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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 17:00

 

 

Nous avons commencé notre série d’articles sur les « révolutions en marche », suivies d’un point d’interrogation. Celui-ci est plus que nécessaire. Avant de publier le troisième volet, la situation en Tunisie après le départ de Ben Ali pose une série de questions. Qui va lui succéder ? Les revendications du peuple seront-elles rencontrées et par qui ? N’y a-t-il pas une tentative de récupération, notamment venant des « puissances » ?

 

 

On en sait un peu plus sur ce qu’il s’est passé. En réalité, Ben Ali a été déposé par l’armée. Les anciens dirigeants du régime, Mohamed Ghannouchi en tête, ont formé en vitesse un gouvernement provisoire dont la première mesure a été de décréter l’urgence. Autrement dit, sous prétexte d’un maintien de l’ordre indispensable, l’objectif est de maintenir le peuple à l’écart de ce qu’il se trame.

Dès la première nuit qui a suivi la fuite de Ben Ali vers l’Arabie saoudite, des scènes de pillage et de vandalisme ont eu lieu. Certes, comme après toute période insurrectionnelle où les forces de l’ordre ont été désorganisées, des bandes de malfrats en profitent. Cependant, plusieurs témoins ont reconnu d’anciens policiers qui participaient, voire dirigeaient ces exactions.

Puis, les choses se sont calmées. Les anciens dirigeants ont repris les choses en main. Tous, à trois exceptions, font partie du RCD, l’ancien parti de Ben Ali, surnommé le « parti mafia ». Il y a seulement trois ministres de l’opposition « légale » qui ont été nommés à des postes subalternes. Les autres postes clés du gouvernement fantoche de Ben Ali – la défense, la sécurité intérieure et les affaires étrangères – n’ont pas changé de mains.

 

La vigilance d’un peuple

 

Le peuple tunisien ne s’en laisse pas dire. Il ne veut pas de ce gouvernement qui ne cherche qu’à rétablir l’ancien régime. Il y a en effet une très grande méfiance : Ghannouchi avait déclaré à la TV que le départ de Ben Ali était « provisoire »… On ne peut être plus clair ! Cette pression populaire a eu un effet immédiat : moins de vingt quatre heures après sa constitution, le gouvernement subit trois démissions : celles des ministres membres du syndicat unique UGTT. Et puis, deux autres ministres de l’opposition menacent aussi de s’en aller.

Tunisie_colere2.jpg

Le peuple tunisien ne veut en aucun cas de ce gouvernement.

 Il n'a jamais tant mérité d'être appelé "le peuple souverain".

La situation devient donc intenable. Quelles conclusions tirer à ce stade ?

Le peuple réalise la manipulation dont il fait l’objet et poursuit le mouvement. La question : tiendra-t-il jusqu’à un renversement complet de la dictature et l’arrestation ou la fuite des collaborateurs ? Sans doute, sauf intervention extérieure peu probable, ou une reprise en mains par la police et l’armée. Cependant, la vigilance du peuple est un atout majeur.

 

À suivre, donc.

 

L’inquiétude d’Hillary

 

Un petit événement, apparemment anodin, est passé quasi inaperçu. Le New York Times rapporte une déclaration inhabituelle de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, à Doha, capitale de l’émirat de Qatar, lundi 10 janvier. Elle a tancé les dirigeants arabes, affirmant que leurs pays risquaient de « s'enfoncer dans le sable » de l'agitation et de l'extrémisme à moins de « libéraliser leurs systèmes politiques et d'assainir leurs économies ».

 

hillary_clinton.jpg

 

Hillary Clinton craindrait-elle un embrasement

général du monde arabe ?

  

Lors d'une conférence dans ce rutilant émirat du Golfe Persique, Mme Clinton a récité une litanie de maux : corruption, répression, absence de droits pour les femmes et les minorités religieuses.

 

« Dans trop d'endroits, de trop de façons, les fondations de la région s'enfoncent dans le sable », a-t-elle déclaré devant un parterre de ministres étrangers, d'hommes d'affaires et de groupes de droits de l'homme au visage fermé. « Le Moyen-Orient régénéré et dynamique que j'ai vu a besoin de fondations plus solides s'il doit prendre racine et se développer partout » (...)  « Ceux qui s'accrochent au statu quo pourront peut-être endiguer l'impact des problèmes de leurs pays pendant quelque temps, mais pas éternellement (...) Des éléments extrémistes, des groupes terroristes et d'autres qui veulent exploiter le désespoir et la pauvreté sont déjà , réclamant l'allégeance et rivalisant d'influence. »

 

Les Etats-Unis craindraient-ils une « contagion » de la révolution tunisienne dans l’ensemble du monde arabe ? Auront-ils les moyens de juguler ce mouvement populaire ?

 

En tout cas, l’expression honnie des intellectuels médiatiques – le peuple souverain – reprend tout son sens grâce au courage du peuple tunisien.

 

PV

 

 

 

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