Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:51

La Russie de Poutine : celle que l’Ouest a méritée ?

 

Le réveil de la contestation politique de masse en Russie, marqué par les manifestations de décembre à Moscou, a coïncidé avec les 20 ans de la fin pour l’URSS, en 1991.

 

Retour sur 1989 : l’entreprise réformatrice de Gorbatchev a échoué, une bureaucratie fossilisée s’avérant  incapable d’assainir en profondeur le régime qu’on peut appeler par facilité stalino-bréjnévien. L’Afghanistan, Tchernobyl, le Caucase, ont fait le reste, plus efficacement qu’avec le pape ou Reagan. Le système a tout simplement implosé de l’intérieur.

 

Lorsque la frontière hongroise s’ouvre à l’été de 1989, la chute du mur de Berlin est programmée.

 

Une vraie politique de paix eut impliqué qu’avec la disparition du bloc militaire de Varsovie, l’Otan s’abstienne d’avancer ses pions vers l’Est, au lieu d’avaler et d’englober rapidement l’Europe orientale. (Dans son livre mémorialiste « Si ça vous amuse », Michel Rocard est un des rares, à ce niveau, à poser sérieusement la question).

 

 Le nationalisme est l’ultime légitimité des dirigeants d’un Etat qui était la seconde puissance mondiale. La Russie a pu se sentir encerclée et menacée, ainsi par le bouclier anti-missiles qu’une Pologne pénétrée de russophobie accepte sur son sol, fut-ce dans une version allégée. Les peuples libérés de la tutelle russe se sont tournés plus volontiers vers le passé que vers l’avenir. En Ukraine, en Géorgie, en Asie centrale, l’antagonisme du temps de la guerre froide se prolongea sous d’autres formes. Tout ceci a nourri les griefs et fait le jeu, finalement, de la « restauration » nationaliste qui correspond au système Poutine.

 

Notons que nos médias, en parlant de la contestation de décembre, s’abstiennent généralement de signaler qu’elle comporte deux courants : l’un libéral, l’autre de gauche et communiste.

 

La chute du mur de Berlin fin 1989 symbolise certes la restauration des libertés civiles élémentaires dans cette partie de l’Europe, mais les plus lucides des socialistes pouvaient déjà entrevoir quelle serait la contrepartie : durant les années nonante, la libéralisation sauvage de l’économie russe a abouti à un désastre social dont les effets subsistent toujours. La Russie est un pays où la durée de la vie humaine a diminué ! La vieille bureaucratie soviétique, déjà usufruitière des « moyens de production », s’en est attribuée la propriété privée, bien que l’Etat, sous Poutine, a repris le contrôle de quelques secteurs stratégiques.   

 

Sur le plan mondial, la disparition d’un bloc « non capitaliste », qui servait de contrepoids à l’expansion foudroyante du libéralisme économique dérégulé, a accéléré la globalisation mercantile. Elle a aussi déséquilibré la social-démocratie européenne, et explique en partie les abandons des années nonante.

 

Enfin, 1989 a porté un coup fatal à la construction européenne telle que la concevaient les fédéralistes, et même Jacques Delors. Elargie à l’Est, diluée, l’Europe a dérivé vers une zone de libre échange, avec une machinerie institutionnelle toujours plus lourde, une confédération informe, une zone monétaire bancale. Le nationalisme y sévit partout, avec le cas extrême de la Hongrie…

 

Est-ce par solidarité des autocraties plus que pour des motifs géostratégiques que la Russie de Poutine a fait jusqu’ici cause commune avec l’abominable régime syrien ? Est-ce là la Russie  que le monde occidental a contribué à façonner ?

    

Robert Falony

 

                                                                                       

Partager cet article

Repost 0
Published by osons.le.socialisme.over-blog.com
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de osons le socialisme
  • : Blog de gauche d'analyse et de débat sur l'actualité et l'avenir du socialisme en Belgique et dans le Monde. Blog ouvert à tous pour un débat critique et courtois
  • Contact

Recherche

Liens