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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 20:33

un coup d'état mettait fin à l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

 

 

Au moment où la Russie est à nouveau secouée par des élections manifestement truquées, au moment où le peuple russe exprime sa révolte face à la dictature Poutine qui tente de se consolider, il est intéressant de se référer à l’histoire pour mieux comprendre ce qu’il se passe de nos jours.

 

 

Il y a vingt ans, l’URSS était dissoute par un coup d’Etat. Jean-Marie Chauvier nous en explique le processus et les conséquences.

 

 

 

Révolte Russie                                       Manifestation samedi 10 décembre à Moscou 

 

                                                                                  *                                     

 

Les présidents de deux des quinze républiques, Boris Eltsine (Russie) et Léonid Kravtchouk (Ukraine) de concert avec le président du parlement biélorusse, Stanislav Chouchkevitch, déclaraient que l'URSS cessait d'exister "en tant que sujet du droit international" et lui substituaient une "Communauté des Etats Indépendants" (CEI) aux contours très flous. Ni Union fédérale, ni confédération...mais certes grande "coordination" aux tâches mal définies, dont certains optimistes croyaient malgré tout qu'elle serait une "maison commune" de pays souverains.

 

 

 

 Eltsine_Kravtchouck.jpg

Rencontre secrète en Biélorussie Elstine - Kravtchouck

 

Cela se passait dans le plus grand secret, dans la forêt de Biéloviège ( беловежская пуща) célèbre pour ses "derniers bisons d'Europe", non loin de la capitale du Belarus, ou Biélorussie, Minsk. D'où le nom d'"Accords de Minsk".

 

Le coup de force mettait brutalement fin au processus de "nouveau Traité de l'Union" conduit par le président de l'URSS Mikhaïl Gorbatchev. Il est vrai que ce processus était triplement compromis: par le "putsch" raté des adversaires conservateurs de ce traité en août 1991, qui permirent à Eltsine de prendre le pouvoir, par les proclamations d'indépendance des républiques qui ont suivi l'épreuve de force à Moscou et, last but not least, par la "souverainisation" de la Russie, dont les dirigeants saisissaient les leviers de commande dans tous les domaines, dont les matières premières à exporter, soit la rente pétrolière, source espérée de fabuleux enrichissements. A une moindre échelle, d'autres castes dirigeantes de républiques détentrices de matières exportables en devises fortes ont également visé le "pactole de la désunion".

 

 Soviet_Union_Administrative_Divisions_1989.jpg

Carte des divisions administratives de l'URSS en 1989

 

L'implosion de l'URSS devenait donc plus que probable, sauf qu'en théorie, un processus démocratique aurait pu réunir TOUTES les républiques non séparatistes mandatées par TOUS leurs parlements (soit onze républiques sur quinze, représentant plus de 90% de la population) afin de négocier un nouveau pacte du "vivre ensemble" conformément au vœu exprimé par 76% des électeurs lors du référendum sur l'Union, le 17 mars 1991. Hypothèse qui n'est plus retenue aujourd'hui, le référendum de mars n'étant même plus évoqué par aucun de nos analystes. Mais, pour Eltsine surtout et les élites russes (ou en reparlera) il ne pouvait plus être question d'Union même réformée ! 

 

Leur stratégie de choc de libéralisation radicale, soutenue par le FMI et leurs conseillers américains, impliquait une mobilisation des ressources russes au profit de la seule Russie.

 

Et cette idée de "souveraineté russe" plaisait tant aux libéraux qu'aux nationalistes et mêmes aux communistes "patriotes" qui dénoncent aujourd'hui "la liquidation de l'URSS" mais préféraient à l'époque Boris Elstine à Mikhaïl Gorbatchev. Pour rappel: chez nous, la "nouvelle coqueluche" Boris séduisait les Grands du monde occidental, mais elle était également applaudie comme "la gauche" russe dans des milieux sociaux-démocrates et...d'extrême-gauche !

 

Les trois "comploteurs", soucieux malgré tout de maintenir une certaine coordination entre les nouveaux états, ont d'abord imaginé une "Union slave" excluant les républiques "musulmanes" d'Asie. Ni le président Gorbatchev, ni les présidents des autres républiques, ni les gouvernements et parlements ne furent informés, ni les peuples consultés à ce moment là.

 

Le premier à en être informé par Eltsine fut le président des Etats-Unis, George Bush senior.

 

La deuxième étape, le 21 décembre, à Almaty, capitale du Kazakhstan, fut l'élargissement de la CEI à 11 républiques, dont les "musulmanes". Il ne restait plus qu'à entériner les nouvelles indépendances au sein de la nouvelle "Communauté".

 

Le 25 décembre, Gorbatchev, après avoir refusé tout recours à la force, tout risque de guerre civile, se résigna à démissionner.

 

 Gorbatchev.jpg

Gorbatchev s'est fait piéger par Eltsine, mais refusa toute guerre civile.

  

"L'URSS n'a pas choisi le scénario yougoslave" dira-t-on plus tard, pour autant que la comparaison fût fondée. Il n'y eut effectivement pas de conflit entre partisans et adversaires du maintien de l'Union, la majorité des Russes (y compris bon nombre de communistes) se ralliant à l'indépendance russe et à la formule de la CEI, il n'y eut pas de nouveaux heurts, pourtant annoncés, entre Russes et non Russes - après les événements tragiques de Vilnius et Riga début 1991.

 

Mais des guerres civiles éclatèrent ou se prolongèrent en Géorgie, au Tadjikistan, et entre Arméniens et Azerbaidjanais pour le contrôle du Haut Karabagh. Des centaines de milliers de victimes...ce fut considéré comme le "moindre mal" pour la dislocation d'un tel Empire. Encore faut-il y ajouter les affrontements sanglants d'octobre 1993 à Moscou entre partisans et adversaires des réformes radicales de Boris Eltsine. Depuis lors, il est convenu de qualifier ces événements de "fin de l'URSS", jugée "inévitable" et, à l'Ouest ou dans les républiques baltes et géorgienne, très réjouissante.

 

 douma.jpg

La Douma (le Parlement russe à Moscou) qui rechignait à voter les réformes néo-libérales a été bombardé sous les ordres de Eltsine. Comme cela se pratique dans toute bonne démocratie !

 

Mais "les derniers jours de l'URSS" ne sont pas limités aux luttes de pouvoir au Kremlin. Les jeux étant faits, ce qui a compté le plus mais dont on parlait le moins, c'était la mise au point, par les "réformateurs" russes et leurs conseillers occidentaux (et chiliens) de la "thérapie de choc" (libération des prix, compression drastique des dépenses publiques) qui allait faire de la Russie, jugée "retardataire", un laboratoire d'avant-garde des politiques néolibérales.

 

Vingt ans plus tard, beaucoup d'anciens Soviétiques posent la question: "Qui est coupable ?". Eternelle question russe, qui trahit en tout cas le fait que l'on ne considère pas cette fin de l'URSS et ce qui a suivi comme une bonne chose. L'événement n'est d'ailleurs pas "fêté" et on en parle plutôt avec amertume.

 

Mais cette histoire est controversée et un écrivain russe tel qu' Andrei Makine, bien connu en France, parle de l'ère soviétique comme d'une "horrible parenthèse".Les sondages d'opinion en Russie démentent largement cette vision épouvantable du passé soviétique, de même que l'opinion dominante, chez nous et parmi les libéraux de Moscou, selon laquelle 1991 fut une grande "victoire de la Démocratie". C'était pourtant, dans la terminologie unanimement adoptée par les experts et les universitaires spécialistes de l'ex-URSS, les débuts de la "transition démocratique".

 

La notion même de "Démocratie" n'a pas le même sens pour tous - constatation triviale mais qui, de nos jours, fait figure d'audace subversive !

 

La Perestroïka et son dénouement doivent être "revus et corrigés" en fonction de ce qu'a signifié, concrètement et pour des millions de gens, en ex-URSS et dans le monde, ce gigantesque bouleversement. Quels en furent, d'ailleurs, les principaux acteurs et décideurs ? On peut dire sans crainte de se tromper que ce ne furent pas les rêveurs humanistes de la Glasnost.

 

Les bilans des vingt ans écoulés en Russie et ailleurs en ex-URSS restent à établir. Il faudrait aussi mesurer ce qu'a entraîné la disparition de cette deuxième grande puissance, contrepoids des Etats-Unis, la fin de la guerre froide, en termes de désarmement (?), de paix et de nouvelles guerres, d'aménagement d'un "Nouvel Ordre Mondial".

 

Il faudrait même évaluer ce que représente chez nous, dans nos sociétés, en matière de libéralisation et de politiques d'austérité sociale, la disparition d'un phénomène jadis assez dissuasif : la peur du Rouge.

 

Jean-Marie Chauvier

 

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