu'il existe un plafond à son ascension, se font sans doute des illusions. Il est devenu le premier parti de France. Il n'a emporté aucune région? Non, grâce au sacrifice de la gauche dans le Nord et en Provence, sacrifice nécessaire mais pas glorieux. Et il a enlevé plusieurs centaines de sièges de conseillers régionaux. Le Front national continue de s'implanter, de se développer. Marine Le Pen sera en tête de la course à la présidence en 2017, et le PS sera sans doute éliminé du second tour, comme en 2002.

 

Comment la gauche française en est-elle arrivée là ? Historiquement, en se coulant dans le régime présidentiel instauré par De Gaulle, sans même tenter de l'amender, de le circonscrire, comme Mitterrand aurait pu le faire.

 

Donc, l'élection présidentielle de 2017 sera politiquement ouverte. La "banalisation" du Front national ne concerne pas seulement son populisme et sa xénophobie. On néglige de s'interroger sur sa nature de classe, sur sa compatibilité avec la démocratie parlementaire, sur ce qui l'apparente toujours au fascisme classique. Ceux qui pensent "Pourquoi ne pas l'essayer ?" ignorent complètement cette hypothèque....

 

Le temps des séismes...

 

La France ne déroge donc pas à une tendance générale en Europe: celle de profondes mutations politiques. La Pologne escorte maintenant la Hongrie dans le repli nationaliste sur des valeurs identitaires. En Grèce, la scène politique a été bouleversée par l'émergence de Syriza. Le Portugal offre l'exemple d'un gouvernement socialiste soutenu par la gauche radicale. Il s'en est fallut de peu que l'Espagne, le 20 décembre, suive le même chemin: le gouvernement Rajoy a été sèchement battu, le bipartisme ne fonctionne plus. La coalition du vieux parti socialiste, lui aussi étrillé, et de Podemos, la gauche anti-austérité, est malheureusement hypothéquée par la question catalane et la rêverie indépendantiste.

 

Le terrorisme: réalité et obsession

 

Lorsque François Hollande, après les tueries du 13 novembre, proclame que la France est en guerre, ce n'est pas sans une certaine logique: l'Etat islamique n'est pas seulement une internationale terroriste, c'est véritablement un Etat qui gère et administre, en Irak et en Syrie, même avec des frontières mouvantes. Cet Etat doit être détruit par la coalition la plus vaste possible. Mais pas en compagnie de Bachar al Assad et de son clan, d'un régime qui a détruit la Syrie. Pas en compagnie de Poutine, dont l'intervention armée en faveur de Damas ne fait que prolonger cette guerre, et compliquer les données pour y mettre fin. L'E.I. est d'ailleurs "le meilleur ennemi" d'Assad, permettant à sa propagande de diaboliser toute espèce d'opposition.

 

Ainsi, la politique extérieure française au Moyen-Orient apparait comme une série d'improvisations dépourvues de cohérence.

 

Le 13 novembre appelait certes des mesures de défense intérieure fortes. La dérive sécuritaire commence lorsqu'on prétend les traduire en modifications de la Constitution, dans des termes, comme "atteintes graves à la vie de la nation" qui dans l'avenir, seraient applicables non plus aux "djihadistes" mais à toute contestation de l'ordre capitaliste établi, et quand le locataire de l'Elysée ne sera plus Hollande. En ce sens, l'Etat islamiste, ennemi de toute forme de démocratie, réussit assez bien à mettre à mal ce qui nous en reste, à détourner l'Europe de son passé de luttes révolutionnaires.

 

 

Robert Falony

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