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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 10:40

A de maintes reprises, j’ai été sollicité pour participer à la manifestation citoyenne de ce dimanche 23 janvier. Et à chaque fois, j’ai répondu non…

 

Décidément non, je ne participerai pas…

 

Tout d’abord il y a cette déclaration des organisateurs : « Nous ne faisons pas de politique, mais nous voulons un gouvernement, quelque soit le prix à payer ». Ah bon ? Ce qui signifie qu’en tant que militant de gauche, je dois apporter ma caution inconditionnelle à un gouvernement « à tous prix », dont je me doute d’avance que ses options socio-économiques auront des effets néfastes sur beaucoup d’aspects de notre quotidien.

 

Et puis, il y a ces atours faussement citoyens et démocratiques que prend ce mouvement qui, je l’estime, n’est en fait qu’une expression de l’émotion engendrée depuis quelques temps par une presse complaisante qui relaie les réactions du monde financier face à la situation de la Belgique, confer notamment les propos d’un Albert Frère qui affirme que les marchés seront sans pitié. Nous ne sommes pas, comme c’est le cas en Islande, dans une confrontation d’idées et d’options socio-économiques, puisque les organisateurs rassemblent des citoyens de tous bords pour exiger la formation d’un gouvernement « quel que soit le prix à payer ». Ainsi, sous l’emprise de l’émotion, la démocratie cède la place à « l’émocratie » (1) et nous voilà donc convoqués, soit disant la peur au ventre, à donner notre blanc seing à la classe politique traditionnelle pour qu’elle constitue un gouvernement de « pis aller », peu importe le programme. Et ce faisant, nous légitimons n’importe quel acte de sa part, qu’il soit néfaste ou non, puisque nous ne nous battons pas contre un programme, mais bien pour un contenant en acceptant d’avance le contenu.

 

manif belgique 2301                            

                              C'est le genre de manifestation soi-disant apolitique dont

                                     la Belgique est coutumière en période de crise politique.

                                     Aucun des participants ne se pose la question de savoir ce

                                     qui se cache derrière cet unanimisme de façade. 

 

Ne doutons pas un instant que le dimanche soir venu, les hommes et les femmes politiques déclareront la main sur le cœur qu’ils nous ont compris et qu’ils se remettront à la tâche sans tarder… Et que peut être, sous l’emprise de l’émotion populaire, nos mandataires francophones soient prêt à lever des tabous auxquels ils tenaient tant ? Pensons au programme imbuvable et droitier de la NVA, tant en matière communautaire qu’en matière socio-économique.

 

Le jour où il s’agira de contester les mesures que ce futur gouvernement aura sans doute prises, la réponse pourrait bien être « mais pourquoi contester ce que vous avez appelé de tous vos vœux ? ».

 

Je n’accepte avec d’autres de me mobiliser que pour des causes qui concernent notre système de valeurs et nos convictions. Jamais je n’accepterai de donner ma caution morale à une action politique qui peut aller à leur encontre.

 

Gilles Durvaux

 

(1) J’emprunte à dessein ce néologisme à Christian Panier, un magistrat namurois qui déplorait naguère que de plus en plus, la classe politique, aiguillonnée par les médias et l’émotion populaire agit dans une logique « émocratique » plutôt que démocratique.

 

 

Dans la foulée de cette intervention, on nous communique qu'une autre manifestation est programmée demain 23 janvier à 15 h 00 de la rue de la Démocratie à la place de la Résistance :

 

 

 

« Tous unis contre la démocratie ! »

Manifestation-référendum

pour

sortir le mot « démocratie » de la boîte à outils du pouvoir
sous couvert d’un
exercice de vulgarisation de la critique multimillénaire de la dernière religion en date

... donc RIEN à voir avec la marche blanche belgicaine et apolitique prévue dans les rues de Bruxelles le même jour !

Manifestation
à Bruxelles
le 23 janvier à 15h

l

 

 

DEpart : rue de la Démocratie (croisement rue de Veeweyde)

(métro St-Guidon)
Trajet : rue de la Démocratie, chaussée de Mons, rue de Douvres, rue Wayez
Dislocation : place de la Résistance

La seule critique dangereuse et radicale, c’est la critique politique de la démocratie.
Parce que l’emblème du temps présent, son fétiche, son phallus, c’est la démocratie.
Tant que nous ne saurons pas mener à grande échelle une critique créatrice de la démocratie,
nous resterons, nous stagnerons, dans le bordel financier des images. […]
« Démocratie » est […] un mot qui ne sait ni d’où il vient, ni où il va,
ni même ce qu’il signifie. Un mot qui ne fait que couvrir notre désir passif de confort,
la satisfaction où nous sommes de notre misère mentale..

Alain Badiou (inédit)

 

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