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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 21:37

Le gouvernement papillon

La cause est donc entendue : le PS francophone s’est aujourd’hui rallié, dans tous les cas de figure, à la ligne dominante au sein du courant social-démocrate européen, savoir l’acceptation de la tyrannie des marchés. Il lui apporte juste sa touche personnelle : un peu plus de social, un peu plus d’équilibre dans les politiques austéritaires mises en œuvre.

 

gouvernement_di_rupo.jpg

 Le gouvernement "papillon" tiendra-t-il ses promesses après avoir prêté serment ?

 

S’y ajoute dans le chef du nouveau Premier Ministre une sollicitude infinie pour la Belgique fédérale et sa Majesté le Roi. (Ce sont ses propres termes bien sûr, non les miens !). Au-delà de l’anecdote, un tel comportement est révélateur d’une réelle involution du PS. Aujourd’hui, le parti, jadis irrigué par une aile renardiste influente, est devenu le meilleur soutien de l’Etat Belgique, tel qu’il est. De ce point de vue et sans trop caricaturer, on peut affirmer paradoxalement qu’il constitue le meilleur allié objectif de la NVA. Cette dernière sait en effet parfaitement qu’à force de bloquer toute réforme significative (en profondeur) de la Belgique fédérale, le PS apporte de l’eau à son moulin et contribue à la renforcer, sur le plan électoral et sur celui des idées.

Ces deux caractéristiques essentielles du PS – acceptation de la loi des marchés financiers ; dernier pilier de la Belgique – se retrouvent dans le récent accord entre les six partenaires de la coalition papillon. Que le programme du gouvernement Di Rupo soit détestable ne demande pas, me semble-t-il, une longue démonstration. Ce n’est certes pas à ceux qui se sont mis en grève cette semaine pour contrer les projets de Mister Quick en matière de pension qu’il faudrait apprendre quoi que ce soit sur le sujet. Aussi puis-je me contenter de deux ou trois faits, sans plus.

Sur le plan communautaire d’abord, la logique de la tactique suivie par Di Rupo n’est pas difficile à saisir. Elle a tout simplement été de céder complètement sur BHV pour sauvegarder au maximum les structures actuelles et le financement de la Belgique fédérale : en offrant ainsi aux partis flamands la scission de l’arrondissement de BHV sans compensation aucune – j’insiste sans compensation ! –, il a pu manœuvrer pour que la sixième réforme de l’Etat se réduise finalement à très peu de choses. C’est pourquoi la fameuse paix promise pour dix ou vingt ans, dans l’euphorie de l’accord communautaire du 21 septembre 2011, n’est qu’un leurre : en fait, par son caractère superficiel, extrêmement limité, la dite réforme recèle en elle les germes d’une autre, qui portera alors sur l’existence même de l’Etat belge. (Par hasard, au moment où j’écris ces lignes, je tombe sur une interview d’Yves Leterme, où il dit explicitement : « Ce n’est pas un point final et par conséquent, cet accord n’inaugure pas une longue période de paix communautaire. Pour Di Rupo, ce sera un défi permanent que de garder ensemble ce pays à deux visages. Les forces centrifuges subsistent. »)

Sur le plan économique et social,  il est inutile de passer à la loupe les 177 pages de l’accord gouvernemental pour conclure que la politique préconisée est fortement marquée au coin de l’austérité. Je ferai simplement appel à ce que vient de déclarer en parlant de la réforme des pensions Philippe Moureaux, la « conscience de gauche » du PS, mais aussi son vice-président : « Ces mesures sont totalement injustes, totalement déséquilibrées…mais totalement indispensables ! ». Evidemment, chacun sourirait, si ce n’était aussi triste, en lisant ce genre de prose complètement contradictoire. Mais quel aveu ! Le PS n’a même pas été capable d’obtenir des mesures d’austérité « équilibrées » en matière de pensions. C’est platement reconnaître que les libéraux l’ont emporté sur toute la ligne. Soyons juste cependant : le PS a réussi à sauver l’essentiel du mécanisme d’indexation. Pour tout le reste par contre, l’accord gouvernemental est coloré d’un bleu vif, nécessités obligent dirait Moureaux.

La nécessaire alternative

Je présume que sur tout ce qui précède, Jean Lafont n’émettra pas d’objections de fond. Je partage d’ailleurs moi-même, très largement, ses analyses telles qu’elles sont consignées dans les trois contributions publiées sur le blog « Osons le socialisme ». Par contre, je pense qu’elles méritent quelques prolongements.

S’il est vrai que la posture du PS à la fois dernier rempart d’un Etat belge, rongé de l’intérieur par le nationalisme flamand, et promoteur d’une politique d’austérité désastreuse sur le plan économique, n’est pas un accident, mais une tendance lourde, alors il faut en tirer toutes les conclusions. En particulier celle-ci : la nécessité d’un nouveau parti de gauche, qui sache à la fois analyser le double échec du communisme et de la social-démocratie et proposer une réelle alternative ici et maintenant. Par réelle alternative, j’entends le fait qu’un tel parti doit être en mesure de peser sur les rapports de force existants et de se comporter en facteur effectif de transformation économique et politique. Donc, un parti non pas pour témoigner, mais bien pour transformer en profondeur les réalités. (La réalité première, c’est le capitalisme financier aujourd’hui dominant. Il faudrait évidemment être plus précis sur le contenu de sa transformation, mais il m’est impossible en quelques mots d’en dire davantage, sans susciter nombre de questions.)

Tel est l’enjeu principal de la période ouverte en 2007-2008, un enjeu qui dépasse – et de loin ! – les frontières de la minuscule Belgique, puisque Die Linke en Allemagne ou le Front de Gauche en France sont confrontés exactement aux mêmes problèmes et défis.

Pour ne pas rester dans les généralités, qui n’ont jamais servi à rien ni à qui que ce soit, je vais à présent fournir quelques indications (nécessairement brèves et donc incomplètes) sur les contours de cette alternative.

En premier lieu, personne aujourd’hui, mis à part quelques indécrottables nostalgiques, n’identifie plus l’ex-URSS, le bloc de l’Est, la Chine, la Corée du Nord, etc. avec le socialisme. Chacun comprend qu’il s’agit là de dictatures pures et simples. Cependant, tout en ne retombant pas dans les débats stériles sur la nature de ces pays, il est important de comprendre en quoi leur mode de fonctionnement économique n’avait rien non plus de socialiste. (Je reste volontairement vague sur ce point.) Dans le même ordre d’idées, jeter des ponts entre développement économique et préoccupations écologiques est une nécessité impérieuse. (Heureusement, dans ce domaine, on dispose d’analyses et de matériaux déjà très élaborés.)

En deuxième lieu, il faut s’attaquer de front à la question de savoir comment sortir, concrètement, de la crise structurelle dans laquelle nous sommes plongés et par là, de rompre avec la logique marchande du capitalisme financiarisé. A cet égard, une chose est certaine, l’application d’une politique de sortie de la crise déclenchera immédiatement une réaction de grande ampleur de la haute finance. Aussi ne pas dire dès maintenant comment on répondra à cette réaction, c’est se moquer du monde ou se préparer à céder aux oukases de la finance. (J’ai développé certains éléments d’un tel programme dans plusieurs textes ; l’idée essentielle est de séparer caisses de dépôt et banques de crédit et de réaliser un ensemble de réformes structurelles permettant la mise en œuvre d’une politique de relance économique, une politique d’écocroissance.)

Enfin, même si je sais que le thème suscite de la méfiance dans une certaine gauche, il faut prendre à bras le corps la question nationale. Je l’ai déjà dit plus haut, l’Etat (fédéral) belge est gangrené – j’ajouterai mortellement –  par le nationalisme flamand. Par ailleurs, la Flandre est d’ores et déjà une nation au sein de l’espace Belgique. Sans passer par des détours inutiles, je pense que la Belgique est foutue et j’en tire la conclusion que la constitution d’un Etat Wallonie-Bruxelles constitue le débouché politique central de la période.

Toutes ces perspectives vous paraissent irréelles ?  Je n’en crois rien pour ma part, mais le mot de la fin sur le sujet, je voudrai le laisser à Condorcet : « On ferait beaucoup plus de choses si l’on en croyait moins d’impossibles. »

 

Francis Bismans

25-12-2011

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