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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 11:09

 

par Gilles Durvaux

 

 

 

 

Qu’a-t-on fait contre cela ?

 

 

Les deux types de réactions connues face à la montée en puissance du capitalisme me semblent tout aussi inopérantes l’une que l’autre :

 

Il y a d’abord la position sociale-démocrate représentée par la gauche institutionnelle, toute emprunte de réalisme et qui de fait à amené bien plus qu’avant les partis qui la représente à devenir des gestionnaires de la « maison capitaliste », au point d’en avoir perdu leur âme et de se trouver dans une position où il est malaisé de distinguer le social-libéralisme du libéralisme social. Désormais, on ne parle plus de progrès social, mais on tente de sauver les meubles, on rêve d’un capitalisme raisonnable et éthique, mais en même temps, on est complice des pires prescrits du monde économique. C’est donc déplacer la lutte et le mouvement social vers l’aménagement, vers l’accommodation des conditions qui nous sont faites par le système, d’espérer qu’en faisant pression sur lui ou qu’en négociant, on pourra modifier ces conditions. Mais on le voit bien, ce système a transcendé les Etats et à échappé à leur contrôle. L’espoir d’une régulation semble donc vain… Ce qui n’empêche pas les tenants de cette position de promouvoir cette idée de gouvernance internationale. Utopie totale…

 

 

 Ensuite, il y a ce que nous faisons depuis des décennies entre nous, avec toute notre générosité, en comités restreints,  sans que le résultat de nos réunions trouve un quelconque écho auprès de nos « bénéficiaires potentiels » ou alors si peu.  Depuis tant d’années, nous faisons les mêmes constats, nous nous indignons sans faiblir devant les exactions du système capitaliste, nous envisageons la construction d’un autre monde, la création de plates formes politiques sans lendemain. Nous nous convainquons tant et plus du bien fondé de notre pensée, mais nous refusons globalement de modifier notre vision d’une société qui a changé et nous continuons à espérer qu’on pourra, par la voie d’une mobilisation collective, changer le monde. Mais à chaque fois, nous sommes déçus et pour ma part, j’ai souvent l’impression que nous ne nous parlons plus qu’à nous même. Ce qui ne veut pas dire pour autant que nous avons tort dans nos convictions… Mais il faut envisager la promotion de nos idées sous d’autres angles, sous peine d’encore plus se décourager et réduire nos rangs.

 

Ne négligeons malgré tout pas les multiples initiatives collectives qui naissent partout dans le monde et qui créent un réel espoir. Mais ayons conscience que ces mouvements restent minoritaires en regard du plus grand nombre pour qui le changement social n’est même pas envisageable. Faut-il pour cela attendre que ce même plus grand nombre soit plongé encore plus dans la précarité ou la misère afin que ces fameuses raisons objectives fassent advenir une réelle conscience globale devenant le moteur d’un changement social concret ? J’estime, quant à moi, qu’il est urgent d’agir… Mais autrement !

 

 

Une autre voie…

 

Si nos discours et nos actions n’ont pas l’impact souhaité auprès des « masses », si on ne peut attendre de la gauche modérée des changements décisifs que son poids politique pourrait malgré tout faire espérer, si on ne peut plus espérer mobiliser un très grand nombre d’individus pour modifier le rapport de force, si l’individualisme a fait autant de ravages dans le collectif, si à chaque fois que l’on se lance dans une action, nous avons l’impression d’être une équipe de football de niveau provincial face à un rouleau compresseur de classe internationale,  on ne doit pas pour autant s’avouer vaincus. Et si notre méthodologie s’avère inefficace, c’est donc qu’il faut la changer…

 

Se réconcilier avec les plus nécessiteux…

 

Un premier type d’action est abordable et s’adresse avant tout aux exclus sociaux, ceux qui constituent, quoiqu’on puisse en dire, un de nos plus importants « publics cibles ». Les partis politiques traditionnels ont pour la plupart d’entre eux délaissés ces catégories sociales, sauf pour les enjoindre de se mettre en recherche d’emploi, relayant ainsi les prescrits de la Communauté européenne.  L’ensemble des démarches prises à leur égard à tendance à les tenir pour responsables de leur situation, alors que la majorité des responsabilités sont ailleurs… Ces façons d’agir les ont plongés dans le dégoût des institutions et de tout ce qui incarne la politique, les faisant ainsi devenir des cibles rêvées pour l’extrême droite.

 

 L’action proposée ici à l’égard des défavorisés a déjà été pratiquée, mais plutôt dans les domaines de la formation-emploi : l’idée consisterait à recréer des lieux de rencontres autour de projets sociaux qui seraient de nature à amener ces personnes vers plus d’autonomie et de dignité. Par le biais de ces lieux, on pourrait promouvoir nos idéaux, on pourrait démontrer que l’existence de ces « niches » de valorisation sociale est l’émanation de nos idéaux. Il faut donc opérer un rapprochement, non pas pour apporter encore plus de charité et de condescendance, mais bien pour mettre en œuvre des projets de nature à rendre les plus démunis acteurs de changement, plutôt qu’objets d’aide sociale. Cela consisterait à satisfaire les besoins les plus essentiels de ces personnes. Parmi ces besoins, il y a notamment l’accès à des produits alimentaires de qualité que leurs capacités économiques ne leur permettent pas, les reléguant ainsi dans la « malbouffe ».

 

Un des exemples concrets pour rencontrer ce besoin pourrait être la création de jardins collectifs en partant de l’idée des jardins populaires d’antan : J’étudie cette possibilité dans ma commune de Châtelet, ce dans le cadre de mon mandat de conseiller (suppléant) CPAS. L’idée serait de se réapproprier les terrains en friches, inutilisés par la commune ou par le privé, d’impliquer dans cette réappropriation des personnes en grande difficultés sociales, et d’y implanter des jardins biologiques. Les avantages de ce projets sont multiples : retour à une activité qui doit permettre l’accès modique à des produits de qualité et qui sont issus des propres cultures de ces personnes et non d’une banque alimentaire ou d’une grande surface à bas prix, implication de personnes isolées dans un projet collectif et valorisant, rassemblement d’individus semblablement frappés par les effets de l’exclusion sociale, découverte d’un sens commun, échange d’idées au départ de cette situation, possibilité de sensibilisation de tous ces individus à l’implication dans un mouvement de changement social par l’existence d’une solution dont ils sont les acteurs plutôt que les objets, retour à plus de dignité, échanges entre générations, puisque l’on peut impliquer des personnes plus âgées et expérimentées dans le jardinage, traitement curatif plutôt que palliatif des problèmes sociaux.  Le concept « jardins sociaux » est finalement un prétexte pour une action de resocialisation. Action de resocialisation qui n’est pas action d’insertion au sens ou la pensée dominante l’entend : il s’agit bien plus de rechercher l’autonomie et la dignité des individus que l’on veut impliquer dans un projet  de ce type.

 

Ce concept de jardins sociaux est un exemple parmi tant d’autres. On peut reproduire cette action dans d’autres domaines directement en rapport avec la réalité de toutes ces personnes. Par là même, on ne parlera désormais plus pour eux, mais avec eux ! C’est bien la création d’un tissu de micro économie proximale qu’il faut envisager, qui toucherait petit à petit tous les champs de la vie quotidienne de ces personnes, à étendre ensuite à d’autres couches de la population plus « privilégiées ». Mais avant tout, il ne faut pas imaginer que ces projets peuvent d’emblée convenir à tous : arrêtons de projeter nos idéaux sur la totalité de ceux que l’on estime objectivement concernés. Il faut plutôt débuter ces projets avec des personnes motivées et espérer que la contagion opérera pour inciter d’autres personnes à rejoindre celles qui se sont déjà impliquées. La multiplication de ces initiatives – et de nombreux collectifs sont demandeurs – peut créer un réseau plus dense et se substituer en partie à l’aide sociale qui peut souvent avoir un caractère stigmatisant pour bon nombre de sans-emploi. A ce titre là, il ne faut pas négliger le rôle potentiellement important que pourraient jouer les communes dans des projets de micro économie, voire même plus largement, de « méso économie ». Celles-ci disposent de par la récente loi sur l’autonomie communale de possibilités plus étendues qu’auparavant, notamment en tant qu’acteur économique. Voilà bien un sujet de réflexion à destination des majorités progressistes qui ne manqueront pas de se mettre en place lors des prochaines élections communales !

 

  Néanmoins, cela ne suffit pas, loin de là…

 

 

Envisager de nouvelles formes d’économies

 

L’autre type d’action est plus discutable et demande un déploiement considérable d’énergie, parce qu’il se situe à un niveau macro-économique et macro-social. Il demande également une sérieuse remise en question pour de nombreux militants :

 

Notre société représente quoi qu’on en dise, un certain espace de liberté : liberté d’association et de … Liberté d’entreprendre, ce qui représente un des grands fondements du libéralisme ! Le système propose une série d’outils pour la création d’entreprises et favorise d’ailleurs celle-ci, à l’exclusion de toutes autres modalités.  Je pense que l’on a tout intérêt à réfléchir sur la possibilité de créer des entreprises alternatives basées en partie sur l’idée des coopératives d’autrefois, en se limitant au secteur des PME. On ne peut compter sur le pouvoir en place pour le faire, c’est donc qu’il faut le faire nous-même…  Il s’agirait d’utiliser les outils qui sont à disposition pour la création d’entreprises, d’aller chercher les subsides qui sont normalement accordés à des individus entrepreneurs. Si un grand nombre de ceux-ci sont parvenus à leurs fins, alors pourquoi pas nous ? Bien sûr cela peut paraître « mégalo », mais cela mérite tout de même réflexion ! Une première piste est à explorer dans le contexte des fermetures et des délocalisations. On peut mener campagne,  sensibiliser les travailleurs et les organisations ouvrières à la reprise des outils pour continuer l’activité.

 

Notre civilisation est à un grand tournant de son existence : les changements climatiques vont imposer une modification de la production, un recours massif à des énergies alternatives. Le pouvoir en place est tout prêt à offrir au système la possibilité de « réconcilier l’économie avec l’environnement » et ne voit pas d’autre recours que d’aider le capitalisme à se restructurer pour être en phase avec ce nouveau paradigme, alors que ce système s’est moqué jusqu’ici,  comme un poisson d’une pomme des questions environnementales…  Les discours électoraux vont d’ailleurs dans ce sens : sensibiliser le monde économique au potentiel que représentent les technologies de l’environnement, lui faire voir qu’il y a là un réservoir de profit énorme, étant donné le grand nombre de besoins à rencontrer.

 

A mon sens, il est possible de développer des projets dans les domaines de l’environnement et des économies d’énergie, cela en n’ayant pas la prétention de créer des structures importantes et surtout en se souvenant des erreurs du passé (les avatars des coopératives des années 70…).  Choisir cette modalité, c’est devenir quelque part « le cheval de Troie du capitalisme », en utilisant ses propres moyens pour insuffler un nouveau changement. En somme, il s’agit de se positionner autrement dans les rapports sociaux de production en devenant propriétaire de moyens de production, même limités.

 

Quels avantages à tirer de ce changement de méthodologie ? Faire exister concrètement une alternative aux yeux de tous ceux que nous n’avons pas réussi à convaincre par nos discours qui sont pour eux abstraits et lointains. L’existence d’entreprises avec des pratiques sociales respectueuses des individus aurait une grande valeur pédagogique parce que l’alternative existerait et il y aurait une comparaison possible : cette alternative ne se situerait plus dans les discours, mais bien dans le réel et elle aurait valeur d’image. Désormais, le capitalisme, même dans un contexte libéral,  ne serait plus la seule entité capable de créer de l’économie. De fait, il perdrait une partie de son monopole.

 

Créer des entreprises alternatives, c’est aussi créer des emplois pour des personnes qui en étaient exclues et qui ne faisaient pas partie du vivier d’emploi du monde économique. C’est créer un réseau, un maillage qui offrirait aux individus le choix de s’inscrire dans un monde autrement, cela sans bouleverser leur quotidien et leurs aspirations, en le faisant par la voie de l’emploi et leur faisant découvrir de nouvelles conditions sociales propices à leur épanouissement individuel et collectif. En les faisant faire partie d’entités autonomes, c’est tenter de soustraire un plus grand nombre possible de ces personnes à la mainmise du monde économique. Outre le potentiel représenté par les nouvelles technologies en phase avec l’environnement, les entreprises alternatives peuvent aller à la rencontre de besoins de proximité qui ne sont plus assurés par le capitalisme qui les a délaissés pour cause de rentabilité insuffisante. D’autres émettent également l’idée de la création de banques alternatives. Plusieurs existent peut-être déjà. Dans ce cadre, l’idée de création d’un fonds de financement pour des initiatives économiques nouvelles n’est peut être pas saugrenue. Reste à y réfléchir…

 

J’entrevois évidemment que ce projet sera durement combattu et qu’il ne sera pas facile de réunir les moyens, notamment par l’opposition féroce qu’il suscitera.  Mais ce combat va forcer le système à se contredire : alors qu’il prône la liberté d’entreprise, en combattant l’idée de l’entreprise alternative, il dénoncera lui-même la liberté d’entreprendre qui lui est si chère !

 

Encore une fois, il ne s’agit pas de renoncer aux luttes traditionnelles. Elles ont toujours leur raison d’être. Il y aura toujours des injustices qui mériteront d’être combattues. Mais en introduisant un biais dans le système, on disposera d’un outil précieux pour gagner des combats que l’on n’aurait pas pu gagner sans posséder des alternatives réelles, je veux dire par là posséder des moyens de production, comme le possède le monde économique.  J’ai évidemment conscience qu’il s’agit bien là d’un bouleversement à contre culture pour de nombreux militants : il s’agit d’adopter une nouvelle philosophie qui ne se situe plus dans la logique de l’agitation sociale et de la revendication.  Cela comporte une solide part de mise en danger, mais cela peut constituer une « preuve sociale » de nos idées et aspirations à un monde meilleur.

 

En conclusion…

 

Un aspect important de ces nouvelles méthodologies est l’action « positive » : désormais, on ne se positionne plus sur le terrain attendu de l’agitation sociale.  Alors que les mouvements sociaux sont souvent stigmatisés par les médias et le monde politique, que le pouvoir dispose d’outils pour réprimer toute action qu’il estime centrifuge, on se retrouve là dans une position positive, « médiatiquement correcte » : comment pouvoir encore nous accuser de paralyser l’économie et de détruire l’emploi par des actions soit disant déraisonnables,  puisque nous devenons acteurs de développement ? Nous pouvons renverser la perspective et prendre le système à revers, sur un terrain où il ne nous attendait pas. Nous avons l’occasion d’acquérir un statut de « minorités influentes » et d’initier un nouveau courant dans la construction d’un monde meilleur.

 

Il faut par ailleurs considérer qu’une partie de la population, d’ailleurs grandissante de jour en jour, ne s’accommode plus de ce système. Néanmoins, on ne lui donne pas le choix et il ne faut pas espérer que le pouvoir en place lui donnera un jour. Par conséquent, nous devons penser à construire ce choix. Le construire, c’est ne plus se contenter de discourir sur un autre possible, c’est le réaliser, même à petite échelle… C’est inviter des gens à se soustraire d’un système qui ne leur convient plus, même si on peut nous reprocher de vouloir créer un monde parallèle.

 

Ce que je propose ici est en quelque sorte une pierre à casser. Il y a dans nos mouvements de nombreuses personnes qui possèdent un haut degré d’expertise en matière de technologies, d’économie et de social. Un premier pas serait de prendre la peine d’étudier la question et cela pourrait passer par la création d’une « Fondation pour des Alternatives Economiques ».

 

Mon objectif n’est pas d’inciter au renoncement à nos idéaux mais bien de les questionner et de les promouvoir par de nouveaux moyens. Le but de cet article est à minima de susciter le débat et j’espère évidemment qu’il aura lieu ! Encore une fois, il faut considérer tout ce qui précède, constats et présentation de solutions confondus, comme autant d’hypothèses qui méritent confirmation ou infirmation…

 

 

____________________________________ 

Notes : (1) et (2) de Gaulejac Vincent, Taboada Leonetti Isabel, La lutte des places, Desclée De Brouwer Paris 1997. (3) et (4) Blampain Jeremy, Les publics de la FUNOC et leurs rapports à la formation L’Harmattan, Paris, Contradictions, Bruxelles, 1997.

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