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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 13:34

Erdogan, l'islamiste qui se rêve en calife...

 

Parmi les modes médiatiques qui découlent du "politiquement correct", il y a eu celle consistant à présenter le président turc Erdogan, avec son parti AKP,  comme un "islamiste modéré". Mais le masque est tombé: non seulement il a soutenu le bref gouvernement des Frères musulmans en Egypte, mais encore on voit bien que pour lui, les djihadistes du pseudo Etat islamiste ne sont pas l'ennemi principal. Après s'être fait piéger lors de la chute de Mossoul, où la cinquantaine de Turcs du consulat avaient été capturés - quelles conditions pour avoir obtenu leur libération? - on a vu Erdogan refuser toute assistance aux Kurdes de Syrie assiégés à Kobané, en les qualifiant de terroristes liés au PKK turc. Seule l'aide militaire américaine a évité la chute de la ville, détruite. Des Kurdes d'Irak ont quand même été admis à passer.

 

On n'en finit jamais de dévoiler l'hypocrisie dans les relations internationales. Si vraiment le régime de Damas, incarné par Assad, était l'ennemi à abattre pour Erdogan, il avait tout le loisir, en 2011-2012, d'aider les rebelles syriens "modérés" en leur fournissant des armes. Mais la démocratie n'intéresse pas l'autocrate turc, pas plus qu'elle n'intéresse l'Arabie saoudite ou le Qatar, lesquels ont tant contribué à l'émergence de l'extrémisme religieux qui a vampirisé la rébellion syrienne. La coalition anti E.I. laborieusement mise en place par l'administration Obama a beau comprendre la Turquie, membre de l'Otan, et l'Arabie saoudite, ces pays en font le moins possible sur le terrain, un véritable double jeu: combien de riches ressortissants des pétromonarchies financent-ils en réalité le djihad, sans parler de tous les trafics de pétrole et d'armement ?

 

Le calife d'Istanbul...

 

Erdogan ne garde de l'œuvre d'Ataturk que son volet nationaliste, et rêve d'en effacer toute la partie laïque. Après tout, le califat ne fut aboli qu'en 1924, alors que le sultan était déjà détrôné.  Mais cet homme, exaltant si volontiers le passé de l'empire ottoman, ne dispose pas de la majorité des deux tiers qui lui permettrait de façonner la Turquie de ses rêves. Et son bilan de politique extérieure  est un bilan d'échecs.

 

Quant à l'affairisme de son parti AKP, dont la spéculation immobilière est l'aspect le plus notoire, il est bien connu. Comme Poutine en Russie, Erdogan combat toute force indépendante dans le jeu des institutions, il veut mettre l'appareil judiciaire au service de son  régime personnel, museler la liberté de la presse. Les manifestations hostiles, qui rallient toute une partie de la bourgeoisie, ont été durement réprimées l'an dernier.

 

Loin de l'Europe

 

En avril 2015, on rencontrera le centenaire du génocide commis contre les Arméniens durant la première guerre mondiale, sous la forme de déportations massives et de colonnes de la mort. Un génocide dont les autorités turques actuelles nient toujours les proportions.

 

Dans un tel contexte, l'idée d'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne a perdu toute actualité, même si la négociation sur les "chapitres" n'a pas été formellement suspendue. Ce n'est pas l'Islam en tant que religion qui fait obstacle, mais l'islamisme,  distinction que des islamo-gauchistes naïfs s'obstinent à ne pas faire. Car l'islamisme est un projet politique qui place les dogmes religieux au dessus des lois civiles et de la démocratie. Cette Turquie- là n'a pas sa place en Europe, une Europe pour laquelle un Erdogan n'a d'ailleurs que mépris.

 

 

Robert Falony

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