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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 23:15

Ce week-end a vu la concrétisation sur le terrain des ravages de la nouvelle « machine » Europe.

 

 

Ces ravages s’appellent délocalisations. Les méthodes, elles, relèvent du banditisme pur et simple. Deux exemples concrets : Meister – Sprimont en Wallonie et Air Méditerranée en France.

 

Le groupe Meister est une multinationale d’origine allemande spécialisée dans la fabrication de composants pour automobiles. Il possède des usines en Allemagne, en France, en Tchéquie et en Belgique. Il est installé à Sprimont - Louveigné près de Liège depuis 1983 où est procédé à l’assemblage et au décolletage de systèmes hydrauliques de sécurité et de freinage pour le secteur automobile. Il emploie quelque 104 travailleurs. Depuis quelques semaines, des négociations ont lieu entre la direction et les organisations syndicales suite à la volonté de la maison « mère » de délocaliser l’usine de Sprimont vers la Tchéquie.

 

 

Heil Meister !

 

 

Le climat social est tendu à l’usine Meister Sprimont depuis dix ans : exigences de flexibilité, licenciements sans motifs, rythme de travail insoutenable, séquestration de la direction, etc. Bref, toute la panoplie de la stratégie de la tension entretenue par une direction aux ordres des objectifs de rentabilité insoutenables de la multinationale. On allait vers la délocalisation. En effet, les travailleurs ont appris en Conseil d’entreprise que des importantes commandes qui devaient être effectuées à Sprimont, le seraient en Tchéquie. Des négociations étaient en cours, puis dimanche 26 février, à 14 heures, une milice privée d’une quinzaine de gros bras tout de noir vêtus envahit les locaux de l’entreprise. Ils molestent et expulsent trois travailleurs qui tentaient de les empêcher d’entrer. L’alerte est donnée. La mobilisation est immédiate. Ces « miliciens » avaient pour mission de « récupérer » les pièces produites ces derniers jours et que les travailleurs, qui craignent la fermeture de leur site après l'annonce du transfert à l'étranger d'importantes commandes, n'entendaient pas laisser sortir.

 

 

 

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Les gros bras venus d'Allemagne se sont tout permis !

 

Furieux d’être coincés, les soi-disant « vigiles » brisent et fouillent les armoires où les travailleurs déposaient leurs effets personnels. Ils saccagent le réfectoire rendant impossible la vie sociale dans cette entreprise.

 

 

 

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Le très sympathique führer de la milice

 

La police arrive en force mais refuse d’intervenir et même de procéder à un contrôle d’identité des énergumènes s’étant livrés à des violences, à des dégradations de biens, à une tentative de vol. En plus, ils portaient sur eux des armes prohibées (matraques, battes de base ball et autres « jouets de St Nicolas »). On peut se poser la question sur l’attitude des forces de l’ordre si des travailleurs avaient procédé de la sorte.

 

 

 

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Des forces de l'ordre fort passives

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la police évacue les « miliciens » hilares, narguant les travailleurs présents. Que sont-ils devenus ? On n’en sait rien. Les travailleurs et beaucoup d’observateurs considèrent que la mollesse des forces de l’ordre est inadmissible. D’autre part, la police de Liège a refusé d’enregistrer les plaintes des travailleurs qui ont été molestés, sous prétexte qu’ils ne se trouvaient pas dans la bonne zone de police !

 

Tout se passe comme si la police et le gouvernement – la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a eu une réaction plus que « modérée » face à cette affaire – voulaient étouffer la question. Le patronat – l’Union wallonne des entreprises – se contente de mettre en parallèle l’intervention de la milice allemande et la séquestration de la direction. Les négociations reprendront mardi, mais dans quel climat ? Les deux grands syndicats (FGTB et CSC) ont déposé plainte et le Parquet a décidé de se saisir de cette affaire. On verra.

 

milquet

Joëlle Milquet s'est montrée plus ferme en d'autres circonstances.

Jamais une telle violence patronale ne s’est manifestée de la sorte en Belgique. Comme l’écrit Véronique De Keyser, députée européenne socialiste de Liège, dans un communiqué de presse : « Ils étaient venus d’Allemagne, vêtus de noirs, cagoulés, armés, prêts à matraquer pour les déloger ces « vingt et cent » qui résistaient alors que le sort en avait été jeté…

Non, ce n’était pas en 1939 mais en 2012 ! Plus précisément hier et à deux pas de chez nous, sur le site de Meister Sprimont, où à la demande de la direction une milice privée est intervenue de façon musclée pour casser la grève et emporter de force du matériel. Des méthodes d’une rare violence aux odeurs nauséabondes de fascisme ! La police de Sprimont n’est pas intervenue et les miliciens sont repartis en Allemagne comme ils étaient venus, sans même être interpellés. »

Prenons garde que les « vingt et cent » ne deviennent bientôt « des milliers ».

veronique-de-keyser.jpg

Véronique De Keyser fait la bonne analyse.

L’audace patronale est désormais sans limite. Les autorités qui se sont déjà pliées aux diktats des marchés financiers via une Union européenne gangrénée, ayant renoncé à son idéal de solidarité entre les peuples pour servir les seuls intérêts du capital, ferment les yeux devant les actions illégales, violentes, lâches de fascistes au service d’un patronat sans scrupule. Ces « responsables » ne parviennent à prouver qu’une chose : ils ont peur !

Air Méditerranée avec « sa gueule de pâtre grec »

Meister n’est pas seul. La compagnie aérienne française Air Méditerranée née en 1997, exploitait jusqu'ici une dizaine d'avions en France au départ de Roissy, Lyon, Nantes et Toulouse. Sa filiale grecque, Hermès Airlines, assure des rotations depuis 2011 avec un appareil, mais plusieurs autres appareils doivent passer en 2012 sous le contrôle de Hermès Airlines. Air Méditerranée emploie jusqu'à 500 personnes en haute saison et travaille essentiellement pour les grands tours opérateurs français. Cependant, elle connaît des difficultés. Sa politique de sous-investissement l’a mise sur la liste noire des compagnies aériennes et le « printemps arabe » lui a été un coup dur.

 

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Air Méditerranée préfère faire respirer à ses travailleurs l'air de la Grèce.Merci la troïka !

Air Méditerranée a proposé à son personnel naviguant – pilotes, hôtesses, stewards – de passer sous le régime salarial et social grec, ce qui reviendrait à une réduction globale des rémunérations de 40 %. Concrètement, une hôtesse ou un steward gagnant le SMIC en France se voit proposer un salaire mensuel de 900 euros à Athènes et un commandant de bord payé 6.000 euros empocherait 3.700 euros en Grèce. En effet, une des mesures imposées par la « troîka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI) à la Grèce fut une réduction de tous les salaires de 30 %.

En clair, l’austérité imposée à la Grèce n’est pas perdue pour tout le monde. Voilà des travailleurs français contraints d’accepter de travailler sous le régime social grec. C’est plus fort que Bolkestein !

Meister, Air Méditerranée sont deux faces d’une même politique sociale. Réduire le travailleur à un régime de quasi esclavage en l’entraînant dans la précarité. Les fondations de notre édifice social sont en danger de destruction totale. Véronique De Keyser le dit haut et fort : « Plus que jamais en ces temps difficiles, il faut tendre à l’éveil des consciences et non à leur endormissement sous prétexte de chantage à l’emploi et à la compétition. Crise, délocalisation, salaires toujours plus bas, chômage, pauvreté… notre société est malade et il est incontournable de la repenser autrement. Fini le progrès évalué selon des critères purement économiques et financiers! Notre société a besoin de se refaire une santé en développant son potentiel culturel et intellectuel, en privilégiant l’humain, la solidarité, le bien vivre plutôt qu’un bien-être illusoire. Nous n’avons plus de temps à perdre, ou l’heure sera uniquement à la sur…vie. »

Mais comment ? Il n’y a qu’un mot d’ordre : Résistance !

Les maquis où elle s’exercera ne manquent pas.

Pierre Verhas

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commentaires

sergio 28/02/2012 01:32

Un très bon article. Seul mot Resister!!

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