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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 10:22

La confusion mentale est pathologique quand on est seul,

normale quand on est plusieurs.

 

Paul Valéry

 

Que l’on me permette d’exprimer ici à la mode des réseaux sociaux, c'est-à-dire de manière émotive, superficielle et banale, un peu de sens commun sur notre époque chahutée.

 

La crise financière, avec ses répercussions économiques et sociales, frappe de manière brutale depuis septembre 2008 ,Etats, peuples et citoyens. Bien des analystes avaient prévu et dénoncé la spirale folle de la financiarisation sans fin du capitalisme. Aucun décideur n’y a crû. On communiait dans l’optimisme béat de la relance, de la croissance, du progrès et des bienfaits de la globalisation. Ceux qui prophétisaient la catastrophe étaient des pessimistes congénitaux, des oiseaux tristes de mauvais augures, des cassandres incapables de saisir la marche en avant de la modernité par le commerce, la consommation et les technosciences. Et le débat politique se tenait en lisière de l’économie, sur les faibles divergences à propos des faibles marges des faibles redistributions des richesses.

 

Brutalement surpris, les décideurs ont tenté dans l’affolement de colmater les brèches avec les recettes classiques de Keynes, le sauvetage des banques, l’équilibre budgétaire des comptes publics, la protection de l’épargne des citoyens, la défense du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, plus de trois ans après l’effondrement de la logique de l’emballement financier, rien, à quelques détails près, n’a changé. Le superbe documentaire de Charles Ferguson, Inside Job, l’illustre à merveille : les responsables américains de la dérégulation, des profits gigantesques, des produits financiers et de la crise « systémique » sont à la Maison blanche, augmentent encore leurs bonus, n’ont fait l’objet d’aucune poursuites judiciaires. Mais la misère, le chômage, le désespoir, la faim se sont accrus de manière vertigineuse. Quelles leçons simples en tirer ?

 

Un, l’incapacité du politique à anticiper la civilisation à venir. Rivés sur le court terme, sans schémas intellectuels ou conceptuels à l’exception de l’incantation de quelques valeurs, esclaves de l’économie de marché et des agences de notations, figés par la tyrannie de la réalité, où sont les visions du monde, les espérances et les émancipations ?

 

Deux, la dictature de l’économie comme pensée dominante et cadre mental univoque de nos temps contemporains. L’économie libérale néoclassique a pénétré, consciemment ou inconsciemment, les modes de raisonnements, les grilles d’analyse du réel, le pouvoir décisionnel et les options politiques par une extraordinaire servitude volontaire aux principes du désenchantement du monde, de la raison instrumentale et de l’individualisme possessif. Aurait-on oublié les expériences alternatives, les utopies fondatrices, les ressources infinies de la pensée complexe, les vertus de la puissance publique, du bien commun, de l’intérêt général ?

 

Trois, le triomphe de l’injustice. Prospérité de la misère des affamés victimes de la géopolitique spéculative des terres aux licenciés broyés par les délocalisations, le renchérissement des prix de tous les produits de première nécessité, et par le tout nouveau dogme de l’équilibre des budgets publics. La dette, publique ou privée, comme un péché quasi religieux. A quand un revenu d’existence ou une nationalisation des secteurs essentiels à notre » vie bonne « ?

 

Quatre, la stupéfiante inversion des enjeux cardinaux de notre être au monde. La question socio-économique qui, à nouveau, masque le climaticide en cours, l’effondrement programmé des océans, la rareté foudroyante des ressources vitales pour sept milliards de terriens, le dérèglement dramatique des écosystèmes. L’échec de Durban, que pèse-t-il dans les consciences face au débat sur la règle d’or, l’âge de la retraite ou l’écume des querelles partisanes ?

 

Cinq, l’incapacité à construire un paradigme alternatif quand tous les indicateurs clignotent sur le devenir de l’humain. De la petite phrase et du divertissement, de l’immédiateté et de l’urgence comme seuls horizons collectifs. Faudra-t-il les souffrances tragiques pour l’éveil des esprits ? Fukushima pour sortir du nucléaire ? Trente années de dictature pour un printemps des peuples ? Le dénuement généralisé pour l’insurrection ? Des pluies torrentielles pour transformer nos modes de vie ?

 

Edgar Morin écrit : « Le probable est la désintégration ». Mais « là où gît le péril, croît aussi ce qui sauve  ».Point d’interrogation ?

 

Jean Cornil

 

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