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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 22:16

 

La « crise de la dette » prend des proportions telles que le doute s’installe et s’élargit aux esprits les plus ouverts aux idées libérales. C’est ainsi que Michel Rocard, ancien Premier ministre PS, et l’économiste Pierre Larrouturou, membre d’Europe Ecologie les Verts, ont jeté un fameux pavé dans la mare en posant dans le Monde du 2 janvier une question saisissante : « Pourquoi faut-il que les Etats paient 600 fois plus que les banques ? ». Ce changement considérable de point de vue au sein des élites est un élément nouveau et fondamental.

 

Un autre économiste, le Marseillais Alain Beitone, dans le Monde du 29 décembre dernier, fustige de son côté ceux qui critiquent l’affaiblissement de la puissance publique, autrement dit, son incapacité d’intervenir sur les marchés financiers. Comme « arguments », il use entre autres de l’amalgame et de l’accusation d’antisémitisme. Lorsqu’un débat est pollué de cette manière, nous entrons dans une zone dangereuse. C’est la raison pour laquelle, j’ai écrit cette lettre ouverte à M. Beitone.

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Bien entendu, Monsieur le professeur Beitone, vous ne manquez pas de dénoncer la théorie du complot et même l’antisémitisme à l’égard de ceux qui critiquent l’ouverture aux marchés financiers des dettes souveraines, depuis 1973 en France et depuis 1992 dans l’ensemble de l’Union européenne. En outre vous prenez prétexte de l’antisémitisme de l’extrême-droite pour faire l’amalgame avec la critique de gauche qui userait des mêmes arguments. Triste manière de débattre !

 

 

 

En cette affaire, derrière le brouillard du procès en sorcellerie, se pose une question essentielle : est-il acceptable que l’argent prélevé par l’Etat aux citoyens puisse servir des intérêts privés ? N’est-ce pas en définitive porter atteinte à la liberté d’investir à laquelle vous semblez tant tenir ? N’est-ce pas aussi mettre en danger les ressources de tous pour protéger celles de quelques-uns. En plus, le citoyen est exclu de ce débat où ses intérêts fondamentaux sont mis en jeu.

 

 

 

Alain-Beitone.jpg

Alain Beitone, économiste, professeur à Marseille

 

 

Or, si on vous lit (le Monde du 29 décembre 2011), vous dénoncez cette critique : « la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d'obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d'une convention approuvée par le parlement. Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l'explication incantatoire par " la loi de 1973 ". » En passant, la Banque de France n’est pas « les marchés financiers », me semble-t-il. Plus loin, vous ajoutez : « La France est bien passée d'un financement de la dette publique très largement administré dans le cadre du "circuit du Trésor", à un financement par le marché. On peut préférer une moindre dépendance à l'égard des marchés financiers, mais sans oublier que le financement administré n'est pas sans inconvénients. Et sans oublier non plus que le passage au financement de marché était lié à la volonté d'obtenir des crédits à moindre coûts sur un marché plus profond et plus liquide. » Encore une fois, vous éludez l’essentiel : le financement via le marché rend les Etats dépendants et leur ôte tout pouvoir de contrôle. C’est ainsi que le coût de la dette est devenu insupportable et ainsi fait courir un énorme risque à la collectivité.

 

 

Une réponse vient d’être donnée par Michel Rocard, ancien Premier ministre associé pour la circonstance à l’économiste, membre d’Europe Ecologie les Verts, Pierre Larrouturou (le Monde du 3 janvier 2012) : « Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

 

 

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?"Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ? »

 



Il est rare, Monsieur le professeur Beitone, que de si hautes autorités politiques et intellectuelles lancent un tel cri d’alarme. Elles remettent ainsi en question le système ultralibéral qui tente de s’imposer comme étant sans alternative.

 

 

michel_rocard01.jpg

Michel Rocard jette un pavé dans la mare du néolibéralisme : tout arrive !

 

 

 

En effet, envers et contre tout, on préserve ce système en refusant d’appliquer les solutions de bon sens qui mettraient rapidement fin à la crise de la dette souveraine. Ces solutions consistent à redonner à la puissance publique à l’échelle européenne, autrement dit au citoyen, la faculté de décider afin de préserver l’intérêt général. Il est urgent qu’elle intervienne sur le prix de la dette, et, comme le propose l’association ATTAC que vous réduisez au rôle de « distributeurs de tracts », de ne payer que la dette légitime, ce qu’on appelle couramment « l’incontestablement dû ». Rocard et Larrouturou ne disent pas autre chose : « Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs... » En résumé : va-t-on continuer à payer des intérêts usuraires pour des dettes déjà plusieurs fois remboursées ?

 

 

 

LarrouturouP.jpg

Pierre Larouturrou, écologiste, économiste critique du néolibéralisme,

a plusieurs fois travaillé avec Michel Rocard.

 

 

Les auteurs proposent en conclusion certaines solutions techniques, à défaut de pouvoir modifier les règles du jeu, car, ici aussi, le système bancaire a verrouillé le pouvoir de décision politique.

 

 

Par contre, Monsieur le professeur Beitone, si vous rejoignez dans vos conclusions les exigences de beaucoup, notamment en demandant une régulation des marchés financiers, qu’il faut fixer un taux d’intérêt plafond de la dette, ce qui est jusqu’à présent refusé par la BCE, en appelant à une réforme fiscale de grande ampleur, vous refusez de d’admettre que ces mesures sont impossibles en laissant la main mise des seuls marchés financiers sur les dettes souveraines.

 

 

Cette contradiction perturbe le débat. Et, bien entendu, l’on oublie l’essentiel : si on veut sortir de cette crise, il faut en revenir à l’économie réelle. Par la désindustrialisation, le chômage est devenu endémique. Par l’affaiblissement de l’Etat, la puissance publique est devenue exsangue. Par l’austérité, la sécurité sociale devient une coquille vide et la misère se répand.

 

 

Vos amis et vous, Monsieur le professeur Beitone, avez voulu révolutionner la société pour y installer le pouvoir de l’argent. Vous avez beaucoup détruit, mais sachez que cette entreprise ne réussira pas !

 

 

Assez de Goldman Sachs, assez d’Arcelor Mittal, assez de Merkozy, assez d’austérité ! Assez de misère, assez de pensée emprisonnée ! Il faut reconstituer un tissu industriel moderne et efficace, il faut encadrer les marchés financiers par des règles strictes, il faut rétablir les grands services publics de transport et de communication, il faut redonner à la puissance publique les pouvoirs, notamment d’investissement et de politique économique, dont elle a été dépouillée, il faut œuvrer à un nouveau contrat social qui assure à chacun(e) la liberté, le droit au travail, des soins de santé et des revenus décents.

 

 

Bref, le citoyen doit reprendre le pouvoir !

 

 

Pierre Verhas

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 21:27

Voici le premier volet d’un article de notre ami Francis Bismans qui analyse la crise de régime qui sévit en Belgique depuis juin 2007 et qui a abouti (provisoirement ?) au gouvernement Di Rupo – Van Ackere qui impose une cure d’austérité sans précédent et qui s’est engagé à mettre en œuvre la plus importante réforme de l’Etat depuis 1970.

Les opinions émises par Francis Bismans sur la crise et sur le PS ne reflètent pas celles de l’ensemble des membres du club « Osons le socialisme », même s’il y a d’importants points de convergence. Elles ont cependant le mérite de la clarté et susciteront le débat, ce qui est le but puisque ce blog est un lieu de débats.

Les sous-titres sont de la rédaction.

 

Crise de régime et crise du PS ?

Plus de 500 jours après les élections de juin 2010, un gouvernement associant les trois familles traditionnelles (socialiste, libérale et chrétienne) a donc été porté sur les fonds baptismaux. De surcroît, son premier ministre, comme chacun le sait, n’est autre que Di Rupo, socialiste et wallon ou du moins réputé comme tel. Du jamais vu depuis Edmond Leburton, mais pour ce dernier, il faut remonter à 1973. (Laissons de côté la parenthèse VDB.)

Une phrase revient constamment dans le discours des dirigeants du PS : le pire a été évité. Le pire, c’eut été, disent-ils, l’absence d’accord communautaire et donc la fin de la Belgique, la paupérisation des francophones, etc., mais aussi et surtout, une austérité draconienne à la grecque ou à la portugaise.

Sans doute le programme du gouvernement papillon aurait-t-il encore été plus marqué à droite si le PS n’avait été un acteur majeur de la négociation. Pour le reste, ce programme ressemble à s’y méprendre, à celui mis en œuvre par un Socrates au Portugal ou un Zapatero en Espagne. Avec la particularité toutefois que le tournant vers une politique d’austérité s’est greffé en Belgique sur un fond d’opposition communautaire marqué qui lui préexistait.

Une crise politique larvée

Les prémisses de la crise de régime remontent à 2007, lorsque les élections législatives se soldent par la victoire du cartel CD&V-NVA en Flandre et celle du MR en Wallonie et à Bruxelles. Le cartel qui a fait campagne sur le thème du « confédéralisme » et sur la scission de BHV, veut une grande réforme de l’Etat, tandis que les partis francophones répètent obstinément qu’ils ne sont demandeurs de rien. L’orange bleue sera rapidement enterrée ; lui succèdera un gouvernement atypique, asymétrique, composé du cartel flamand, des partis libéraux et du PS. Cet invraisemblable attelage s’engage dans une réforme de l’Etat presque à reculons, tandis que BHV reste suspendu comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête du gouvernement.

Survient alors, en septembre-octobre 2008, la crise financière consécutive à la faillite de Lehman Brother – le cartel flamand éclate à peu près au même moment, soit le 21 septembre 2008. Immédiatement, le tandem Leterme-Reynders est à la manœuvre ; les problèmes communautaires sont relégués à l’arrière-plan. La tourmente financière s’accompagne d’une récession profonde, qui conduira à une baisse du Produit National  belge de l’ordre de 3% en 2009.  Le mot d’ordre pour tous les gouvernements est d’empêcher à tout prix l’effondrement du système bancaire et financier international, de même que l’entrée dans une dépression prolongée. Le prix à payer pour parer à ces deux dangers est l’accroissement spectaculaire de l’endettement des Etats. Le mécanisme explicatif en est simple : le sauvetage des banques et la relance économique ont coûté cher, très cher ; symétriquement, la récession conduit à une baisse mécanique des rentrées fiscales ; les deux phénomènes se sont conjugués pour creuser les déficits publics.

Cependant, BHV est toujours là et la réforme de l’Etat s’enlise. Les élections régionales de juin 2009 témoignaient déjà d’une poussée importante des nationalistes de la NVA. (Ils obtiennent 14% des suffrages et sont, dans la foulée, associés au gouvernement flamand.) Manifestement, leur forte progression est l’indice que la Flandre veut une grande réforme de l’Etat.

La suite est bien connue : le dernier gouvernement Leterme tombe au début de mai 2010 sur le problème de BHV. Les élections donnent la victoire au PS, mais la plus grande surprise se situe au Nord, la NVA devenant le premier parti du pays.

Politiques d’austérité et social-démocratie

En novembre 2009, le gouvernement grec nouvellement élu, présidé par Papandreou, révise à la hausse les chiffres fournis par son prédécesseur de la Nouvelle Démocratie : le déficit public bondit de 3,75 % à 12,7 % du Produit Intérieur (PIB). La dette publique représente pour sa part en 2009, 127 % de ce même PIB. La gestion du « cas grec » par l’Union européenne et le tandem Merkozy est conforme à ce que préconise et met en œuvre la vulgate néo-libérale : imposer au pays une cure d’austérité, c’est-à-dire des réductions drastiques des dépenses publiques. Pour la suite, on peut résumer l’attitude de l’Union par la formule : trop peu, trop tard. Résultat, la crise de la dette se généralise à d’autres pays fortement endettés ou simplement exposés à la fureur des marchés : le Portugal, l’Espagne, l’Irlande certes, mais aussi d’autres tels que la Belgique et l’Italie aux déficits certes importants, quoique facilement finançables. Tous commencent à devoir verser des intérêts significatifs, comparativement à l’Allemagne, pour se refinancer. 

La spirale infernale de l’endettement bat alors son plein à l’échelle de la zone euro. Le cercle vicieux qu’elle engendre est facile à décrire et à comprendre.  En voici les éléments essentiels : les politiques d’austérité aboutissent à réduite la dépense globale, ce qui diminue mécaniquement les recettes de l’Etat ; la contraction de ces dernières est en définitive supérieure à celle des dépenses de sorte que le déficit continue à se creuser. De nouvelles coupes budgétaires sont réalisées qui contractent encore davantage le revenu global et les recettes de l’Etat, creusant une nouvelle fois le déficit public, etc.

Il manque toutefois un élément explicatif dans le tableau, celui du rôle des agences de notation. Celles-ci sont au nombre de trois (Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s), exclusivement anglo-saxonnes. Comme leur nom l’indique, elles donnent une note (le rating, par exemple triple A, i.e. AAA) aux titres émis par les Etats. Plus la note est élevée et plus le titre concerné est considéré comme sans risque. En dégradant, c’est-à-dire en diminuant la note attribuée à un pays, on l’oblige à réemprunter à des taux supérieurs. La multiplication des dégradations contribue à renforcer le processus cumulatif d’endettement : un premier déclassement conduit un Etat à emprunter à des taux croissants, ce qui pousse la dette à la hausse et amène un nouveau déclassement, et ainsi de suite.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette politique d’austérité-type, moyennant des variations infinitésimales, est appliquée par tous les partis sociaux-démocrates au pouvoir, spécialement en Grèce, au Portugal, en Espagne. (Le cas de l’Irlande est différent, qui n’a pas de véritable parti socialiste influent.) L’on assiste ainsi à ce que l’on pourrait appeler la seconde faillite historique de la social-démocratie, la première résultant de son incapacité à empêcher la boucherie guerrière de 1914-1918. Désormais, cette social-démocratie est « centrisée » ; elle constitue ainsi l’aile « gauche » du courant « austéritaire », qui recouvre un véritable arc-en-ciel politique allant du centre social-démocrate à la droite « moderniste ».  Les raisons de cette involution importent peu. Disons simplement que s’y mêlent inextricablement trois composantes : la première est concomitante au ralliement à la religion du marché de pans entiers des partis socialistes ; la deuxième tient simplement à l’incompétence et à l’ignorance de ce qu’il est possible de réaliser dans les conditions actuelles ; enfin, la troisième repose sur l’idée, fausse, mais très répandue, qu’il n’y a de salut que dans le cadre européen et que donc rien n’est faisable sur un plan national. Ces trois positions concourent toutes à déporter les partis sociaux-démocrates vers le centre – à mon avis de manière irréversible.

La crise de régime

Le PS, sous la houlette de Di Rupo, qui est tout ce que l’on veut, sauf un tendre, a toujours refusé de se dire social-démocrate. L’homme au nœud pap poussait même la coquetterie jusqu’à qualifier « son » PS de « formation parmi les plus à gauches au sein du Parti Socialiste Européen ». Chassez donc ce vilain mot d’austérité ; nous au PS, nous ne parlons que de rigueur. C’était le discours destiné au bon peuple et aussi aux intellectuels ou parlementaires complaisants – ils n’en manquent pas.

 

di rupo perplexe

 Elio Di Rupo est tout sauf un tendre !

 

La communication est une chose ; les faits en sont une autre. Rapidement, à l’exemple de ses confrères ou consœurs de Grèce, du Portugal, de France et de Navarre, le PS cornaqué par Di Rupo se ralliera à l’air du temps : hors des contraintes des marchés (financiers ou autres), point de salut. Mais il faut quand même que la nécessaire austérité, pardons rigueur, soit mâtinée d’un peu de social …Le PS est ainsi devenu la version « équilibrée » ou « sociale » de la seule politique possible : l’austérité dictée par les marchés financiers. Le capitalisme financiarisé serait de la sorte l’horizon indépassable de notre temps. There is no alternative. (TINA ; en français, il n’y a pas d’alternative.)

La même évolution se marque aussi sur le plan institutionnel. Dès septembre 2010, il est patent que les neufs formations, initialement parties prenantes des négociations, ne pourront parvenir à un accord communautaire. Pendant près d’un an, rien ne progressera. Le PS là aussi avoue qu’il n’a pas d’alternative et que son plan B – une Belgique « maintenue », mais amputée de la Flandre – n’est qu’une vue de l’esprit, que personne ne songe à prendre au sérieux. (Comment en effet, pourrait-on accorder foi à un parti qui, d’un côté, dit qu’une réforme de la loi de financement appauvrirait les francophones et de l’autre, qu’il est prêt à affronter une séparation totale avec toutes ses conséquences. Mais bien sûr, il ne s’agissait que d’exercer une pression pour le cas, sait-on jamais, où un compromis se serait avéré impossible…)

Toujours est-il que les soi-disant négociations se sont traînées en longueur, semaine après semaine, mois après mois. Le déblocage ne surviendra qu’en juillet 2011, lorsque le CD&V se « déscotche » de la NVA. Di Rupo qui est alors officiellement formateur, engrange dans la foulée, en octobre 2011, un accord communautaire qualifié d’« historique ». Après quoi, moyennant une dramatisation bienvenue et en surfant sur le déclassement de la note belge par Standard and Poor’s, il force un accord global, économique et social.

Pendant tout ce temps, le mal fonctionnement du système belge est évident. Durant le long intermède où les « négociations » se poursuivent, le gouvernement d’affaires courantes de Leterme règle les problèmes au jour le jour : participation à la guerre en Lybie, vote des budgets provisoires, sauvetage de Dexia, etc. L’ingénierie juridique fait le reste et se charge de justifier ce mode de gouvernance absolument inédit.

En réalité, la Belgique est entrée dans une période de crise de régime prolongée. C’est au total le résultat d’un double processus. D’une part, le modèle des compromis à la belge qui a permis entre 1970 et 2001 d’engranger cinq réformes de l’Etat successives, est profondément grippé compte tenu du poids acquis par la NVA et surtout de l’assise du courant indépendantiste et confédéraliste en Flandre. D’autre part, la faiblesse persistante et l’insignifiance politique de la gauche flamande (la « drôle de gauche », si l’on se réfère au SPA, encore plus centriste que son homologue francophone !) font que désormais, s’opposent directement la droite nationaliste flamande et la gauche PS francophone, synonyme au yeux de la première de tout refus d’une réforme profonde de l’Etat et de la gabegie des fiefs socialistes wallons.

Francis Bismans

Deuxième volet à paraître : le gouvernement « papillon »

 

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 18:26

A partir de janvier, La Lettre socialiste sera doublée d’un autre article mensuel, plus proche de l’actualité belge.

 

 

 Merkel-Sarkozy : les usurpateurs de « l’Europe ».

 

En se réclamant d’une intégration européenne renforcée, en se présentant comme les champions de l’Europe, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se livrent à une imposture : la méthode intergouvernementale qui est la leur est le contraire du fédéralisme. Il y a un demi-siècle que la construction européenne est embourbée dans cette méthode, symbolisée par le « comité des représentants permanents » qui chacun défendent les attributions et les intérêts de leur gouvernement. Idem pour les conférences ministérielles ad hoc

 

La crise de la zone euro plonge l’Union dans une véritable mélasse institutionnelle : Europe à 17 sous la houlette du directoire franco-allemand (faussement uni), Europe à 27 moins la Grande Bretagne pour qui seule importe les intérêts financiers de la City… Nouveau traité ou pas, et sur quoi, alors que l’unanimité est requise… Et derrière l’imposture, l’évidence que les nationalismes progressent partout sournoisement, portés par le populisme de droite et alimentés par l’ultra- libéralisme. La Hongrie est redevenue une quasi dictature !

 

Le nationalisme monétaire allemand

 

Examinons un instant l’accusation de « germanophobie », qui devient fréquente face au refus allemand de solidariser les dettes souveraines. Il n’est pas besoin d’évoquer Bismarck, comme l’a fait Arnaud Montebourg, pour stigmatiser Angela Merkel : elle n’a pas encore repris l’Alsace-Lorraine à la France…

 

Mais il existe de longue date une nouvelle forme du nationalisme allemand traditionnel : il est d’ordre monétaire. Elle est basée sur la nostalgie du D.Mark, alimentée par les fantasmes de l’hyper inflation de 1923 (due au fardeau insupportable des « réparations » de guerre) ou, plus proche de nous, par le redressement de la réforme monétaire Erhard. La chancelière actuelle souhaite sans nul doute conserver l’euro, mais il est douteux qu’elle y aurait adhéré comme l’a fait son prédécesseur Kohl. Et avec le dogme de l’indépendance de la Banque centrale. La pensée dominante est qu’il faut « punir les mauvais élèves » dans l’Union. C’est une forme à peine déguisée d’égoïsme national.

 

Ce n’est pas tout. Malgré une balance commerciale fortement excédentaire, l’Allemagne, déjà sous le chancelier Schröder, s’est lancée dans une politique de déflation salariale qui a été défavorable à l’équité du négoce intracommunautaire : en ce domaine comme en d’autres, il n’y a de gagnants que s’il y a des perdants…

 

Non au directoire franco-allemand et à la « règle d’or » !

 

A la faveur de la crise des dettes souveraines, et quitte à provoquer une récession générale qui semble s’annoncer, la droite au pouvoir entend en finir avec le prétendu « Etat providence ». Derrière les cogitations sur un nouveau traité, et sur une « règle d’or » consistant à graver dans les Constitutions nationales l’obligation de l’équilibre budgétaire ainsi conçu, il s’agit d’asseoir définitivement la dictature des marchés financiers et des agences de notation, en privant les autres Etats du droit de confectionner leur propre budget, voire du droit de préférer la hausse des impôts aux coupes dans les dépenses sociales qui atténuent les inégalités. L’appel à refuser ce brouet faussement « européen » que viennent de lancer en commun Jean Luc Mélenchon et Oskar Lafontaine doit être largement relayé, notamment pour la Belgique, car l’heure de vérité va sonner !

 

 

 Robert Falony

 

                                                                     

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 16:43

Vaclav Havel : pas si « démocrate » qu’on le dit !

 

On pleure dans les chaumières de « l’Occident » la disparition de Vaclav Havel que l’on présente comme un champion de la liberté et de la démocratie dans les pays de l’Est. Il fut, bien entendu, un « Européen convaincu » et un partisan acharné de l’économie libérale.

 

 

vaclav_havel.jpg

Vaclav Havel : néo-libéral et "Européen convaincu"

 

 

S’il fut incontestablement un dissident ferme et courageux à l’époque de la reprise en main de la Tchécoslovaquie par l’URSS, Vaclav Havel était un partisan acharné de l’ultralibéralisme. Il disait que tant que tout n’avait été privatisé, l’on n’était pas débarrassé du communisme… L’ancien président de la Tchécoslovaquie affichait un mépris total de la démocratie où il y décelait « le culte de l’objectivité et de la moyenne statistique » et fustigeait cette idée que l’on puisse réaliser des efforts sociaux rationnels et collectifs pour résoudre la crise environnementale.

 

 

Havel alliait un réel fanatisme néolibéral à une très forte dévotion religieuse : il appelait de ses vœux l’émergence d’une nouvelle race de dirigeants politiques qui s’appuieraient moins sur « une pensée rationnelle, cognitive », démontreraient « de l’humilité face à l’ordre mystérieux de l’Être » et « croiraient en leur propre subjectivité comme principal lien les unissant à la subjectivité du monde ».

 

 

Comme président de la république tchécoslovaque, puis tchèque, il a demandé un effort afin de sauver la famille chrétienne dans la nation chrétienne tchèque. Se présentant comme un homme de paix, et tout en prétendant qu’il ne vendrait jamais d’armes à des régimes oppressifs, il a vendu des armes à la Philippines et au régime fasciste en Thaïlande. En juin 1994, le Général Pinochet a été signalé en train d’acheter des armes en plein cœur de la République tchèque – sans qu’Havel ne nie les faits.

 

 

Comme bien des dirigeants ultralibéraux, Havel fit suspendre le parlement pour gouverner par décret, afin de mieux faire passer ses « réformes » libérales. Cette même année, il a ratifié une loi qui a fait de la défense du communisme un acte de trahison passible d’une peine de huit années d’emprisonnement.

 

 

Enfin, Vaclav Havel fit voter une loi criminalisant la diffusion de la haine nationale, religieuse et de classe. En effet, les critiques des grands intérêts financiers étaient désormais illégales, assimilées de façon injustifiable avec la bigoterie religieuse ou ethnique. Le gouvernement d’Havel a mis en garde les syndicats contre toute implication en politique.

 

 

Alors, Vaclav Havel, un champion de la démocratie ? Il convient de mettre plus que des nuances…

 

Cet article est basé sur un commentaire paru sur le site "Le Grand Soir.info" 

 

 

La guerre Horeca / IKEA

 

 

Tous les moyens sont bons pour garder son petit monopole. Le secteur Horeca est fâché sur la multinationale suédoise de commerce de meubles IKEA aux pratiques sociales quelque peu outrancières, parce qu’il y a dans chaque magasin, un restaurant pratiquant des prix bien moins élevés que les maisons de bouche classiques.

 

 

Pour protester contre cette pratique jugée déloyale, les délégués de l’Horeca ont « invité » des SDF de Bruxelles à un repas chez IKEA à Zaventem.

 

 

 

Ikea.jpg

La multinationale suédoise IKEA défie le secteur Horeca qui répond par l'exploitation de précarisés !

 

 

Le CPAS de Bruxelles s’est indigné à juste titre de cette exploitation éhontée de gens démunis à des fins de « guerre » commerciale. Dans l’esprit de cette corporation, les   « pauvres » sont un instrument à exploiter à des fins qui leur échappent. L’humain est réduit à un objet commercial… Il paraît que c’est le progrès !

 

 

Il est temps que le secteur de la restauration connaisse un véritable contrôle des prix dans un but social évident et afin de combattre le corporatisme qui revient en force.

 

 

Mais, chut ! Ne le dites pas à la Commission européenne : ce serait un sacrilège à l’égard de « la concurrence libre et non faussée »…

 

 

Bpost : 5000 emplois en moins grâce à la Commission européenne

 

 

Nous vivons l’ère de la « libéralisation », oui tout le monde sait cela ! Sauf Bpost, où la Commission rappelle à l’ordre le gouvernement belge parce que la distribution des journaux, effectuée par les vestiges de l’ancienne Poste – service public, n’est pas soumise à la sacro-sainte concurrence. Résultat : 5000 emplois menacés. Merci l’Europe !

 

 

La Commission va même plus loin : toute subvention à un service public pourrait être assimilée à « une aide d’Etat illégale ». Si vous ne le saviez pas encore, la très néolibérale institution européenne a décidé d’éradiquer les services publics.

 

 

Si nous voulons une réelle union des peuples européens, ce n’est pas cette Europe là !

 

 

berlaymont.jpg

Occupy Berlaymont, le siège de la Commission européenne, cela vous dit ?

 

 

Tiens, une petite idée à creuser : « Occupy » Berlaymont. Qu’en pensez-vous ?

 

 

Combat syndical : attention au découragement !

 

 

Le 2 décembre, grande manifestation des organisations syndicales à Bruxelles, le 22 décembre, grève nationale (essentiellement du secteur public…), ce furent incontestablement deux journées de grande mobilisation avec comme perspective une grève générale le 30 janvier 2012.

 

 

Cela n’a pas empêché le gouvernement « papillon » de faire passer en force le premier volet de son plan d’austérité, le volet pensions dont les premières victimes sont les femmes, sans pratiquement aucune concertation avec les partenaires sociaux.

 

 

 

greve_111222.jpg

Grève du 22 décembre 2011 : les travailleurs sont mobilisés !

Pour combien de temps ? (photographie Michel Van Hoorne)

 

 

En dépit de la mobilisation, c’est un échec : le mouvement syndical n’a pas réussi à créer le rapport de force. Il faut trouver une autre stratégie. Les manifs « promenades » et les grèves de 24 heures ne suffisent pas.

 

S’il n’y a pas une réelle négociation entre le gouvernement et les partenaires sociaux dans les prochaines semaines, donnant des résultats concrets, le découragement risque de s’installer chez les travailleurs et les allocataires sociaux. Et alors, il sera très difficile de les mobiliser.

 

Ce serait la porte ouverte à l’aventure.

 

 

Petite phrase

 

découverte dans le « Monde » du 29 décembre, dans un reportage sur Vukovar aujourd’hui après la guerre dite d’ex-Yougoslavie : les propos d’une jeune femme.

 

« Quand j’étais petite, je ne savais même pas que j’étais croate. Puis le temps de la haine et de la mort est venu. Aujourd’hui, on offre à nos enfants l’indifférence. ».

 

Remplacez le mot « croate » par n’importe quelle sous-nationalité revendiquant son « autonomie » et vous aurez la triste réalité de l’Europe d’aujourd’hui…

 

 

Pierre Verhas

 

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 10:15

 

Cliquez sur l'URL correspondant pour avoir l'ensemble de l'article.

 

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324483830&display=record

 

 

Assez c'est assez! Notre génération ne sera pas sacrifiée, ni jetable! Nous voulons un avenir décent, une formation de qualité et d'emplois et de réelles perspectives pour la vie! ", a déclaré le représentant des jeunes de la Confédération européenne des syndicats (CES), réunis dans une commission le 21 Décembre 2011.

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324484792&display=record

 

Opinie – Holle passages over defensie, ontwikkeling en buitenlands beleid in regeerakkoord (21.12.11)


De vorming van een nieuwe regering heeft 541 dagen geduurd. Voor de vredesbeweging was het vooral uitkijken naar de hoofdstukken buitenland en defensie in het nieuwe regeerakkoord. Op een aantal concrete aspecten -zoals de modernisering en de afslanking van ons leger- na, vallen toch vooral de vaagheid en de weinig concreet gemaakte verbintenissen op (zeker in tegenstelling tot de gedetailleerde communautaire hoofdstukken). Er vallen zelfs regelrechte contradicties in het akkoord terug te vinden.

 

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324552641&display=record

De crisis in het Blunderboek (22.12.11)


Het Rekenhof maakt duidelijk waar het geld, waarvoor we nu moeten besparen en inleveren, naartoe ging. Aldus een artikel van Danny Carleer op de website “Openbare Bank”.

 

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324830668&display=record

 

Un toit pour les sans-abri cet hiver ! (25.12.11)


Pour offrir un toit aux sans-abri cet hiver, la Ligue des droits de l’Homme vous propose une action simple : inciter votre Commune à réquisitionner les logements inoccupés et à les mettre à disposition des publics démunis.

 

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324830040&display=record

 

 

Oproep: Geen nieuwe oorlog in het Midden-Oosten (25.12.11)

 
 http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324832379&display=record


 

Soirée "Refaire le monde" autour du "Petit Dictionnaire amoureux des Socialismes" (25.12.11)


Le 24 janvier 2012 PAC Huy-Waremme et la Bibliothèque communale de Waremme vous proposent une soirée "Refaire le monde", dans le cadre des Mardis de Bibliothèque, autour du "Petit Dictionnaire amoureux des Socialismes" en présence des auteurs Jean Cornil, Anne Demelenne, Isabelle Grippa, Yvan Mayeur, Yanic Samzun et Olga Zrihen. Animation et modération du débat par Guy Coëme, Bourgmestre de la Ville de Waremme et Député fédéral.

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324834207&display=record

 

 

Les riches échappent toujours à l’impôt - Ce 4 Janvier: on boit le champagne à la santé des grosses fortunes! (25.12.11)


Le Réseau pour la Justice Fiscale* et Financieel Actie Netwerk** organisent un rassemblement à Bruxelles au « square des milliardaires » (à proximité du square du Bois qui se situe au bout de l’avenue Louise et à l’entrée du Bois de la Cambre) le mercredi 4 janvier 2012 à 10 H 30.

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=reportages&rec=1324848261&display=record

 

 

CADTM en ATTAC naar Raad van State tegen garantiestelling voor Dexia (25.12.11)


Er blijven burgerinitiatieven rond Dexia de kop opsteken. J’accuse nestelt zich in verschillende Vlaamse gemeenten en ook langs Franstalige kant is er actie. Initiatiefnemers CADTM, ATTAC Luik en ATTAC Brussel gaan bij de Raad van State in beroep tegen het koninklijk besluit dat de garantieregeling voor Dexia bepaalde.

 

 

http://www.lef-online.be/cgi-bin/csvdb.cgi?db=forum&rec=1324847291&display=record

 

 

 

Open brief aan Patrick Develtere, algemeen voorzitter van het ACW (25.12.11)

Mijnheer de voorzitter, nu de storm even is geluwd willen we toch nog eens terugkomen op de onverkwikkelijke Arco-affaire. In Visie (25/11/11) vraagt u zich af hoe we toch in het midden van die storm zijn terecht gekomen, welke lessen we daaruit kunnen trekken en hoe het nu verder moet met de – in de publieke opinie- zwaar belaagde christelijke arbeidersbeweging.

 



 



 



 



 


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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 10:22

La confusion mentale est pathologique quand on est seul,

normale quand on est plusieurs.

 

Paul Valéry

 

Que l’on me permette d’exprimer ici à la mode des réseaux sociaux, c'est-à-dire de manière émotive, superficielle et banale, un peu de sens commun sur notre époque chahutée.

 

La crise financière, avec ses répercussions économiques et sociales, frappe de manière brutale depuis septembre 2008 ,Etats, peuples et citoyens. Bien des analystes avaient prévu et dénoncé la spirale folle de la financiarisation sans fin du capitalisme. Aucun décideur n’y a crû. On communiait dans l’optimisme béat de la relance, de la croissance, du progrès et des bienfaits de la globalisation. Ceux qui prophétisaient la catastrophe étaient des pessimistes congénitaux, des oiseaux tristes de mauvais augures, des cassandres incapables de saisir la marche en avant de la modernité par le commerce, la consommation et les technosciences. Et le débat politique se tenait en lisière de l’économie, sur les faibles divergences à propos des faibles marges des faibles redistributions des richesses.

 

Brutalement surpris, les décideurs ont tenté dans l’affolement de colmater les brèches avec les recettes classiques de Keynes, le sauvetage des banques, l’équilibre budgétaire des comptes publics, la protection de l’épargne des citoyens, la défense du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, plus de trois ans après l’effondrement de la logique de l’emballement financier, rien, à quelques détails près, n’a changé. Le superbe documentaire de Charles Ferguson, Inside Job, l’illustre à merveille : les responsables américains de la dérégulation, des profits gigantesques, des produits financiers et de la crise « systémique » sont à la Maison blanche, augmentent encore leurs bonus, n’ont fait l’objet d’aucune poursuites judiciaires. Mais la misère, le chômage, le désespoir, la faim se sont accrus de manière vertigineuse. Quelles leçons simples en tirer ?

 

Un, l’incapacité du politique à anticiper la civilisation à venir. Rivés sur le court terme, sans schémas intellectuels ou conceptuels à l’exception de l’incantation de quelques valeurs, esclaves de l’économie de marché et des agences de notations, figés par la tyrannie de la réalité, où sont les visions du monde, les espérances et les émancipations ?

 

Deux, la dictature de l’économie comme pensée dominante et cadre mental univoque de nos temps contemporains. L’économie libérale néoclassique a pénétré, consciemment ou inconsciemment, les modes de raisonnements, les grilles d’analyse du réel, le pouvoir décisionnel et les options politiques par une extraordinaire servitude volontaire aux principes du désenchantement du monde, de la raison instrumentale et de l’individualisme possessif. Aurait-on oublié les expériences alternatives, les utopies fondatrices, les ressources infinies de la pensée complexe, les vertus de la puissance publique, du bien commun, de l’intérêt général ?

 

Trois, le triomphe de l’injustice. Prospérité de la misère des affamés victimes de la géopolitique spéculative des terres aux licenciés broyés par les délocalisations, le renchérissement des prix de tous les produits de première nécessité, et par le tout nouveau dogme de l’équilibre des budgets publics. La dette, publique ou privée, comme un péché quasi religieux. A quand un revenu d’existence ou une nationalisation des secteurs essentiels à notre » vie bonne « ?

 

Quatre, la stupéfiante inversion des enjeux cardinaux de notre être au monde. La question socio-économique qui, à nouveau, masque le climaticide en cours, l’effondrement programmé des océans, la rareté foudroyante des ressources vitales pour sept milliards de terriens, le dérèglement dramatique des écosystèmes. L’échec de Durban, que pèse-t-il dans les consciences face au débat sur la règle d’or, l’âge de la retraite ou l’écume des querelles partisanes ?

 

Cinq, l’incapacité à construire un paradigme alternatif quand tous les indicateurs clignotent sur le devenir de l’humain. De la petite phrase et du divertissement, de l’immédiateté et de l’urgence comme seuls horizons collectifs. Faudra-t-il les souffrances tragiques pour l’éveil des esprits ? Fukushima pour sortir du nucléaire ? Trente années de dictature pour un printemps des peuples ? Le dénuement généralisé pour l’insurrection ? Des pluies torrentielles pour transformer nos modes de vie ?

 

Edgar Morin écrit : « Le probable est la désintégration ». Mais « là où gît le péril, croît aussi ce qui sauve  ».Point d’interrogation ?

 

Jean Cornil

 

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 13:38

Oskar Lafontaine, Président de « Linke » (Allemagne) et Jean-Luc Mélenchon, Président du Parti de gauche (France)  et candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle, se sont rencontrés à Strasbourg le 14 décembre dernier.

 

Ils lancent un appel aux peuples européens dénonçant le désastre vers lequel nous mènent les dirigeants actuels de l’Union européenne.

 

Cet appel peut être à l’origine d’un grand rassemblement populaire alternatif, en vue d’une manifestation européenne de grande ampleur qui devrait avoir lieu en octobre 2012.

 

Mobilisons-nous !

 
meluche-lafontaine.jpg
 Jean-Luc Mélenchon et Oskar Lafontaine à Strasbourg, le 14 décembre 2011    
Les dirigeants actuels de l’Union Européenne
nous mènent au désastre !
 
ADRESSE AUX PEUPLES EUROPEENS
JL Mélenchon (France) et Oskar Lafontaine (Allemagne)
 
     
 

Les dirigeants actuels de l’Union Européenne nous mènent au désastre !
 

Pendant des années, ils ont donné toujours plus de pouvoir à la finance. Le bilan est catastrophique. L’environnement est sacrifié. Le chômage explose. Les salariés sont pressurés et appauvris. L’économie réelle est prise en otage par les banques.

 

 

A présent, au nom de la crise qu’ils ont provoquée, les gouvernements européens veulent continuer et aggraver les politiques d’austérité. Sous la pression d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, ils ont décidé d’écrire un nouveau traité qui retirerait aux peuples européens le droit de décider librement de leur budget afin d’imposer partout la rigueur. Aucun d’eux n’a prévu de demander l’avis au peuple sur un texte aussi fondamental. C’est la fuite en avant dans l’Europe austéritaire. Parce que l’Europe ne peut se faire sans ni contre les peuples, nous exigeons la convocation de referendums sur ce traité dans nos pays.

 

 

Sarkozy et Merkel veulent généraliser à toute l’Europe le désastreux Agenda 2010 qui a si cruellement dégradé la situation des travailleurs allemands. Leur objectif est d’aggraver la concurrence entre les salariés européens pour niveler vers le bas les droits qui ont fait de l’Europe la région du monde la plus avancée socialement. Cette stratégie jette volontairement les peuples européens les uns contre les autres. Sarkozy et Merkel n’hésitent pas d’ailleurs à souffler sur les braises du nationalisme et de la xénophobie, au risque de rouvrir de vieilles blessures. Les amis de Merkel parlent d’obliger les Grecs à vendre leurs îles. Sarkozy traite de pilules empoisonnées les nouveaux entrants dans la zone euro. Ces propos provocateurs visent à détourner la colère des peuples des vrais responsables, les banques, la finance et les dirigeants politiques qui leur ont abandonné le pouvoir. Nous vous appelons à la résistance de toutes vos forces contre ce recul de notre civilisation européenne.

 

 

Nous vous appelons à ne pas tomber dans ce piège qui menace la paix en Europe. Tous ensemble, préservons notamment l’amitié entre nos deux peuples, les Allemands et les Français, car c’est la condition de la paix pour l’Europe toute entière.

 

 

Comment garantir la paix en Europe ? La paix ne se décrète pas. Elle se construit, par la coopération entre les peuples, au service de tous. Elle est incompatible avec la domination arrogante de deux chefs de gouvernement sur tous les autres. Elle a besoin de s’appuyer sur une politique menée au service de l’intérêt général européen. Il est temps de gouverner pour satisfaire les besoins et aspirations de la grande masse de la population et donc des salariés d’Europe : partage des richesses, défense et élargissement du droit à une retraite décente, relance des services publics, éradication de la précarité, lutte implacable contre la pauvreté et les inégalités, transition écologique.

 

 

Salariés européens, ne vous résignez pas ! La finance ne peut rien face à des peuples déterminés. Car la vraie richesse est le fruit du travail humain. En se mobilisant, les salariés européens peuvent siffler la fin des orgies financières. Et commencer sans tarder à construire un monde enfin humain.

 

 

Le 14 décembre 2011 à Strasbourg

 

Jean-Luc Mélenchon,
Candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle
Oskar Lafontaine,
fondateur de Die Linke

 

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 10:52

Une semaine aura suffit pour que s’évanouisse « l’état de grâce » du Premier ministre.

 

La concertation sociale à la belge, déjà moribonde, vient de recevoir le coup de grâce – dans le sens opposé - avec l’accélération des mesures antisociales qui, sous la houlette du ministre Open VLD Van Quickenborne, ont mis le feu aux poudres.

 

Les syndicalistes pouvaient dire : « Eux c’est eux, et nous c’est nous ». Maintenant, la direction du PS est frontalement en opposition avec la FGTB et l’ensemble du monde syndical.

 

Ce n’est même pas un jugement, c’est un constat…

 

Que valent les principes face à la soumission aux marchés financiers ? Tous à plat ventre devant les agences de notation US, « AAA, Aah ! ». Devant le tandem Merkel-Sarkozy brandissant sa règle d’or, qui est une stupidité, et qui d’ailleurs va casser.

 

Ils ont clairement choisi la voie de la récession. Espérons encore pour le chef du gouvernement qu’il n’est pas candidat à la succession de Papandréou et de Zapatero…

 

 

Castor

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 16:32
 

 

 

Pour avoir le texte complet d’un article, cliquez sur le lien correspondant.

 

Ces communiqués émanent du mouvement LEF – FGE (Links Ecologisch Forum - Forum Gauche Ecologie)

 

 

 

Rencontre à Cracovie (Pologne), plus de 100 syndicalistes au sein de la Confédération européenne des syndicats (CES) de toute l'Europe ont lancé un appel fort pour une nouvelle stratégie de l'UE sur la santé et la sécurité. Les syndicats ont également vivement rejeté les tentatives d'exempter les micro-entreprises à partir des règles de l'UE au nom des mesures de crise. (en anglais)

Les Chrétiens pour le Socialisme organise ce samedi, 21 Janvier 2012 à Anvers, une étude du matin avec Egbert et Eric Goeman Rooze.

Bruxelles, le 13 décembre 2011 (CSI En Ligne) : Le mouvement syndical international s’est déclaré déçu des résultats des négociations de Durban sur le changement climatique, qui malgré un consensus sur l’établissement d’une plateforme pour la poursuite des pourparlers entre les parties prenantes, a manqué de déboucher sur des garanties en matière de réduction des émissions, telles que recommandées par les milieux scientifiques pour empêcher une catastrophe climatique.

Pour la Confédération européenne des syndicats (CES), Durban a réussi à sauver le processus, l'Europe s'est montré à être responsable, mais il reste beaucoup à faire pour s'attaquer au problème du changement climatique. Face à cette situation, la CES appelle l'Europe à adopter rapidement un «New Deal durable" en encourageant l'investissement qui devrait conduire à une économie sobre en carbone capable de créer des emplois de qualité.

 

 

Bruxelles, le 14 décembre 2011 (CSI En Ligne) : Le mouvement syndical international a lancé une mise en garde quant au risque de voir la libéralisation du commerce accentuer la crise et les difficultés sociales en période de hausse du chômage et d’austérité.

 

La FGTB, la CSC et la CGLSB veulent une concertation avec le gouvernement fédéral et les employeurs: une plus juste la réforme et une politique crédible pour des emplois meilleurs et plus nombreux. Un préavis est déposé pour une grève générale et / ou des grèves sectorielles plus tard le lundi 30 Janvier, 2012.  

 

 

 

Bruxelles, le 15 décembre 2011 (CSI en ligne): La Confédération Syndicale internationale a averti les participants à la première réunion du Groupe de travail du G20 sur l’emploi à Mexico que si le travail décent n’est pas garanti aux millions de jeunes qui accèdent au marché du travail mondial chaque année au cours de la prochaine décennie, une bombe à retardement sociale risquera d’exploser.

 

 

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 20:29

 

Egypte

 

L’aile démocrate laïque de la révolution égyptienne a un problème : face à l’émergence des Frères musulmans, doublés par des « durs » salafistes, doit-elle continuer à faire bloc avec eux contre l’armée, ou bien les considérer désormais comme l’adversaire principal ? Et quel est le moyen terme ?

 

En Iran, il y a plus de trente ans, ceux qui ont abattu le régime impérial ne se sont pas retrouvés au pouvoir, la révolution a été confisquée par les ayatollahs…

 

Congo

 

Le drame des élections en RDC est que les clivages sont d’abord ethniques et régionaux. Les résultats qui ont donné Joseph Kabila vainqueur sont sans nul doute entachés de fraudes massives. Mais, même si ce n’avait pas été le cas, Kabila eut dominé dans la partie orientale du Congo, mais pas à Kinshasa, l’Equateur, une partie du Kasaï. Dans un système aussi abrupt qu’une élection présidentielle à un seul tour, l’un et l’autre seraient « mal élus ». Comme Colette Braeckman, du « Soir », qui demeure la meilleure informatrice de la presse belge sur le Congo, l’a énuméré à propos de Kabila.

 

Etienne Tshisekedi, opposant historique à Mobutu (le mauvais génie qui a conduit le « Zaïre » au naufrage) mérite d’être entendu par les capitales occidentales : celles-ci, du moins formellement, paraissent plus soucieuses de démocratie qu’avant. Mais il est  un opposant « de type parlementaire », sans prise sur l’appareil répressif du système corrompu identifié à Kabila.

 

Puisque l’UDPS en appelle à « la communauté internationale », celle –ci doit entamer une sérieuse révision de sa politique « réaliste » en Afrique centrale, par trop conciliante avec les exploiteurs  des ressources du Congo,  ces lobbies au service des Etats riverains, ou d’obscurs intérêts capitalistes.

 

Russie

 

Le mouvement de protestation contre les fraudes massives qui ont marqué les élections législatives du 4 décembre a culminé avec d’énormes foules dans les rues le samedi 11 décembre. On peut prévoir qu’il ne s’arrêtera pas. Du jamais vu depuis plus de vingt ans.

Cette mobilisation, à l’instar de ce qui s’est passé dans le monde arabe, semble surtout s’effectuer par le biais des réseaux informatiques. Une autre similitude est que les protestataires représentent plutôt les couches moyennes et éduquées de la population urbaine, indignées contre la corruption et l’autocratie du système Poutine.

 

Au-delà de cette « base commune », on cherche en vain une direction politique évidente : les communistes traditionnels étaient là avec leurs drapeaux, comme d’autres, anarchistes, monarchistes,  mais aussi les « libéraux » en quête d’une économie de marché « honnête ».

Selon nos informations (source J.M.Chauvier), le lieu initial du rassemblement  de Moscou      avait été la statue de Marx, mais avait été déplacé par accord entre le leader libéral Boris Nemtsvov et les autorités.

 

Il parait acquis que des ONG russes reçoivent un appui d’une fondation américaine, mais ceci est dérisoire quand Poutine veut tout expliquer par « la main de l’étranger », vieux truc utilisé par tous les régimes en difficulté.

 

R.F.                                                                                                      

 

 

 

 

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