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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 14:04

Au Nord, c’était les corons… C’était ! Au Nord, c’était les forges… Ce n’est plus ! Et le ciel reste l’horizon ; les hommes envoyés au fond !

 

 

Un demi-siècle de cupidité et d’erreurs, d’errance et d’hésitations , d’ignorance et de lâcheté, de stupidité et de vanité a anéanti le fleuron du génie industriel d’Europe occidentale. La sidérurgie européenne née il y a près de trois siècles dans les bassins hennuyer, liégeois et lorrain a disparu en trois décennies.

 

 

 

arcelor_mittal_Liege.jpg

Arcelor-Mittal, la phase à froid à Liège va fermer.

 

 

Cette industrie a connu tous les errements de la gestion des hommes et des biens. Née du génie et de la volonté de quelques-uns qui l’ont mise sur les fonts baptismaux dès la fin du XVIIIe siècle, la sidérurgie se développa grâce à la fermeté de capitaines d’industrie et grâce aussi aux luttes ouvrières pour la conquête d’une place digne au travail. Les guerres lui apportèrent aussi bien un sang neuf que des destructions. Elles se redressèrent après. La crise charbonnière commencée dès les années 1950 la toucha de plein fouet. Le charbon qui est sa source d’énergie et aussi, par le coke, sa matière première, surenchérit et une compétition mondiale se fit jour. Cependant, on vivait les illusoires « golden sixties » où la consommation était telle que l’on pouvait se permettre de produire au prix fort. Et chacun dormit sur des lauriers ne détectant pas les premiers symptômes de la maladie mortelle de la surproduction.

 

 

 

 

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La surproduction automobile a particulièrement touché la sidérurgie.

 

 

La décolonisation fut le premier choc. La sidérurgie européenne commença à décliner. Les premières politiques d’austérité frappèrent de plein fouet le monde du travail. Les bassins hennuyer et liégeois connurent la plus importante mobilisation ouvrière de l’après-guerre en décembre 1960. Mais cela ne changea rien. Le déclin se poursuivait inéluctablement.

 

 

 

Une crise de surproduction

 

 

 

Dans les années 1970-80, sous la pression des organisations syndicales et des Socialistes, la sidérurgie fut nationalisée. Cependant, cette nationalisation signifiait aussi politisation. On mit à la tête des entreprises des politiques dont ce n’était pas le métier. À une ou deux exceptions près, ce fut une catastrophe. Il a fallu alors faire appel à un patron français, Jean Gandois. Il remplit sa mission. Il parvint à sauver l’outil, mais il était trop tard. Face à la surproduction, la Commission européenne imposa des quotas. Dans sa vision purement économiste, elle ne tint pas compte des autres aspects. Il y avait les conséquences dramatiques pour l’emploi, mais aussi pour les bassins. Toute une économie tournant autour des aciéries était menacée. Gandois, lui, ne put que préparer un plan de fermetures progressives des outils en Wallonie.

 

 

 

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Jean Gandois finit par prôner la fermeture !

 

 

De plus, en Belgique, se greffa le problème « communautaire ». Les dirigeants flamands exigèrent la régionalisation des secteurs dits nationaux, c’est-à-dire les secteurs de l’économie belge qui avaient été nationalisés ou qui étaient fortement subsidiés, comme le verre creux d’emballage, ce qui restait des charbonnages du Limbourg et essentiellement la sidérurgie wallonne, la sidérurgie maritime à Gand étant toujours rentable. Quelques syndicalistes wallons étaient même d’accord, ne se rendant pas compte que la fin de la solidarité nationale signifiait une perte considérable pour l’entreprise.

 

 

 

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Robert Collignon, alors ministre-président de la Région wallonne

aurait bradé Cockerill-Sambre.

 

 

Aussi, la vente était inéluctable. Le ministre président de la Région wallonne de l’époque, le Socialiste Robert Collignon, négocia avec le groupe français Usinor – Sacilor qui venait d’être privatisé. La session de Cockerill – Sambre fut effectuée en 1998. On reprocha à Collignon d’avoir bradé le sidérurgiste wallon, ce qui mit fin à sa carrière politique. Encore une fois, les politiques n’étaient pas armés pour ce genre de négociation, ou n’avaient pas pris la peine de s’entourer de gens compétents en la matière. De plus, le secteur public était désormais exclu de tout pouvoir en matière de contrôle des outils sidérurgiques. En 2002, Usinor-Sacilor fusionne avec l’Espagnol Aceralia et le Luxembourgeois Arbed. Ils forment ainsi Arcelor.

 

 

 

Zorro Mittal est arrivé !

 

 

 

En 2006, arrive Lakshmi Mittal, propriétaire du deuxième groupe sidérurgique mondial, Mittal Steel Company. Il lance le 29 janvier 2006 une OPA hostile sur Arcelor, donc aussi bien les outils français de l’ex-Usinor, luxembourgeois de l’ex-Arbed et belges de l’ex-Cockerill-Sambre, avec en plus Sidmar à Gand et la Fabrique de Fer à Charleroi. Mittal, 6e fortune mondiale, n’était pas un petit nouveau en Europe. Il était connu dans la City londonienne et avait déjà acquis des sites en Roumanie et en Bulgarie et s’était approprié dans des conditions obscures des mines au Kazakhstan. Mittal était encore un « petit » dans le secteur. Et son OPA sur Arcelor qui était alors le premier groupe sidérurgique mondial surprit pas mal de monde.

 

 

 

 

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Lakshmi Mittal considéré comme un nouveau Messie !

 

 

Comment était-il possible qu’un sidérurgiste « moyen » s’attaque au plus grand ? En dehors du fait que les médias ont dressé de Mittal le portrait d’un homme d’affaires de génie – il a toujours soigné sa com’, le bougre – il lui fallait malgré tout de solides moyens pour pouvoir procéder à une telle opération.

 

 

 

Sauvé : Goldman Sachs est là !

 

 

 

Et ici, on retrouve nos bons amis de Goldman Sachs. La banque de New Jersey avait prêté à Mittal 7 milliards de dollars pour ses différentes acquisitions.

 

 

Cependant, le groupe n’était pas certain de récupérer ses billes. Aussi, fidèle à sa stratégie de fuite en avant qui a provoqué la crise financière de 2008, Goldman Sachs estime qu’il faut accoler Mittal à un groupe plus puissant.

 

 

 

goldman-sachs-jersey.jpg

Siège de Goldman Sachs à New Jersey

 

 

Arcelor est ainsi devenu la cible. Le groupe était dirigé par des industriels qui ne se souciaient guère de voir ses actions végéter en Bourse. De plus, à l’exception du gouvernement luxembourgeois, les gouvernements belges, espagnols et français ne disposaient plus que de participations symboliques chez Arcelor. Aussi, le groupe européen était une cible idéale. Comme l’écrit Martine Orange dans « Mediapart » du 1er décembre 2012 : « les États européens, épris d’un libéralisme de bon ton, ont décidé de renoncer à avoir tout droit de regard sur le groupe, en dépit des milliards de subventions accordés précédemment et du poids du groupe sur des filières industrielles entières, des répercussions sur l’emploi et dans certaines régions. »

 

 

 

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Siège d'Arcelor à Luxembourg

 

 

 

En outre en fusionnant le groupe de Mittal et Arcelor, la nouvelle entité contrôlerait plus de 10 % du marché mondial de l’acier. Cela lui donne une taille suffisante pour peser sur les prix mondiaux. C’est l’assurance d’une bonne rentabilité pour Goldman Sachs et d’un bon « trading » en Bourse, autrement dit on pourra spéculer sur les actions Arcelor-Mittal sur les « marchés ». Arcelor s’est très mal défendu face à cette attaque Goldman Sachs – Mittal, il a d’abord cherché à s’associer au Russe Severstal. Cela n’a pas marché. Ensuite, le groupe luxembourgeois a frappé à la porte de l’éternel concurrent allemand, Tyssen Krupp. Peine perdue ici aussi.

 

 

 

L’extraordinaire puissance de Lakshmi

 

 

 

Tout le monde est impuissant face à cette offensive qui se règle entre actionnaires. Le gouvernement français envoie à Mittal une lettre de 45 questions concernant les garanties relatives au maintien des outils et sur l’emploi. Lakshmi Mittal calme le jeu : il est d’accord sur toutes les demandes. On sait ce qu’il en a été !

 

 

L’offre au départ de 18,6 milliards d’euros, passe à 25,6 milliards quelques mois plus tard. L’OPA est réussie. À lui seul, Lakshmi Mittal et sa famille détiennent 41 % du groupe. Il est au sommet de sa gloire. En 2008, il sera nommé administrateur de Goldman Sachs et d’EADS (le groupe aéronautique et d’armement franco-allemand), en signe de reconnaissance. Au début, tout baigne. Les prix de l’acier atteignent des sommets et les fermetures des hauts fourneaux (la phase à chaud) jugés peu rentables par Arcelor qui les avait planifiées sur dix ans, afin d’éviter les drames sociaux, sont oubliées. Il promet même de nouveaux investissements à Charleroi, Liège, Florange, Grandrange et à Fos sur mer.

 

 

fos_sur_mer.jpg

Fos sur mer : l'acier à la plage. Bientôt, il ne restera que le sable.

 

 

Mittal installe son pouvoir. Il vire l’ancienne haute direction d’Arcelor. Il y place ses proches, avec en tête, son fils âgé de… 23 ans. En 2007, c’est l’année record : le groupe de l’Indien atteint un profit historique de 10,7 milliards. L’action et les dividendes grimpent aux sommets. Cependant, avec la frénésie de rachat de sites, de mines, etc., dans le monde entier, le groupe de Mittal est fortement endetté, grâce aux « largesses » de Goldman Sachs.

 

 

D’autre part, la production d’acier est par définition très cyclique. Et après 2007, l’on passe à une période descendante. Aussi, Mittal joue, au grand dam des travailleurs et des organisations syndicales, la stratégie dite du « stop and go » qui avait été celle des maîtres de forge européens avant la crise de 1974 : on ferme et on rouvre les hauts fourneaux en fonction de la conjoncture.

 

 

Les nuages s’amoncèlent.

 

 

La crise de l’automobile commence à se faire sentir. Ce secteur est le principal client d’Arcelor-Mittal. Très vite, le groupe connaît de sérieuses difficultés. Et c’est la sidérurgie européenne qui sera le plus visée : équipements vétustes à cause du sous-investissement des opérateurs successifs, salaires élevés et les normes environnementales bien plus sévères en Europe qu’ailleurs.

 

 

La farce des quotas CO2

 

 

En effet, suite au protocole de Kyoto adopté par l’Union européenne et refusé par les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Brésil, a été mis en place les quotas CO2 Les installations les plus émettrices de CO2 ont un certains nombre de quotas à ne pas dépasser. Ces quotas peuvent être vendus sur le marché du carbone. Tout est contrôlé par le journal des transactions de l'UE (CITL). Mais, comme Mittal applique la stratégie du « stop and go » dans ses installations européennes, surtout celle du « stop », il a joué sur les quotas qu’il a touchés puisqu’il n’atteint plus le nombre requis et leur revente lui permet de financer les unités de production hors UE et hors « Kyoto ». C’est ce qu’on a appelé le « permis de polluer ailleurs ».

 

 

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La sidérurgie est très polluante (ici les Forges de Clabecq)

 

 

On arrive même à des situations absurdes. Le journal économique belge « l’Echo » du 2 février 2013 relate qu’Arcelor-Mittal a assigné la Région wallonne en Justice pour non paiement des quotas CO2. En effet, le haut fourneau 6 à Liège qui devait être fermé et qui a continué à produire : lors de l'élaboration du plan d'allocation, le haut-fourneau 6 était à l'arrêt et le second haut-fourneau devait fermer en 2009, en raison d'un projet d'arrêt de la phase liquide. En 2007, l'entreprise a finalement décidé de continuer à utiliser les deux hauts-fourneaux à condition que le site de Liège puisse recevoir l'allocation de quotas de CO2 nécessaire basée sur les prévisions d'émissions durant la période 2008-2012. L'entreprise réclame les quotas concernant sa production réelle, soit 965.000 tonnes de CO2. « Au moment où ArcelorMittal nous a réclamé ces quotas, la Région avait déjà épuisé ses réserves pour les nouveaux entrants: nous n'avons donc pas d'obligation d'allouer ces quotas », déclare le ministre Philippe Henry dans « l'Echo ». Il rappelle qu'il « souhaite soutenir une activité sidérurgique pérenne sur le long terme dans la phase à froid, mais ArcelorMittal ne doit pas continuer à penser que la Wallonie va tout accepter ». Il est presque temps !

 

 

 

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Le ministre wallon écolo Philippe Henry : de la fermeté mais un peu tard !

 

 

Donc, non seulement, Arcelor Mittal dépasse les quotas requis, mais a aussi l’audace d’attaquer la Région pour refus de paiement de quotas non dus, en outre, elle est l’entreprise qui se taille la part du lion dans les quotas CO2. Cela représente des milliards d’euros empochés ! Ecologie et finances se marient très bien en l’occurrence !

 

 

On ferme !

 

 

Mais dès 2010, Mittal reprend à son compte le plan Gandois de fermetures qui date de 2003 ! Tous les sites européens sont menacés. Il commence par l’ancien site de Carlam à Charleroi, tandis que le haut fourneau de Carsid qui appartient à Duferco est lui aussi fermé « provisoirement » pour être définitivement démantelé le 31 décembre 2012. En France, c’est la phase à chaud de Florange qui est fermée dès 2012. A Liège, les hauts fourneaux sont fermés. C’était prévisible. Aussi bien Gandois, qu’Arcelor, que Mittal lui-même avaient prévu la fermeture du chaud. Et puis, fin 2012, c’est l’annonce de la fermeture définitive, cette fois-ci du froid, de sept lignes pour le moment, avec à la clé 1.300 emplois supprimés, sans compter les emplois indirects. Dunkerke, Sidmar et Brème ne sont pas menacés, mais cela ne pourrait tarder.

 

 

 

 

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Arcelor Mittal : c'est l'homme qui trinque !

 

 

 

Le rapport Laplace

 

 

 

Le 16 janvier 2012, à la demande du gouvernement wallon, le bureau d’études Laplace conseil remet un rapport sur l’avenir de la sidérurgie à Liège. D’emblée, il annonce la couleur : « La fermeture du Chaud de Liège est irréversible. Le Froid est très menacé et son approvisionnement par Dunkerque ne garantirait pas son équilibre économique. Le financement complet par Arcelor Mittal des coûts sociaux et surtout environnementaux pour la remise en état des sites fermés n’est pas assuré. » Et il ajoute plus loin : « La fermeture définitive du Chaud de Liège est irréversible, car les retards successifs d’investissements de modernisation, imputables en grande partie au manque de confiance des actionnaires successifs dans la fiabilité sociale de l’entreprise, sont aujourd’hui trop importants pour être comblés de façon économique. » Autrement dit, Laplace est très critique à l’égard des syndicats qu’il accuse de refuser systématiquement tout changement. Cependant, le rapport Laplace recommande une négociation avec Arcelor-Mittal afin de trouver « un équilibre entre le droit d’Arcelor Mittal à réaliser une restructuration de son dispositif industriel européen, même au prix d’une fermeture, et ses devoirs envers la Région qui l’a accueilli et aidé ainsi que les travailleurs qui ont participé à créer la valeur de l’entreprise. » et la création d’un Fonds cogéré entre Arcelor-Mittal, la Région wallonne et les organisations syndicales pour la création d’une filiale industrielle. Celle-ci sécuriserait le froid, construirait une aciérie électrique, créerait une société de « défaisance » pour assainir les sites du chaud fermés et l’indemnisation par Arcelor-Mittal les travailleurs licenciés.

 

 

On sait ce qu’il en est ! Arcelor-Mittal retire ses billes, point barre ! Il se réfugie provisoirement à Dunkerque, à Gand, à Brème et à Fos sur mer, autrement dit la sidérurgie maritime.

 

 

 

Tout n’est pas si rose chez Mittal.

 

 

 

Car, tout n’est pas aussi rose qu'on le croit chez Mittal. En effet, certains prétendent qu’Arcelor Mittal empoche des bénéfices. Ce n’est pas exact. Le groupe est surendetté. Il doit rembourser plus de 6 milliards d’euros entre 2013 et 2014. Or, Mittal a les plus mauvaises performances et la plus mauvaise notation des groupes sidérurgiques mondiaux. Il est encore soutenu par Goldman Sachs, et ce, au détriment de milliers de travailleurs qui se retrouvent sur le carreau en France et en Belgique. C’est sans doute la plus grande catastrophe sociale de l’après-guerre : 60.000 emplois supprimés en cinq ans !

 

 

De plus, Mittal refuse de vendre le moindre site fermé. Il a toujours gardé tous ses actifs, quel qu’en soit le prix. On en revient au temps des années 1970 où les patrons de la sidérurgie empochaient les bénéfices et socialisaient les pertes. Et le politique n’a toujours pas tiré la leçon de cet immense gâchis.

 

 

La stratégie de Mittal

 

 

Mittal a une stratégie à long terme. C’est un fameux joueur d’échecs qui use aussi du court-terme ; c’est ce qu’il vient de faire en fermant les sites wallons et lorrains.

La stratégie de Mittal est de s’approprier les technologies et de les développer en collaboration avec les Universités, comme celle de Liège. Le gouvernement belge vit en l’arrivée de Mittal une espèce de Messie qui allait sauver l’acier wallon et développer l’outil Sidmar. Mittal, grâce aux énormes moyens dont il disposait, passa outre les réticences des politiques et il reçut un paquet énorme de subsides. En réalité, il effectua un formidable transfert de technologie pour ses projets de développement sous d’autres cieux et ce à cause de l’aveuglement des responsables politiques et économiques belges, français, espagnols et luxembourgeois. Il ne vendra pas ses sites à un concurrent éventuel. De plus, une nationalisation telle qu’elle a été envisagée par les syndicats liégeois et Arnaud Montebourg est impossible : Mittal s’est approprié tous les brevets qui se trouvent dans une société luxembourgeoise qui l’appartient. Nationaliser reviendrait dès lors à doter l’Etat de coquilles vides.

 

 

 

 

arnaud_Montebourg.JPG

Arnaud Montebourg se trompe : la nationalisation est impossible.

 

 

 

Son objectif : dépouiller la sidérurgie européenne et lorsque la demande reviendra produire à bas prix (sans respect des normes sociales et environnementales dans les pays émergents, essentiellement Inde et Brésil). Ainsi, il renouera avec les bénéfices et aura éliminé le principal concurrent qu’il a conquis au préalable.

 

 

 

La facture sociale sera catastrophique : accroissement du chômage dans plusieurs régions d’Europe, exploitation éhontée de travailleurs précaires et sous-payés en Inde et au Brésil, destruction de l’environnement. C’est aussi la première phase de la désindustrialisation en Europe. En effet, comment feront les nombreux secteurs manufacturiers comme l’industrie automobile et aéronautique qui ont besoin d’acier ? Ils seront contraints, sous peine de disparition, de délocaliser transformant le vieux continent en désert économique et social. Mais, ce scénario catastrophe n’est pas absolument certain : Mittal avec son endettement colossal tiendra-t-il suffisamment longtemps pour atteindre son but ?

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

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commentaires

Gilles Durvaux 05/02/2013 23:18

Bonjour Pierre,

Excellent article qui met bien en lumière sur la fin le caractère structurant de la sidérurgie et le fait que si elle disparait de l'Europe, d'autres industries majeures disparaitront également.
Toutefois, étant connaisseur à propos du sujet, et bien documenté, je me permettrai quelques petites remarques :

1) Il n'est pas exact de dire que la sidérurgie était en déclin dès les années 1960. En effet, le charbon nécessaire au coke a continué à être produit en Belgique, tout simplement parce que les
mines limbourgeoises se sont substituées au mines wallonnes du Borinage, notamment. Quand au minerai, il provenait toujours de Lorraine et du Luxembourg (minerai pauvre en fer, donnant de la fonte
phosphoreuse... ). La guerre de Corée, d'abord, puis ensuite la montée en puissance de la consommation de masse dans les années soixante ont permis à la sidérurgie wallonne de connaître un boom
sans précédent. S'ajoutaient à cela les grands travaux d'infrastructures, le renouvellement du matériel ferroviaire.

Pour palier à cette demande croissante, les industriels du secteur se sont livrés à une veritable course aux armements : chaque usine voulait ses trains de laminoirs à produits longs, ses laminoirs
à produits plats, ses trains à fils. tant et si bien qu'aucune usine ne s'était vraiment spécialisée dans un domaine bien particulier (les fameuses "niches"), mais produisaient de façon éclectique
une large gamme d'aciers finis. Il fallait bien alimenter tout cet aval pléthorique et pour cela, toutes les entreprises sidérurgiques ou presque se sont dotées de nouveaux hauts fourneaux à grosse
capacité et de nouvelles aciéries. Ces nouvelles filières fontes naquirent, non pas dans le but d'éliminer les batteries de petits hauts fourneaux plus anciens et les vieilles aciéries Thomas ou
Martin, mais bien pour s'y ajouter afin d'augmenter les capacités de production. Ces nouveaux outils, hauts fourneaux et aciéries LD ou OBM, amenaient un paradoxe : d'une part ils créaient une
surcapacité qui pouvait amener à terme un épilogue dramatique, et d'autre part, ils constituaient, on le constatera par la suite, la bonne base pour la conservation d'un noyau performant en cas de
crise grave. Ce que firent moins bien les sidérurgistes Lorrains ou Denaisiens, puisque la majorité de leurs outils furent frappés d'obsolescence une fois la crise venue.

2) C'est la crise pétrolière de 1973 qui a mis un terme à cette expansion et plongé le secteur dans une crise très grave et sans précédent. Les sidérurgistes se sont retrouvés avec des outils
surnuméraires et à fabriquer tous ou à peu près la même chose... On procéda donc à un premier élagage afin d'éliminer les outils les plus anciens avec l'aide, comme tu le dis bien, des pouvoirs
publics. Entretemps, Frère et Consorts (tout comme les De Wendel et Cie en France) s'étaient astucieusement soustraits du jeu, laissant la patate chaude aux Etats. La sidérurgie wallonne allait
ainsi entrer dans plus de dix années de turbulences où des sites entiers disparaitraient. Tout cela se fit avec de nombreux tâtonnements et atermoiement...

3) tant et si bien, et en désespoir de cause, qu'il fallut faire appel à Gandois, en tant que "sage" extérieur pour sauver ce qui pouvait l'être dans Cockerill Sambre, résultat d'une fusion entre
les deux grands de la sidérurgie. Celui-ci ne vint non pas avec l'espoir de tout conserver, mais bien avec la ferme intention et un mandat très clair de procéder aux derniers élagages qui
permettraient au groupe Cockerill sambre de renouer avec la compétitivité. Ce qu'il fit... Eliminant l'aciérie de Seraing, la phase liquide ex Hainaut-Sambre de l'est de Charleroi, ainsi que
plusieurs laminoirs à produits longs (T 900 à Marchienne, notamment), ainsi que le laminoir Valfil à Seraing. Son objectif était assez cohérent : opérer un repli stratégique vers les produits plats
à haute valeur ajoutée avec les bons outils et des investissements conséquents dans la filière de finition (le fameux froid de Liège). Dans la foulée, et de façon commune à toutes les entreprises
du secteur, on délaissa les minerais Lorrains, au profit de minerais plus riches en fer, permettant de convertir les hauts fourneaux à la fonte hématite qui offrait un meilleur rendement (mais une
plus grande dépendance vis à vis des marchés internationaux pour leur approvisionnement) Et comme je l'ai dit, quelques outils, créés dans l'euphorie de sixties et même après, présentaient un
excellent potentiel pour une restructuration raisonnable. Il s'était trouvé dans ce cheminement quelques ingénieurs de haut vol pour les concevoir. La justesse de leur vision doit être louée. c'est
ainsi que l'aciérie et le laminoir à larges bandes de Chertal, le train à large bandes Carlam à Châtelet, notamment permirent un sauvetage salutaire et sont d'ailleurs toujours en activité, même si
Chertal est désormais condamné.

4) L'action de Gandois, même contestée et contestable, fut la bonne : Cockerill-Sambre renoua avec les bénéfices fin des années 80. On avait désormais une sidérurgie assainie, performante et à la
pointe. Les investissement de mise à jour continuèrent et en 1998, Cockerill Sambre était devenu un fleuron, lorsque Collignon décida de le céder à Usinor. Erreur fatale dont on continuera
longtemps à subir les conséquences. Notons que ce fut là une tendance européenne, puisque la France, l'Italie et l'Espagne firent de même. Seule l'Allemagne, finalement, adopta une autre logique,
en gardant un contrôle public significatif sur ce secteur.

Spero 04/02/2013 14:32

Très bien fait... Rappel historique, sociologique et économique.

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