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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 11:14

par Gilles Durvaux

 

 

Nous publions ici une très intéressante contribution de Gilles Durvaux, militant politique et syndicaliste à Charleroi et membre du club « Osons le socialisme ».

 

Cette contribution publiée en deux phases, suscite un débat. À vous d’y participer. Pour ce faire, il suffit, en fin de texte de cliquer sur « Ecrire un commentaire ». Apparaît alors une boîte de dialogue où vous pourrez transcrire votre commentaire et ensuite, vous cliquez sur « publier » et le commentaire figurera dans la rubrique « voir le commentaire ».

 

N’oubliez pas que le blog « Osons le socialisme » est avant tout un lieu de débats.

 

Participez- y ! A vos claviers !

 

 

Préambule

 

Les événements se précipitent et confirment au moins une chose : le capitalisme n’avait aucune volonté de s’amender lors de la crise de 2008. Pire, il a, par le truchement de ses agences de notation, ses experts, imposé ses dictats et ses « solutions » au monde politique qui n’a d’autres alternatives que de mettre en place les moyens institutionnels pour les appliquer. L’exemple de la Grèce est à ce point exemplaire : voilà un gouvernement de gauche contraint et forcé d’élaborer des plans d’austérité les uns après les autres, sans qu’en contrepartie et objectivement il n’existe des lendemains meilleurs. L’Espagne, autre pays gouverné par une formation de gauche suit la même logique, et bientôt d’autres la suivront, également, sous peine de subir les foudres d’une Europe inféodée au modèle libéral.

 

Ceux qui ont espéré, ou espèrent encore, une régulation, un retour à la raison de ce système en ont été pour leurs frais et ne doivent pas se faire d’illusions avant bien longtemps. Cette volonté d’un petit nombre d’ultra nantis à se soumettre au bien commun n’existe pas. Comment oser croire qu’une économie mondialisée et volatile pourra être mise sous contrôle planétaire, alors que peu de pays arrivent à s’entendre sur le comment y arriver ? Ce ne sont pas les rodomontades  d’un Barroso prononçant un discours devant le Parlement Européen qui y changeront quoi que ce soit. Et par chez nous, les paroles indignées d’un monde politique, mais qui sait si bien au fond de lui, qu’il ne peut pas grand-chose face à la possible faillite des banques ou la fermeture des hauts fourneaux liégeois, sinon gérer au mieux les conséquences néfastes de ces avatars, ne sont-elles pas de vaines paroles éculées ?  Il est loin le temps où les grands capitaines d’industrie ou les banquiers pouvaient être touchés, montrés du doigt pour leurs injustices, tant ils étaient proches de leurs usines ou de leurs banques et habitaient à proximité du monde du travail. Ce temps là est passé et on se trouve face à une puissante nébuleuse devenue intouchable.

 

Et pourtant, faut-il accepter qu’un si petit nombre continue à faire du mal à un aussi grand nombre ? Faut-il accepter que ce monde financier, dématérialisé, abstrait de l’économie réelle, obsédé par sa logique de croissance et d’hyper profit impose à la terre entière un modèle devenu illégitime et parfaitement immoral ? Aujourd’hui et demain, de plus en plus d’individus osent et oseront les mots qui fâchent : il faut en finir. Il faut oser envisager l’après capitalisme !

 

Oui mais comment ? Toute possibilité de réforme de l’économie mondiale me semble impossible, comme je l’ai dit plus haut, tellement ce système transcende désormais les Etats les plus puissants de la planète, si tant est qu’il existe une volonté de leur part de lui imposer une régulation efficace. Reste alors la solution de la révolution… C’est à mes yeux une solution qui reste envisageable, mais qui aura un coût humain incommensurable et qui ne pourra se faire avant bien longtemps ici en occident où la conscience collective n’est plus celle d’il y a cinquante ou soixante ans. Le consumérisme et les divertissements proposés par les médias ont phagocyté les esprits et les ont détournés de cette fameuse indignation dont on devrait tous se doter face à l’injustice globalisée. Certes, de plus en plus de gens se rendent bien compte que « quelque chose ne va plus », mais ils sont encore très loin d’une réelle conscience permettant de changer le monde, et,  il faut bien le dire, ils se méfient de la politique, tant elle a pu les décevoir. Les mouvements d’indignation qui se développent partout – 146 grandes villes du monde, ce n’est pas rien – ont quelque chose d’encourageant, mais le rapport de force me semble absolument inégal.

 

C’est pourtant bien sur ce rapport de force qu’il va falloir agir. Il est à recréer dans l’intérêt des populations qui comme je l’ai également dit n’ont plus grand-chose à attendre d’une gauche institutionnelle qui n’a plus rien de novateur à proposer et qui se contente d’amender des mesures dictées par le monde économique.

 

Une autre voie serait justement de réduire les écarts dans ces rapports entre nous tous et la trop puissante économie de marché qui s’impose comme un système totalitaire. S’il semble si lointain, voire aléatoire d’y arriver par la mobilisation collective, il faut donc envisager quelque chose de novateur, d’inattendu, d’original : la création d’un tissus économique parallèle et alternatif, issu, non pas des mains des Etats ou de leurs institutions, mais bien de celles d’un  monde associatif présent ou à étoffer par de nouvelles associations. Ces actions, je les vois, non pas comme un affrontement traditionnel entre thèse et antithèse, mais bien comme un dépassement des situations et des déterminismes qui s’imposent à nous.

 

Le texte qui suit a été écrit voici quatre ans, juste avant la crise de 2008. C’est un document qui tout d’abord brosse un « état des lieux » qui a toujours son actualité. Il propose ensuite des pistes de solutions autour de la création d’un nouveau tissus économique, agissant d’abord de façon proximale, dans une sphère micro économique à destination des plus nécessiteux qu’il faut reconquérir, pour ensuite progressivement déboucher dans des contextes plus élargis afin de montrer au plus grand nombre qu’il peut exister concrètement, autrement que dans les discours, un monde juste et favorable au bien commun. Il me semble nécessaire de mettre en place ces alternatives concrètes afin au moins de combler les vides que laissera le capitalisme s’il continue à détruire les structures de l’économie réelle, voire même s’il fini par sombrer corps et bien, implosant de lui-même, victime de ses excès que désormais certains experts libéraux viennent à dénoncer. La création de ce nouveau tissu économique doit être, je le souligne, contemporaine des autres moyens de lutte déjà existants. Tout cela devrait interagir, former un outil efficace tendant à faire naître les alternatives rêvées par tant de progressistes.   Bien entendu, il faut considérer ce document comme une base de réflexion à enrichir et à approfondir sujets par sujets !

 

 

Plaidoyer pour une alternative « réelle »

 

La thèse que je propose ici est la suivante : Face aux changements que notre société a subi ces dernières décennies, l’agitation sociale, méthodologie traditionnelle de la gauche radicale, si elle a toujours sa raison d’être, n’est sans doute plus suffisante pour agir sur les rapports de force et créer le changement social. Il faut donc envisager une autre méthodologie… Ces propos que certains pourront estimer comme iconoclastes voire défaitistes, sont le fruit d’une réflexion personnelle après des années de questionnement et souvent de désarroi face à la résignation d’un nombre important d’individus. J’ai longtemps cru que la précarisation des conditions sociales serait le combustible qui alimenterait la colère et initierait le changement social que nous espérons tous. Je pense que je me trompais… Mais plutôt que de m’enfermer dans des constats pessimistes, j’ai préféré à un moment donné m’investir dans une réflexion sereine. Dans le présent article, je parlerai souvent en terme de « je », car il s’agit bien d’une réflexion qui m’est toute personnelle et que je vous livre telle quelle. Elle est sans doute contestable et je la veux surtout comme une contribution au débat sur les alternatives face au capitalisme total.

 

Retour dans le passé…

 

Ainsi donc, le marxisme est né en réaction à la montée en puissance du capitalisme et de l’exploitation de millions de personnes qui en a résulté. Il a grandi sur fond de « société industrielle ». La société industrielle était une société inégalitaire, stratifiée à l’extrême, où la mobilité sociale était faible. Les classes sociales ont produit une intégration de leurs différents membres. Cette société était en grande partie fondée sur la valeur « Travail » qui est à la fois nécessité de survie, valeur et élément central de l’intégration sociale (1). Par conséquent, même si elles ont fait l’objet d’une exploitation, d’injustices sociales, et ont été victimes d’inégalités, les classes dominées ont été portées par un profond sentiment d’identité qui a été amené par le travail de masse.

 

Dans cette société avant tout stable, le sentiment de domination, la sensation d’injustice étaient partagés par un très grand nombre d’individus qui ont créé du lien social dit « secondaire » par le travail dans des grands ensembles industriels où ils avaient un profond sentiment de partager un sort commun. De ces vécus communs, de cette indignation commune, vont naître des représentations collectives sur les classes dominantes et surtout sur les inégalités engendrées par le capitalisme industriel. Ces sentiments communs, reproduits constamment, de génération en génération, vont fonder cette fameuse « conscience de classe ». C’est elle qui va canaliser les aspirations à la révolte, et c’est aussi elle qui va donner du sens à ces aspirations, en transformant les frustrations vécues en affirmations positives de la dignité du travail et de l’expérience ouvrière. Les mouvements de lutte ouvrière vont trouver dans l’unité qui résultera de ces sentiments le terreau pour promouvoir des idéaux de changement social. C’est ce qui va produire, pour des millions d’ouvriers, de l’espoir et de la dignité et surtout une image positive de leur statut.

 

La société industrielle va connaître une évolution constante jusque à la fin des années 60 de notre siècle dernier. Elle va aussi démontrer la fabuleuse capacité d’adaptation du capitalisme à tous les dangers qui le menace : pensons simplement à ce fameux pacte social, au concept du « Welfare State » et à la prédominance politique de la social-démocratie. Parallèlement à cela, on assistera à la montée en puissance de la consommation  de masse. Les « Trente glorieuses » vont cependant prendre fin à la faveur de la crise du Pétrole d’octobre 1973. Va alors débuter, ce que certains ont persistés à nommer « crise », mais qui s’est en fait avéré être un processus de mutation sociale, économique et culturelle qui aura une incidence considérable sur le quotidien de tous. Il faudra attendre les années 80 pour mesurer l’incidence que cette soit disante crise aura sur notre société : montée en puissance du secteur tertiaire, déclin d’une partie importante de l’industrie lourde, éclatement du secteur industriel en petites et moyennes entreprises,  mondialisation de l’économie, déplacement des centres de décision, concentration du capital dans quelques sphères, passage d’un capitalisme industriel à un capitalisme financier, nouvelles organisations du travail, progrès technologiques, mais fait le plus grave et finalement conséquence logique de cette mutation du capitalisme, l’exclusion sociale et la précarisation d’un très grand nombre de personnes issues des classes dominées.

 

L’advenue d’un nouveau type de société

 

La « société post-industrielle » qui est advenue de cette mutation économico-sociale se caractérise surtout par son instabilité et l’incertitude permanente qu’elle produit. Elle consacre l’éclatement, le polycentrisme,  au contraire de la centralisation. En tous cas, elle ne craint pas de brûler ce qu’elle a adoré un peu avant, puisque ce qui parait porteur un jour peut quelque temps plus tard devenir obsolète. A l’instar du sociologue De Gaulejac (2), je pense que l’ordre social d’avant s’est éclaté et que la « classe ouvrière » s’est fractionnée en trois pôles : un pôle promotionnel qui concerne les ouvriers très spécialisés qui peuvent espérer briguer des postes valorisants, un pôle traditionnel qui reste basé en partie sur la socialisation de la société industrielle et enfin, un pôle en perdition, qui du fait de son inadaptation aux critères de qualification exigés par le monde économique, bascule dans l’exclusion sociale. Plutôt que de parler d’intégration comme avant, on doit de plus en plus parler de compétition sociale qui met un grand nombre d’individus en concurrence les uns par rapport aux autres.

 

Un rapport de force encore plus inégal

 

Auparavant, le capitalisme était, même dans son caractère injuste, proximal et souvent incarné par la figure emblématique du patron propriétaire des moyens de production. On pouvait atteindre directement ceux qu’on tenait pour responsable de l’exploitation des classes laborieuses. C’est certes encore le cas pour ce qui concerne le monde des PME, mais celui-ci a une position marginale dans la possession des richesses. Le capitalisme, on le sait, s’est mondialisé et les propriétaires des plus grandes structures sont devenus inaccessibles et il est illusoire d’espérer que les Etats pourront faire pression sur ce système devenu volatile et inattaquable du fait de son caractère transnational.  Le pouvoir et la proximité (toute relative…)  sont désormais incarnés par la figure du manager qui n’est pas propriétaire des moyens de production. Même si les « masses » ont théoriquement de par le nombre un potentiel important de mobilisation, on doit bien constater que l’individualisme et la dépendance financière de plus en plus grande empêchent de fait une mobilisation durable. Interrogeons simplement l’histoire récente, en pensant notamment aux dernières grèves pour se rendre compte de l’issue de ces mouvements.

 

Constatons enfin que le capitalisme est devenu total, sans aucune contrepartie ou contre-pouvoir suffisant pour modifier le rapport de force, alors qu’avant la chute du mur, la simple présence d’un autre système, même imparfait, obligeait l’économie de marché à prouver qu’elle était meilleure et qu’elle offrait de meilleures conditions de vie aux individus. Aujourd’hui, le capitalisme n’a plus rien à prouver et n’a plus à se soucier du bien commun, puisqu’il n’a plus de concurrence. Le problème majeur est que la répétition des échecs dans les luttes sociales ne fait que renforcer négativement le sentiment pour l’homme de la rue qu’agir sur les mécanismes du système capitaliste n’a aucun effet et que finalement cela ne sert à rien…

 

Bien entendu, on peut toujours rétorquer que des expériences encourageantes sont nées à divers endroits de la planète, notamment au Venezuela. Mais pour ceux d’ici, le Venezuela ou Cuba sont loin… Qu’est ce qu’à leur yeux cela représente de concret, alors qu’ils sont ancrés dans le réel souvent tragique ?  L’économie de marché, de par son caractère transnational, dispose de ressources importantes et surtout de moyens coercitifs importants : pensons simplement aux délocalisations qui représentent un moyen de pression redoutable et efficace, de nature à rendre dociles un grand nombre d’individus.

 

La position des sans-emploi sur l’échiquier social : un autre monde…

 

Les discours de la gauche radicale sont généreux et proposent des solutions pour vaincre l’exclusion sociale et construire un monde meilleur. Force est de constater que de nombreux mouvements de cette gauche radicale, et notamment le PTB, placent sans hésiter les exclus sociaux sur un même plan que le reste du monde du travail. Or il semble qu’il y ait eu une scission entre ces catégories sociales…

 

Des recherches menées par la FUNOC (Formation pour l’Université Ouverte à Charleroi) (3), ou des centres de recherche dont on ne peut soupçonner leur servilité au monde économique, démontrent, témoignages à l’appui, le fossé identitaire qui se creuse entre les travailleurs et un grand nombre d’exclus sociaux. Ces derniers ont souvent tendance à raisonner en terme de « Eux les travailleurs, nous les sans-emploi ». On note aussi à maintes reprises, une certaine animosité vis-à-vis des syndicats ou des organisations ouvrières qui selon eux « ne sont là que pour défendre les travailleurs » (4). Cela met bien en lumière que cette situation d’exclusion n’est pas que financière et que le mot « social » prend tout son sens. Il ne faut pas s’étonner que ce sentiment d’être largué hors des circuits sociaux puisse engendrer des sympathies pour les discours de l’extrême droite…

 

Ces études démontrent également le peu d’intérêt des individus frappés par l’exclusion sociale pour des solutions collectives à leurs problèmes. Pour eux, la solution est avant tout individuelle et bien souvent, leurs aspirations passent par une réussite sociale, cela bien avant l’advenue d’un monde meilleur. L’enjeu n’est donc pas pour bon nombre de ces individus l’émancipation sociale mais bien la perspective de faire partie de la compétition, bref être dedans plutôt qu’en dehors.

 

 Quant à moi, au risque de me répéter,  je suis surtout interpellé par l’individualisme qui affecte un très grand nombre de personnes qui ne sont pas forcément issues des classes les plus aisées. Je pense que les biens de consommation ont de plus en plus médiatisé les relations entre individus. Les idéaux de bon nombre de ceux-ci, exclus des circuits du travail, ou en faisant partie, sont plutôt dans la réussite personnelle ou familiale, ce qui inclut la possession de biens de consommation et la possibilité d’y accéder. Bref, l’idéal à atteindre pour un grand nombre – mais pas tous, heureusement – est plutôt d’ordre matériel et promotionnel que de l’ordre de la justice sociale et du collectif.

 

Nos discours sont-ils entendus ?

 

Certains partis de la gauche radicale, je pense notamment au PTB, ont dépensé ou dépensent une énergie folle pour faire entendre leur voix. Pour quel résultat final ? Certes, on pourra arguer que les résultats électoraux sont encourageants dans certaines circonscriptions, mais que sont-ils face à ceux de l’extrême droite qui trouve meilleur écho auprès des couches les plus fragilisées de notre société, et cela sans pratiquement faire campagne ? C’est donc que notre voix n’est plus entendue par notre électorat potentiel…

 

L’hypothèse que je fais par rapport à cela est que nos discours sont trop abstraits, trop inscrits dans le long terme, alors que les préoccupations de nombreuses personnes sont avant tout situées dans l’ici et maintenant, tant leur condition est souvent dramatique. La perspective d’un monde meilleur leur semble une utopie, quelque chose de lointain et de pratiquement irréalisable, qui demanderait des sacrifices énormes… D’autre part, on peut considérer que devant le flot d’informations à laquelle tous sont soumis au quotidien, ces mêmes discours ne sont que des paroles parmi tant d’autres. L’extrême droite est sans doute mieux entendue parce qu’elle tient des discours simplistes et qui rencontrent directement les préoccupations des gens. Et comme je le soulignais auparavant, les exemples d’alternatives comme l’expérience vénézuélienne sont des perspectives lointaines, pratiquement inconnues d’un grand nombre d’individus.  Il faut se rendre compte que nous représentons une minorité d’initiés, convaincus certes, mais sans doute devenus peu convaincants…

 

On se trouve peut être face à un grand nombre d’individus qui ne se retrouvent plus dans nos idées. Les uns parce qu’ils ont le « nez dans le guidon », préoccupés qu’ils sont à préserver leur emploi et leur pouvoir d’achat, à ne pas perdre leur paradis matériel qui leur sert d’identité, bien plus que les idéaux qui animaient leurs aînés.  Les autres, qui ont basculé dans l’exclusion n’ont plus le sentiment de faire partie du monde du travail. Les mouvements ouvriers et syndicaux ne semblent plus pour ceux-là représentatifs de leur condition et ils estiment que ces mouvements sont avant tout intéressés par les travailleurs. C’est donc bien souvent le repli sur soi et les solutions individuelles qui s’imposent au lieu d’actions collectives.

 

 Une des grandes questions que l’on doit se poser est la suivante : pouvons-nous espérer parvenir rapidement – et l’urgence l’impose - à une mobilisation massive pour créer le changement social tant attendu ? La réponse est quoiqu’on en dise, non ! Même si de tels mouvements existent, ils disposent de moyens limités, parce qu’ils ne possèdent pas la capacité de diffusion massive de leurs idées, sinon par internet, et encore, est-ce le plus grand nombre qui lit ces écrits ?  Et pourtant… jamais les raisons d’un changement social n’ont été aussi évidentes et justifiées qu’aujourd’hui depuis trente ans, mais jamais la possibilité de réaliser ce changement social n’a été aussi lointaine.  Ceux qui continuent à considérer la classe ouvrière comme étant telle quelle, comme si elle n’avait pas été altérée et fractionnée par les changements sociaux de ces dernières décennies, se trompent sans aucun doute. Ils en ont une vision stéréotypée et angélisée, ils ignorent, ou feignent d’ignorer les ravages de la culture consummériste, de l’individualisme et de la concurrence entre individus. Dire que la classe ouvrière constitue toujours l’avant-garde est du même acabit : c’est faire fi de tous les bouleversements qui ont atomisé les masses, les ont fait éclater en de multiples pôles qui subjectivement ne concourent plus aux mêmes intérêts, même si on peut estimer qu’il existe pour toutes ces catégories des intérêts « objectifs » que nous avons tendance à projeter sur elles au travers de nos idées.  C’est dans cette configuration totalement différente de l’ère industrielle que nous devons promouvoir nos idéaux, ce qui n’implique nullement d’y renoncer, mais bien de changer de méthodologie pour les réaliser ou si pas de changer, tout au moins en créer d’autres promptes à renforcer nos luttes, c’est ce que je proposerai dans la suite…

 

 

Gilles Durvaux

 

(à suivre)

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