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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 22:29

Ce n’est pas l’unanimité au PS belge francophone. Des voix, dont celle de Merry Hermanus, commencent à s’élever pour qu’Elio Di Rupo n’accepte pas de prendre le poste de Premier ministre, de crainte qu’il soit l’otage des libéraux et des « marchés ».

 

Personnellement, je partage tout à fait l’opinion de ces militants et de Merry Hermanus en particulier avec qui je ne cache pas entretenir des liens d’amitié.

 

Voici sa lettre ouverte qui est parue sur son blog et qui a été publiée en partie par l’hebdomadaire bruxellois « Le Vif ». Cette lettre ne reflète évidemment pas l’opinion de tous les membres du club « Osons le Socialisme ». Elle est une pièce à ajouter au dossier.

 

Pierre Verhas

 

 

 merry_hermanus.jpg

Merry Hermanus, échevin à Jette, demande à Elio Di Rupo de "ne pas y aller".

 

Elio, tu me pardonneras de m’adresser à toi via mon Blog, mais ce que j’ai à te dire nous intéresse tous.

L’humanité dont tu as fait preuve à mon égard dans les moments particulièrement difficiles que j’ai connus me conduit à penser que tu me comprendras.

Tu me comprendras d’autant plus que cela fait maintenant plus de cinquante ans que je milite au sein du notre Parti.

Je veux d’abord te dire toute mon admiration pour le travail accompli, et pour l’extraordinaire persévérance et l’infinie patience dont tu fais preuve.

J’ose cependant penser que tu souffres peut-être du mal qui frappait Fabrice del Dongo à la bataille de Waterloo.

Ressembler à Fabrice del Dongo, c’est pas si mal !

Stendhal nous explique qu’au cœur de la bataille, il ne pouvait forcément pas la comprendre.

Ce n’est pas te faire injure que de penser qu’enfermé dans différents conclaves depuis des mois et des mois, tu es dans la même situation.

Cela fait des mois et des mois que tu t’échines à concilier l’inconciliable !

elio_di_rupo01.jpg

 

Elio, faut pas y aller !!!

Après l’accord communautaire, sont venues les questions budgétaires et, là, c’est l’affrontement brutal entre les thèses ultra-libérales et notre devoir de défendre notre mode de vie, j’irai jusqu’à dire notre civilisation.

Tout ce qu’ils veulent détruire m’apparaît essentiel.

Au plan institutionnel, je suis du même avis que Spitaels. Il  ne peut s’agir que d’une trêve, courte, très courte.

Pour le comprendre, il suffit de croiser les déclarations de Kris Peeters, du patronat flamand, de De Wever, et de quelques autres.

Ce n’est qu’une étape vers une inévitable forme d’indépendance de la Flandre !

Tôt ou tard, il faudra y passer.

Il y a longtemps déjà, Moureaux, dans un article du « Soir » s’était résolu au confédéralisme.

Ce qui me conduit à t’écrire, ce sont les invectives qui te sont lancées et qui nous blessent tous.

Passons sur les insultes quasi racistes de De Wever et du curieux hommage qu’il rend à sa femme de ménage nigérienne, mais quand Reynders éructe « C’est au tour du PS de payer », c’est bien pire !!!

 

Que devons-nous payer ?

D’avoir gagné les élections ?

Le fait que tu aies réussi à remettre le CDNV à la table des négociations ?

Le fait que tu aies abouti à un accord sur BHV ?

C’est un comble !

Dans le débat budgétaire, on en est à se jeter à la tête les 40 Porsches de sociétés et les sempiternels abus en matière de droits sociaux.

La carte blanche de nos parlementaires dans le « Soir » peut se lire comme un palindrome où, dans un curieux effet de miroir, on décode le contraire de ce qui est écrit.

Cet article m’apparaît comme le signal d’arrêt de ce qui devrait rester une sinistre plaisanterie, car quand vas-tu gouverner ?

Pendant combien de temps ?

Et, surtout, quelle politique vas-tu faire ?

Au mieux, tu pourras gouverner 18 mois

Ce seront, n’en doute pas, 18 mois d’enfer !!!

J’étais au Cabinet d’Edmond Leburton en 1973 et 1974.  Il fut le dernier vrai Premier Ministre francophone, VDB n’ayant présidé que quelques mois un gouvernement de transition.

Dès son investiture, des tombereaux d’insultes engloutirent Leburton.

J’ai récemment relu, pour la rédaction de mes mémoires, la presse des années 1973 et 1974.

C’est invraisemblable !

On se moquait en permanence des quelques mots de flamand qu’il balbutiait.

Il fut sans cesse harcelé par le CVP.

Il n’eut pas une seule minute de répit.

Mais, dans son cas, la situation économique et financière était excellente.  Il y avait, en 1973, 93.000 chômeurs complets indemnisés !  On croit rêver, et, surtout, on mesure le gouffre où on se trouve.

Ce qui n’empêchait pas certains d’accuser la « femme de médecin » de profiter du chômage, exemple emblématique, comme, il y a peu, le plombier polonais.

Le Gouvernement Leburton fut un chaos permanent auquel j’assistais, totalement médusé, du haut de mes 29 ans.

J’eus aussi le privilège de participer à la négociation du Pacte d’Egmont.  Une dizaine de jours après la signature, lors d’une balade au Sablon, je vis quelques personnes déposer une gerbe de fleurs devant les statues des Comtes d’Egmont et d’Horne.  Ces Flamingants s’opposaient au Pacte !

Quelques mois plus tard, c’était devenu un chiffon de papier !!!

Dans l’incroyable marasme des Finances mondiales, avec les partenaires qui sont les tiens, quelle politique vas-tu pouvoir mener ?

Celle du socialiste Zapatero ?

Celle du socialiste Papandreou ?

Non, Elio, n’y va pas !!!

A n’en pas douter, si tu deviens Premier Ministre, ce qui se profile à l’horizon sera une défaite électorale historique pour le PS !

Ceux que nous devons défendre ne nous pardonneront pas, et ne comprendront pas, et pour cause, la politique que tu seras contraint de mener.

Je suis conscient qu’une part importante de l’action politique est motivée, et c’est très bien ainsi, par des facteurs personnels.

J’aurais été fier, très fier, de voir sortir de nos rangs un fils d’immigrés pauvres pour endosser la charge prestigieuse de Premier Ministre.

Quelle revanche sur la vie !

Quelle revanche sur ceux, si nombreux, qui, en 1996, voulaient t’assassiner judiciairement !

Mais si cette ambition, oh combien justifiée, doit conduire le Parti au néant, j’estime qu’alors, le prix à payer est lourd, beaucoup trop lourd.

Tiens, à propos Elio, une chose qui n’a rien à voir, mais quand même.  Lorsque je te vois en compagnie des Présidents de partis, je constate que tous, sauf toi et Beke, sont des fils de…, ou même des filles de…

Faut-il en déduire que nous sommes dirigés par une Aristocratie d’Etat ?

Cela aurait été d’autant plus formidable que ce soit toi, fils d’immigrés, qui émerge.

Non Elio, non, faut pas y aller !!!

Dans les années 90, Busquin nous expliquait que nous devions avoir le courage d’être au pouvoir pour sauvegarder ce qui pouvait l’être de nos acquis sociaux.

Il disait qu’il fallait « accepter de descendre quelques marches pour ne pas dévaler tout l’escalier ».

Aujourd’hui, ce qu’on va te demander comme Premier Ministre, ce sera de détricoter complètement ce qui a pris des décennies à être construit, à savoir une société qui allie la protection sociale à la Liberté politique.

La main invisible des marchés pèsera de tout son poids sur ta nuque, et te fera baisser la tête.

Demande aux sidérurgistes de Liège et de Charleroi ce qu’ils en pensent.

Tu seras prisonnier de tes curieux alliés qui, au Gouvernement, jour après jour, voudront te faire payer ta réussite.

Déjà, et ils ne s’en cachent pas et tu le sais, ils sont, eux, des alliés indéfectibles de la « main invisible », celle qui frappe toujours les plus faibles.

Non Elio, n’y vas pas !!!

Bien sûr, aujourd’hui, différents milieux t’encensent, je les connais, je les ai fréquentés.

Ils attendent  beaucoup de toi, tu es leur sauveur.

Tu as su sauvegarder ce qu’ils sont, ce qu’ils ont !

D’autres, beaucoup d’autres, espèrent, à travers toi, un destin prestigieux.

C’est toujours comme ça !

Ils gravitent autour de toi tant que tu pourras servir.

Ne sois pas, comme disaient les Communistes, leur « idiot utile ».

Quant aux Médias, ils t’appliqueront l’impitoyable loi des trois « L » :

D’abord, ils te Lècheront.

Puis, ils te Lâcheront.

Pour, enfin, te Lyncher !!!

Certains, alors même que tu n’es pas encore en place, parlent de « fin de  l’état de grâce », de « l’échec de la méthode Di Rupo ».

Non, Elio, faut pas que tu y ailles !!!

Au point où nous en sommes, il ne reste qu’à couper le nœud gordien et faire appel au peuple, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, pour lui demander ce qu’il veut vraiment.

Est-ce un gros mot, en Démocratie, que de demander leur avis aux citoyens ?

Si la Gauche européenne veut encore exister, si elle a encore un sens et un avenir, elle ne pourra se contenter de changer la place des couverts sur la table, elle devra la renverser!

Non, Elio, n’y va pas !!!

Il est vrai que le pire n’est jamais certain, mais crois-moi, et je m’y connais, il n’est jamais décevant !

Avec toute mon estime.

Merry Hermanus

 

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Gilles Durvaux 18/11/2011 00:04


Tout à fait d'accord avec le contenu de cet article. C'est bien ce que j'écrivais dans un récent article : la gauche impliquée dans les gouvernements est devenue prisonnière des diktats de l'Europe
et des marchés. Et ceux-ci anéantiront toute décision qui ne sera pas en concordance avec leurs paradigmes. Les partis de gauche candidats à une participation à un gouvernement n'ont pas d'illusion
à se faire. Ceux qui nous ont seriné "Sans nous ce serait pire", doivent désormais dire "Avec ou sans nous, ce sera pire".

Dans ce cadre là, il est temps pour les forces progressistes - mais il est peut être déjà trop tard - d'envisager une opposition réellement radicale à un système économique de plus en plus
liberticide. Que tous les militants les plus volontaires envisagent de s'engager dans une nouvelle perspective de changement social au côté des nouvelles formes d'opposition. Le regain de
crédibilité est à ce prix ! Il ne me semble plus nécessaire de se demander comment réformer un système devenu nuisible au plus grand nombre. Il faut réfléchir à sa succession, bien entendu dans une
perspective démocratique, mais il faudra faire plus que de se lancer vainement dans une pétition de principe !


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