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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 22:45

 

L’actuelle crise de la dette souveraine qui touche en premier lieu la Grèce et qui va sans nul doute, dans les semaines à venir, frapper le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et l’Italie, pour ensuite s’étendre à la France et à la Belgique, s’est aggravée par la non-Europe.

 

 

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Fortis, dans la tourmente, aurait dû être "européanisée".

 

 

 

Lors de la crise financière de 2008, on a vu une Commission européenne aux abonnés absents. Chaque Etat s’est « débrouillé » avec ses banques sans qu’il n’y ait aucune solidarité au niveau de l’Union européenne. Lors de l’affaire Fortis, Didier Reynders, le très néolibéral ministre des Finances du Royaume de Belgique, a refusé d’envisager l’idée d’une nationalisation. Certes, cela aurait comporté un risque sérieux pour les finances publiques belges, mais c’eût été une solution bien préférable à celle de brader la plus grande banque belge à la Française BNP-Paribas qui est devenu ainsi la plus grande banque européenne, au détriment de l’Etat belge qui y détient une part importante de capital, mais qui ne participe en rien au processus de décisions dans cet organisme financier. Ce n’était pas une nationalisation, ce fut une privatisation au détriment du contribuable belge.

 

 

La responsabilité des banques

 

 

Or, dans cette crise bancaire, il eût été bien plus judicieux d’européaniser le secteur bancaire, du moins celui des grandes banques, dans deux buts : assurer à la puissance publique européenne un contrôle du secteur financier qui aurait permis d’éviter toutes les dérives, et en outre, de construire une puissance financière qui aurait pu constituer une arme très efficace dans l’économie mondiale.

 

 

Nous retrouvons les mêmes erreurs dans l’actuelle crise de la dette souveraine. Non seulement, par la faute des banques, la dette publique devient insupportable, et par la faute d’une direction néolibérale et antidémocratique, sont imposés des plans d’austérité qui détruisent l’Etat social, qui empêchent toute relance de l’économie par le blocage de fait de tous les investissements. Ainsi, les exportations et le marché intérieur européen sont durement touchés. Il est évident que tout cela est voulu et participe d’un objectif politique : imposer le néolibéralisme dans l’Union européenne.

 

 

 

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L'allemand Joschka Fischer, ancien ministre Vert des affaires étrangères

 

 

 

Joschka Fischer, l’ancien ministre écologiste allemand des affaires étrangères du gouvernement Schröder (1995 – 2008) fait cette analyse : « Les banques ont une grande responsabilité dans la crise financière. En 2009, j'étais favorable à une nationalisation temporaire des banques. Non pas que les banques publiques soient mieux gérées que les banques privées, mais pour les forcer à modifier radicalement leur structure, et à changer leurs dirigeants. Nos dirigeants ont laissé passer cette occasion unique de réguler le système financier. Désormais, le casino a rouvert... Si la Grèce fait faillite, nous aurons une nouvelle crise financière, et ce sera sans doute encore aux Etats de payer, car les banques sont malheureusement redevenues “too big too fail”. » (Mediapart – 1er juillet 2011)

 

 

 

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Eva Joly, la candidate EELV, une analyste rigoureuse

 

 

 

Pourtant, nous nous trouvons dans une situation inquiétante. Non seulement, la crise bancaire commencée en 2008 et qui se poursuit aujourd’hui avec la crise de la dette souveraine, a provoqué une hausse moyenne de 20 % de la dette publique de l’ensemble des Etats membres de l’Union, mais, selon la parlementaire européenne écologiste, Eva Joly : « L'endettement grec est de 300 milliards, soit 150% du PIB. Les Grecs ne peuvent pas faire face. Ils doivent donc refuser le plan tel qu'il est annoncé, parce qu'il est injuste, et parce que les conséquences politiques de cette politique d'austérité sont ingérables. Les Grecs ont déjà eu une réduction des salaires de 20%. Beaucoup de salariés gagnent 600 euros aujourd'hui. Environ 40% de la population ne peut plus payer l'électricité. Les limites sont atteintes. » Que va-t-il donc se passer ?

 

 

Une Europe à droite

 

 

Le Parlement européen et la Commission européenne n’ont jamais été aussi à droite depuis la fondation de la Communauté européenne en 1958 ! Le rapport de force est donc favorable aux thèses ultralibérales qui s’inscrivent dans l’orthodoxie monétaire inscrite dans les traités. La politique monétaire est uniquement anti-inflationniste, point à la ligne. La Banque centrale européenne (BCE) ne peut prêter aux Etats-membres. Le Conseil des Ministres des Finances de l’UE s’oppose à toute restructuration de la dette grecque. C’est l’impasse ! Nous en sommes au troisième plan de « sauvetage » de la Grèce depuis un an et au deuxième programme d’austérité et rien ne garantit que la patrie de Périclès pourra s’en sortir, les deux premiers plans n’ayant qu’aggravé la situation.

 

 

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Sarkozy et Merkel : les fossoyeurs de l'Europe

 

 

Or, ce blocage est dû, non pas à « l’Europe », mais à l’obstination de deux leaders : Sarkozy et Merkel. Fischer ajoute : « C'est à ces deux gouvernements [le Français et l’Allemand] qu'il revient désormais de sauver tout ce que nous avons réalisé en Europe ces 60 dernières années. Si l'euro échoue, le coup porté à tout ce qui a été construit, au marché commun, à la politique agricole commune, sera très lourd. Si l'on renationalise les politiques européennes, alors les contradictions entre les différentes économies risquent de resurgir. Les économies les plus faibles chercheront à se protéger. Nos différences culturelles risquent d'être instrumentalisées à des fins politiques. Aujourd'hui, le rebond de l'Europe dépend de nos deux pays. Malheureusement, ni la France ni l'Allemagne ne semblent se soucier de retisser une perspective commune... »

 

 

Vite, une politique !

 

 

Autrement dit, le blocage est dû à la non-Europe. Ce sont les deux puissants Etats membres de l’Eurozone qui mènent la danse au plus grand profit de la haute finance européenne. Il n’y a aucune solidarité européenne. On remarque que la Commission est étrangement silencieuse sur le processus de décision, mais dès que celle-ci est prise, elle l’applique avec zèle. Un bon petit chienchien, cette Commission ! Bien sûr, la non-solidarité est inscrite dans les Traités. Ainsi, la BCE ne peut prêter à des Etats. Pourtant, elle a bien été obligée de le faire. Junker, le Premier ministre luxembourgeois et Président de l’Eurogroupe, plaide pour la création d’Euro-obligations ou « Eurobons ». C’est aussi interdit par les Traités. Pourtant, rien n’empêche de violer ces dispositions. Après tout, un Traité est le fruit d’un compromis à un moment donné. Lorsque les circonstances changent, il faut bien être pragmatique et changer les choses, avant de les figer dans des textes qui définissent non pas des règles fondamentales, mais une politique.

 

 

Les néolibéraux ont voulu que les Traités inscrivent leur credo politique en lettres d’or. Eh bien ! Fi des Traités et agissons dans l’intérêt des peuples ! De toute façon, les faits rendent impossible le respect de ces règles. C’est une faillite retentissante des politiques néolibérales. Un petit exemple : un article du banquier belgo-américain, Georges Ugeux, extrait révélateur de son blog hébergé par « le Monde » :

 

 

« Le rendement des obligations grecques a augmente de 12% ce vendredi.

Je dois à un des commentateurs de ce blog d’avoir trouvé sur Bloomberg un graphique qui, pour moi résume d’une manière frappante la manière irresponsable dont la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International ont gère la crise grecque. Il y a un an, les obligations à trois ans de la Grèce avaient un rendement de 8%. Ce rendement est maintenant de 30%. Le cout théorique de cette hausse dépasse 100 milliards d’euros.

Nous voici maintenant acculés à des solutions qui proviendront de la poche des contribuables de l’Eurozone. Tout cela aurait pu être évité si nous avions à la tête des Etats Européens et des autorités internationales de vrais dirigeants qui assument leurs responsabilités.

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Rendement des obligations grecques a trois ans au cours des douze derniers mois (en pourcentage) - (graphique Bloomberg)

 

Quant au changement de cabinet grec c’est du placebo qui visait a écarter le Ministre grec des Finances et à le remplacer par le Ministre qui « protégeait » les dépenses militaires qui sont les plus élevés par rapport au Produit national Brut de tous les pays européens…sans doute pour répondre a une invasion turque !

Dans ce contexte, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy annoncent qu’ils veulent une solution rapide. Cette hypocrisie est d’autant plus scandaleuse que c’est leur mésentente sur le dossier grec qui est à la source de l’incapacité européenne de décider. Ils ont la clé de la solution.

Leur déclaration d'accord n'a pas empêché les obligations grecques de continuer à s'enliser. Seules des actions concrètes permettront de sortir de cette souricière. Cette nuit, l'agence de notation Moody's, annonce une baisse possible de la note de l'Italie. »

*

 

Notons au passage qu’une des causes de l’endettement de la Grèce vient de ses dépenses excessives en matière de défense. Le journaliste québécois Oscar Fortin écrit dans le « Grand Soir » : « De 2005 à 2008, la Grèce a doublé la valeur de ses emprunts pour payer des armes dont elle n’avait pas besoin. Selon une recherche conjointe de juges grecs et allemands, les vendeurs d’armes ont utilisés la corruption pour s’assurer la collaboration d’importants hommes politiques, de fonctionnaires et de chefs militaires. L’argent emprunté pour acheter ces armes vient des mêmes pays d’où proviennent les armes, soit les États-Unis, la France et l’Allemagne. De 2005 à 2008, les prêts consentis à la Grèce pour l’ensemble de ses obligations ont atteints la somme astronomique de 160 000 millions de dollars. Pour un pays de 11 millions d’habitants c’est peu dire.

 

Avec cet argent la Grèce a amplement de quoi payer la facture de 3 milliards de dollars en hélicoptères de combat français, 2 milliards en avions de combat étasuniens, plus ou moins le même montant pour les avions Mirage français et presque le triple en sous-marins allemands.

 

Ce ne sera qu’à partir de 2009 que la Grèce commencera à avoir des difficultés de paiement pour couvrir ses achats d’armes et ce sera à ce moment que l’Union Européenne se montrera préoccupée. D’ailleurs, c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le débat récent entre l’Allemagne et la Banque Centrale Européenne portant sur la meilleure manière d’aider la Grèce à honorer ses paiements sur la dette qui l’accable. Dans ces discussions on parle beaucoup plus de coupures dans les programmes sociaux que de ceux sur les armements. (…) Comment, dans pareil contexte, ne pas voir un parallèle avec ce qui s’était passé en Argentine à la fin des années 1990 et 2000 ! Y a-t-il derrière un tel procédé une stratégie de l’endettement visant à prendre le contrôle de pays et même de peuples entiers ? Cette stratégie, bien assaisonnée par la corruption des principales têtes dirigeantes, ne permet-elle pas, tout à la fois, la prise de contrôle d’un État et les ressources nécessaires destinées à leurs propres industries ? »

 

Il est évident que cette question de la dette s’inscrit dans une stratégie globale d’affaiblissement des Etats. L’Etat grec était faible avant cette crise : rien n’a été fait pour le redresser et lui donner la possibilité de construire une économie moderne, depuis la chute de la dictature des colonels – encore une fois, la non-Europe – et on s’aperçoit que la corruption, de phénomène social, devient une arme stratégique. Les impôts ne sont pas levés. Les couches élevées ne le dispensent pas, l’Eglise orthodoxe, principal propriétaire immobilier, ne paie pas l’impôt. Cette situation est intenable, d’autant plus que la Grèce n’a aucune ressource économique propre en dehors du tourisme.

 

Une pagaille inextricable

 

Cependant, cette stratégie conduit à une pagaille inextricable ! Et en agissant en « nationaux », Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne font qu’aggraver la situation au seul profit des banques.

 

 

 

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Draghi et Lagarde au service de l'ultralibéralisme

 

 

 

La BCE et les banques ne veulent en aucun cas d’une restructuration de la dette grecque. Et il ne faudra pas s’attendre à une position plus souple de cette banque depuis la nomination de Draghi en remplacement de Trichet et celle de Lagarde en lieu et place de DSK. De plus, Sarkozy et Merkel s’opposent à la seule proposition responsable émise depuis le début de cette crise, celle de Junker : la création d’euro-obligations par la BCE. En effet, s’il y avait une solidarité européenne en « européanisant » les dettes souveraines, par la création d’euro-obligations à taux d’intérêt raisonnables, au lieu de laisser faire les « marchés » (voir le graphique Bloomberg dans l’encadré : on atteint pour les obligations grecques à 3 ans, des taux de 28 % !) qui permettraient une restructuration sans trop de douleur de la dette grecque, on sortirait de cette crise. C’est d’ailleurs la seule solution et bien des responsables politiques, même libéraux, sont persuadés que l’on ne pourra pas faire autrement. Le « TINA » (There Is No Alternative) se retourne contre les ultralibéraux en quelque sorte !

 

 

 

La force populaire

 

 

Cela dit, il est évident que les mouvements populaires et citoyens que l’on voit naître un peu partout en Europe, des « indignés » aux différentes mouvances syndicales, mutuellistes, altermondialistes commencent à constituer une force importante. Ils devront profiter de cet échec majeur des néolibéraux comme levier pour instaurer de réels changements. Et ces changements, ce sont une régulation financière notamment par l’introduction d’une taxe sur les transactions financières (la taxeTobin) qui est comme par hasard sérieusement étudiée par la Commission, c’est l’instauration d’une harmonie fiscale dans l’Union, au moins dans l’Euro-zone, c’est une autre conception de la monnaie unique, avec une BCE, institut d’émission placée sous contrôle démocratique, c’est l’éradication du dumping social qui provoque les délocalisations au sein même de l’Union au profit de l’Allemagne et de ses « colonies » d’Europe de l’Est, par la fixation des minimas sociaux en matière de salaire, d’allocations sociales et de pensions. Tout cela ne pourra se faire que démocratiquement, en fondant un gouvernement économique ET social responsable devant le Parlement européen, la Commission étant soit supprimée ou réformée en direction administrative. Seuls, le gouvernement européen et le Parlement doivent avoir le pouvoir réglementaire. Voilà quelques idées émises par des responsables politiques lucides et les mouvements alternatifs.

 

Ainsi, sortira-t-on de la non-Europe.

 

 

Pierre Verhas

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commentaires

Bourse-Investissements 22/01/2012 00:58

Avis intéressant même si je ne le partage pas entièrement.

Il a le grand mérite d'être réellement européen et ce n'est pas ce qui court le plus ces derniers temps.

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