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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 14:24

Question de vocabulaire...

 

Le vocabulaire politique officiel est truffé de mots qui masquent des contre-vérités et des faux semblant. On sait comment il faut traduire la "compétitivité" ou les "réformes", des mots clés du libéralisme économique. A ce vocabulaire, il faut en opposer un autre.

 

Prenons le cas du mot "Europe". En dehors du sens géographique, ce mot est censé désigner la construction européenne, cette tour de Babel. Il faut dire en réalité la "non Europe", car cette construction est tout sauf fédéraliste. Elle est intergouvernementale. L'ensemble constitué par le Conseil des ministres, la Commission, la BCE, le Parlement, toute cette lourde machinerie au service du grand capital mérite d'être appelée "eurocratie". Les fédéralistes ne s'y reconnaissent pas.

 

Islamisme: pas moyen d'y échapper, parce qu'il y a bien un rapport entre une religion et ses intégristes. Tous les autres termes , "djihadisme", salafisme, sont trop restrictifs, et ne rendent pas compte de ce qui est un prosélytisme conquérant à visages multiples. Dans le cas du pseudo "Etat islamique", mieux vaut utiliser son nom arabe, Daech. Quant à "radicalisation", cela peut se rapporter à n'importe quoi, "gauche radicale"...   

 

RF

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 17:08

 

Les profits d'abord, le climat ensuite !

 

 

La conférence sur le climat devait être le seul sujet de cet article, mais la vague terroriste qui a frappé la France s'est inscrite en surimpression sur l'évènement. Quel symbole des folies du monde ! D'un côté le rassemblement des dirigeants de la planète, tiraillés entre la certitude qu'on va vers le désastre et la pression des intérêts capitalistes liés aux énergies fossiles, d'abord le profit et le "développement" ! De l'autre, la dérive criminelle d'individus asociaux, petits délinquants dont le cerveau primitif s'est mis au service d'un islamisme réactionnaire et dégénéré, tirant ses moyens de trafics mafieux.

 

 

Les décennies perdues...

 

 

Déjà à Rio en 1992, il s'agissait de "sauver la planète"! Que de temps perdu depuis un demi-siècle, quand les premiers signes d'une dégradation se manifestaient. C'est alors qu'on aurait du foncer vers l'énergie solaire et les éoliennes. Au lieu de cela, de Kyoto (1997) en Copenhague (2009) les gouvernements se sont contentés de demi-mesures et de cotes mal taillées. On a instauré un marché du CO 2, avec un droit d'émission... La parole des experts en climat a été contestée, contredite. Encore maintenant, aux Etats-Unis, les climato-sceptiques sont en force dans le parti Républicain. Le lobby du pétrole et du gaz demeure puissant, même si le capitalisme a fini par investir dans les "énergies vertes". Celui du charbon n'a pas dit son dernier mot.

 

 

La COP 21 n'échappera sans doute pas au genre de réussite qui consiste à se fixer des objectifs chiffrés dont on sait qu'ils ne seront pas atteints, puisqu'ils ne seront pas juridiquement contraignants. Les plus gros pollueurs que sont les Etats-Unis et la Chine (celle-ci est maintenant en tête) n'acceptent pas de contraintes, ni beaucoup d'autres. L'objectif affiché de maintenir l'élévation de la température moyenne sur le seuil de + deux degrés apparait déjà comme presque impossible à atteindre. Elle menace d'être de quatre à cinq degrés. Et les années "les plus chaudes" commencent à se suivre avec une quasi régularité.

 

 

Effets connus, expérimentés...

 

 

Les effets du réchauffement sont déjà bien connus: la Californie, l'Australie, deviennent la proie de la sécheresse et des incendies. La désertification progresse en Afrique. Les banquises polaires fondent, ouvrant de nouvelles routes maritimes. Les cyclones tropicaux se font plus violents. L'élévation du niveau de l'océan commence à submerger les fragiles archipels du Pacifique. La déforestation sévit en Amazonie, en Indonésie. Des espèces animales disparaissent. Les déchets de la société de consommation, ses matières plastiques, s'amoncellent dans les océans. Les subtils équilibres de la nature sont menacés.

 

 

Pour un autre modèle de développement

 

 

Les pays "en développement" doivent certes être aidés à réussir leur transition énergétique. Mais le "développement" en question n'est pas le meilleur modèle. Prendre comme point de départ la situation climatique antérieure à l'ère industrielle, c'est mettre en question le mode de production intensive du capitalisme, son gaspillage des ressources de la nature. C'est alors que l'espèce humaine a commencé de rompre avec son milieu naturel. La création des richesses aurait pu prendre des formes plus douces, plus respectueuses de l'environnement Et c'est ce "modèle" que l'on continue de célébrer, que les ex-pays "socialistes" ont indûment voulu reproduire, et qui est précisément le plus énergivore! Produire autrement, consommer autrement: cela est -cela devrait être- le sujet central de la conférence de Paris.

 

 

Robert Falony

 

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 09:03

 

Ce que Paris a vécu en cette horrible soirée du 13 novembre est, à l'échelle de la France, l'équivalent du 11 septembre 2001 de New York. Une agression frontale contre les valeurs de la République, sous la forme du terrorisme intégral, sans même le prétexte utilisé contre "Charlie hebdo" en janvier dernier. En même temps, la population a vécu ce que vivent si souvent les habitants de Bagdad, de Kaboul, de Peshawar... ce que fuient une bonne partie des migrants.

 

Dire cela n'est pas minimiser la souffrance éprouvée. Aux morts s'ajoutent les mutilés à vie, la douleur des familles. Pour les auteurs autochtones de cette barbarie, la Syrie n'est qu'un prétexte. Oui, il s'agit d'une guerre, mais d'abord d'une guerre des valeurs. Daech, au delà des circonstances qui l'ont fait surgir et dans lesquelles les Etats-Unis de Bush ont, avec l'Irak, une large part de responsabilités, représente une fraction dégénérée de l'Islam, une dérive mortifère, suicidaire, mais alimentée par les mafias, les affairistes de tout poil. Cette idéologie a des points communs avec le nazisme. Le califat doit être détruit.

 

Doutons que ce soient la Turquie ou l'Arabie saoudite qui l'entreprennent. Ce qu'on nomme la coalition continuera sans doute d'opérer sur une jambe...

 

R.F.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 09:32

 

L'islamisme en travers de la démocratie

 

L'islamisme - défini comme conquérant et guerrier - est en travers de la démocratie. Il a fortement contribué à l'échec des "printemps arabes". On peut en faire la démonstration géographique en partant de l'ouest. En Tunisie, les attentats du Bardo et de Sousse avaient pour objectif de miner le projet démocratique et laïc dans le seul pays où la révolution a conservé une base, un projet que les islamistes détestent tout particulièrement...

 

La Tunisie est très affectée par la situation libyenne. Le gouvernement de Tripoli, dominé par le courant islamiste, représente ce type de sectarisme qui, après la chute de Kadhafi, et sous couleur d'épuration, a démoli l'appareil de l'Etat et instauré la loi des milices, jusqu'a faciliter l'installation du pseudo "Etat islamiste" dans la région de Syrte. Tous les efforts pour fusionner les autorités de Tripoli et celles de Tobrouk, plus démocratiques et plus légitimes, ont échoué jusqu'à présent...

 

En Egypte, le camp révolutionnaire, divisé et inexpérimenté, n'a pas compris, durant la première période, que son ennemi principal, c’était les Frères musulmans. Il a contribué ainsi, au moment décisif du second tour de l'élection présidentielle qui a donné une majorité à Morsi (Juin 2012) à ouvrir l'expérience lamentable du gouvernement des Frères. Rien ne fut dès lors plus facile, pour l'armée, que d'y mettre fin au bout d'un an, et de se réinstaller au pouvoir avec l'homme fort Al Sissi. On peut certes dénoncer les exactions de ce nouveau régime militaire. Mais la violence qu'il a déployée dans la répression des Frères est à la mesure de ce qu'a été leur propre violence insurrectionnelle. Entre deux maux, choisir le moindre...

 

Turquie: la droite religieuse remise en selle

 

En Turquie, Erdogan a réussi son pari de retrouver sa majorité absolue perdue en juin, en sièges si pas en voix. (49,4%). La campagne électorale qu'il a orchestrée s'est déroulée dans un climat de peur, d'intimidations, de violence, de dénis de démocratie. La marque typique des islamistes. Car Erdogan, qui se rêve en sultan, en est un: seul des gogos en firent un "modéré". Toute l'action de son parti AKP vise à effacer l'œuvre laïque du kémalisme. Sa complaisance envers le califat islamique a été notoire, et son action contre le "terrorisme" a visé bien plus la cause kurde en Syrie, et en Turquie même, que l' E.I. Notons que malgré la terrible pression des conservateurs, le parti HDP a réussi à se maintenir au Parlement comme la meilleure expression de la démocratie en Turquie. Un Erdogan "rassuré" sera-t-il plus maniable ?

 

En Syrie, l'intervention militaire de ce qu'il faut bien appeler l'impérialisme russe a encore réduit les faibles chances d'une pacification. C'est une extension de la guerre, et on ne peut se méprendre sur le sens véritable d'un engagement militaire américain parallèle, même réduit à une toute petite force. Le soulèvement démocratique contre l'abominable dictature du clan Assad a été instrumentalisé par les islamistes, vampirisé par l'Arabie saoudite, le Qatar...Finalement, l'E.I. est le meilleur ennemi de beaucoup! Il a peu à craindre d'une armée irakienne détruite par l'agression américaine de l'administration Bush, et incapable de reprendre Mossoul.

 

En résumé, le malheureux peuple syrien est victime, depuis que dure cette guerre, des intérêts particuliers et contradictoires de toutes les puissances qui sont partie au conflit: Téhéran, Ankara, Moscou, Washington... Il n'y a aucune autre perspective que de revendiquer des cessez-le feu reconductibles, des couloirs humanitaires, et d'esquisser la solution politique...

 

 

Robert Falony

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 16:39

 

"Souverainisme" face à l'Europe : confusion à gauche

 

Face à l'opposition croissante et combien justifiée envers l'Europe du grand capital et la dictature budgétaire qu'elle exerce- et dont la Grèce a été la principale mais non la seule victime- une partie de la gauche se retrouve à une sorte de carrefour. "Le Monde" du 20-21 septembre consacrait toute une étude à ces ratiocinations dont les intellectuels parisiens raffolent, et dont une partie sont soupçonnés de faire maintenant le jeu du Front national. Le cas Jacques Sapir est le plus pendable, mais laissons là les jeux narcissistes. La controverse de fond porte sur le mot "souverainisme", et sur ceux qui seraient tentés par une sorte d'alliance "objective" avec la droite "souverainiste". Quelle confusion !

 

D'abord sur le sens même des mots: la "souveraineté du peuple" est une abstraction universelle, elle devrait unir les nations et donner le même sens au mot "démocratie". La "souveraineté nationale", c'est toute autre chose, c'est même le contraire. C'est la vieille "patrie" qui s'approprie jusqu'à votre vie, et vous oppose par la naissance aux autres peuples, c'est l'Etat vindicatif envers les autres nations. N'ignorons pas qu'il y a une composante de gauche, de nos jours, parmi les indépendantistes écossais ou catalans. Mais ce sont des vendeurs d'illusions. Ils ont déserté le terrain de la lutte de classe au profit d'une vieille utopie, qui dissimule souvent une certaine forme d'égoïsme collectif.

 

Sortir de la zone euro et de son carcan ? En quoi serait-ce un progrès ? Pour en revenir à la vieille spéculation monétaire intra – européenne ? Mieux vaut revendiquer la mutualisation des dettes dans la zone euro, non pas le retour à des monnaies nationales qui seraient pour la plupart dévaluées.

 

Le pire est cependant la fascination qu'exerce sur les esprits faibles le discours populiste de droite, tout pétri de haine, du Front national, avec ses faux accents de gauche. Tel le national-socialisme de la grande dépression... (Celle qui est devant nous ?). Le Front national est la dernière carte à jouer du grand capital. En quoi menace-t-il les sociétés multinationales ? Entre Le Pen fille et Le Pen père, il n'y a qu'une querelle de famille, d'ego. Une Marine Le Pen à l'Elysée, ce serait d'une manière ou d'une autre la fin des libertés démocratiques en France, à la faveur de la Constitution "monarchique" instaurée par De Gaulle pour lui-même, sottement face à l'avenir, et que Mitterrand a perpétuée.

 

La construction européenne, cette tour de Babel toujours inachevée, est une fausse Europe, mais une vraie machinerie néo-libérale. Le parlement à pouvoirs réduits est élu selon des procédures nationales et est dominé par la droite. La Commission émane des gouvernements, et le Conseil des ministres fonctionne à l'intergouvernemental. Bien avant la fatale catastrophe de l'effondrement du bloc de l'Est, l'Europe occidentale avait déjà renoncé à toute vocation fédéraliste.

 

La gauche ne doit pas perdre sa mémoire historique. Il a existé un mouvement socialiste pour les Etats-Unis d'Europe, dont les militants ne voyaient pas d'avancée vers le socialisme dans les cadres nationaux étriqués. Avaient-ils tort? Certes, et avant tout, toute question européenne doit être envisagée "d'un point de vue de classe". Mais pas d'un point de vue national ! Les néo-souverainistes "de gauche" font fausse route !

 

Robert Falony

 

Ps. Les élections portugaises viennent de voir le recul de la droite et la gauche radicale à 18%.

 

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 21:33

 

Au printemps, les experts autoproclamés en économie assuraient que la "reprise" était là, alors que tous les signaux confirmaient une situation contraire, la déflation à l'échelle mondiale, la chute du cours des matières premières, la récession chinoise. Pour la Belgique, le Bureau du plan vient de revoir à la baisse la prévision d'une croissance anémique, un pour cent et une petite virgule au mieux. Masquer la réalité, ce n'est pas mentir? Le gouvernement Michel et consorts ressasse qu'il va créer des emplois. Il y a ...moins de faillites, moins de licenciements. Son frère jumeau, le gouvernement flamand, veut délester la VRT de près de 300 emplois, bel exemple de mauvais coup contre le service public. Avec de la privatisation en embuscade. L'avenir de l'usine Audi de Forest n'est pas assuré.

 

Le chômage régresse? Pour la FGTB, "les 25.993 allocataires d'insertion exclus du chômage de janvier à aout doivent être comptabilisés comme demandeurs d'emploi (...). Le chômage n'a donc pas diminué de 24.858 unités sur une base annuelle. En réalité, il a augmenté de 6.379 unités". Sans compter les chômeurs sanctionnés ou exclus. Cela donne un total de 633.000"sans travail" dans ce pays...

 

Il faut suivre de près les activités des ministres NVA. Celui des Finances bataille contre les maigres dispositions d'une introuvable "taxe Tobin" à l'échelle de l'Europe. Celui de la Défense fait le matamore face à la situation syrienne, suggère d' envoyer des forces belges. Toujours de la surenchère! Ceci nous amène à la crise des migrants - ou des réfugiés, selon les cas d'espèce.

 

La crise des migrants.

 

Migrants économiques, réfugiés de guerre. Sans revenir ici sur le fond du sujet (1), les autorités belges ont été prises au dépourvu autant que les autres en Europe, incapables de prévoir que les digues allaient céder en Turquie , au Liban et en Jordanie. Le" politiquement correct" est tombé du bon côté, avec ce miracle de la transfiguration, Angela Merkel , marâtre du peuple grec, devenant une bonne mère des réfugiés. Du moins pour commencer. Car le système de Schengen s'est bel et bien effondré. Les bénévoles ont suppléé tant bien que mal aux carences de l'Etat, à la routine bureaucratique, "Si on ne peut accueillir toute la misère du monde, au moins en prendre sa part".

 

Une nouvelle ligne de division n'en est pas moins déjà visible au sein du gouvernement, l'Open VLD, avec De Croo et Rutten, courant derrière la NVA. Car ceux là savent bien que cette crise, derrière les bons sentiments initiaux, va renforcer le courant populiste et xénophobe. De même, il y a quelque chose de suspect dans l'empressement des organisations patronales à venir en aide aux migrants, côté emplois. Une abondante réserve de main d'oeuvre à bon marché? Une pression à la baisse des salaires ? Quoi qu'il en soit, pour le meilleur -la solidarité vraie- et pour le pire, cette nouvelle forme de crise va accroître les tensions au sein de la société. Elle va radicaliser des deux côtés.

 

Et à gauche?

 

A gauche, et à gauche de la gauche, l'heure doit être à l'union contre le gouvernement des droites, contre le libéralisme sous toutes ses formes- guerre à Uber!- et non au sectarisme. Tant mieux si le PS gauchit son discours, inspiré par ce qui se passe ailleurs en Europe. Ne vendons pas des illusions: il n'y aura pas en Belgique de Syriza ou de Podemos, de ce côté le terrain électoral est solidement occupé par le PTB. Pour les autres, diffuser des idées innovantes n'est pas une tâche dérisoire !

 

Robert Falony

 

(1). "Lettre socialiste" d'avril. Ce qu'il faut ajouter: l'attitude des gouvernements des pays de l'Est est particulièrement odieuse, et conforte la thèse selon laquelle ils n'auraient pas du être admis dans l'Union européenne après l'effondrement du bloc soviétique; on disait à l'époque: "Ne pas élargir sans approfondir".

 

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 23:02

 

Terreur nucléaire et guerres "de basse intensité"

 

Septante ans après le bombardement atomique d'Hiroshima et de Nagasaki, qui faisait entrer l'humanité dans une ère nouvelle (anniversaire évoqué en gommant toujours le nom d'Harry Truman qui était le signataire de cette horreur) il n'y a qu'une seule réalité fondamentale: l'équilibre dans la terreur. Sauf qu'il y a maintenant neuf Etats détenteurs de cette arme absolue, en y comptant Israël et la Corée du Nord. Et que le récent accord avec l'Iran vise à ne pas y ajouter un dixième.

 

Parce que tout utilisateur de l'arme atomique sait que la riposte aurait lieu dans l'heure, jusqu'à l'anéantissement réciproque, l'hypothèse d'une troisième guerre mondiale n'est plus tellement rangée dans les "futurs possibles" de l'espèce humaine. Pourtant, on entend à nouveau les bruits de botte et les discours de haine, les gesticulations guerrières se multiplient, démonstrations de force et gestes d'intimidation. Le nationalisme imbécile - c'est un pléonasme- se porte bien. Partout il y a des fanatiques qui, pour leur "cause sacrée", seraient prêts à déclencher l'apocalypse. De plus, l'évidence que, depuis 2008, la "crise" est récurrente rend toujours plausible la guerre comme "continuation de la politique par d'autres moyens". Bref, sans l'équilibre dans la terreur, la troisième guerre mondiale aurait pu éclater en dix occasions. A défaut, les aventuristes au pouvoir se sont rabattus sur ce que les experts appellent les "guerres de basse intensité". Sauf pour les victimes, comme en Syrie. Voyons les trois foyers d'affrontement.

 

Ukraine, Moyen Orient, confins de la Chine...

 

La thèse défendue ici ne change pas: vouloir arrimer l'Ukraine à l'Union européenne, voire à l'Otan, était une erreur fondamentale s'agissant d'une aussi grosse partie de l'espace postsoviétique, inextricablement mêlée à l'Histoire de Russie. On ne pouvait jouer que la neutralisation de l'Ukraine, éviter d'alimenter le nationalisme russe revanchard de Poutine. Celui-ci nourrit, avec le concours de l'extrême-droite ukrainienne, une "guerre de basse intensité" dans cette zone du Donbass où sévit un tenace irrédentisme prorusse. Notons en passant que la dette de l'Ukraine vient d'être allégée par les Occidentaux de 20%. Le gouvernement grec de Tsipras apprécie...

 

Tandis que l'Union européenne s'accroche maintenant aux accords de Minsk, et que Poutine a d'autres soucis, d'ordre économique et financier, Moscou et Washington se complaisent, dans le ciel et sur terre, à des activités militaires intenses, qui sont de la dangereuse bravade. La question est maintenant de savoir s'il pouvait y avoir, et s'il y a encore, dans les rapports entre les deux superpuissances, un lien entre la problématique ukrainienne et l'incendie général au Moyen Orient. Au niveau de la géopolitique, elle est complexe.

 

Syrie, Kurdistan, Irak, Yémen, et au delà Afghanistan: l'incendie est général. En Irak, l'invasion de Bush et Blair y fut pour quelque chose. En Syrie, la guerre laisse en présence le régime abject d'Assad, soutenu par Poutine et Téhéran comme la corde soutient le pendu, et des forces rebelles à dominante islamiste à des degrés divers, jusqu'aux hallucinés du califat. Ici, la prudence de l'administration Obama a confiné à l'inaction: il aurait fallu au moins imposer une zone d'exclusion aérienne. Et la Turquie d'Erdogan joue la politique du pire contre les Kurdes, contribuant, avec l'Arabie saoudite (1) au Yémen, au chaos général. Face aux désastres qui minent le "communisme" chinois, effondrement boursier et usines qui explosent, le régime réagit par la surenchère nationaliste: revendications territoriales, étalage de puissance militaire. En face, le Japon de Shinzo Abe lui donne la réplique....

 

Robert Falony

 

(1). Qui, elle, n'accueille pas de réfugiés...

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 20:24

 

Le gouvernement Michel est aujourd'hui un gouvernement banalisé, avec l'aide des médias et de cette presse dite de référence qui a toujours un pied dans un camp et un pied dans l'autre. Banalisé malgré le poids écrasant de la NVA et son orientation ultralibérale. En termes institutionnels et dans un système fédéral dit d'union, on en vient à se demander par quel étrange oubli les artisans des précédentes réformes de l'Etat ont négligé de prescrire l'exigence pour tout gouvernement national d'avoir une majorité parlementaire dans les deux communautés, flamande et francophone. Ce qui s'est passé en 2014 devait leur paraître inimaginable... Banalisés aussi les ministres de la NVA, entrés dans le costume de serviteurs de l'Etat belge. L'actualité les met en vedette. Théo Francken, préposé à l'asile et la migration, réussit à faire oublier ses propos antérieurs en faisant face avec les moyens du bord à la vague de migrants qui forcent l'entrée de l'Europe, fuyant la guerre et la misère. Johan Van Overtveldt, comme ministre des Finances, s'est trouvé membre de l'eurogroupe tel un poisson dans l'eau, nettement aligné sur la position la plus dure face à une Grèce aux abois. Charles Michel fait semblant d'être un vrai Premier ministre, même si d'évidence il n'est pas capable de s'imposer face aux leaders de la droite flamande.

 

Le maillon faible de la coalition...

 

Le plus malheureux de ceux-ci est notoirement Kris Peeters, chef de file de la chétive "aile sociale" du gouvernement, et qui en est à étaler dans la presse les dissensions au sein du "kern", face surtout à l'Open VLD. Eh bien, rien n'interdit au parti social-chrétien flamand de provoquer une crise ministérielle, non pour aller vers des élections mais pour recentrer la majorité! Mais un tel objectif ne sera atteint que si la pression sociale s'accentue. Bien entendu, le Front commun syndical ne saurait l'afficher, la règle d'or séparant l'action syndicale de l'action politique. Mais la gauche politique, elle, peut tenir un autre langage: il ne faut pas subir le gouvernement des droites pendant toute une législature, cette coalition doit pouvoir être disloquée.

 

Une politique nocive mais aussi étalée dans le temps...

 

Car ce gouvernement banalisé n'en reste pas moins nocif. Au saut d'index, au recul de l'âge de la pension, aux régressions que subissent en particulier les jeunes en mal d'emploi et les femmes, les mesures budgétaires de l'été viennent d'ajouter la hausse à 21% de la TVA sur l'électricité. Et cependant, la population tarde à ressentir toute la nocivité de cette politique euro-libérale: car elle est étalée dans le temps, l'avenir est comme jonché de mines à retardement. Mais le monde associatif souffre déjà durement des réductions de subsides. Autre tendance lourde: le pouvoir fédéral reporte les difficultés financières sur les communes, sur les CPAS. Le "tax shift" n'a été, selon la direction des syndicats libéraux, qui dénonce le manque d'esprit social du MR actuel, qu'un "coup d'épée dans l'eau". Les prévisions budgétaires sont brumeuses et aléatoires, dans l'illusion d'une "reprise" démentie par l'actualité la plus immédiate, sur fond de dépression mondiale...

 

Impossible de prévoir comment va s'opérer la "rentrée sociale" et quel sera le degré de la remobilisation syndicale en vue de l'action d'octobre. Mais si on y ajoute la somme des mécontentements "corporatifs" - exemple: les producteurs de lait- elle peut encore être explosive.

 

Robert Falony

 

Ps. Un second article sera consacré au mensonge de la "reprise" sur fond de déflation mondiale...

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 09:38

Face à l'islamisme guerrier, quel choix stratégique ?

 

L'accord conclu avec l'Iran pour limiter la capacité nucléaire de cet Etat, en échange de la levée des sanctions, est un grand pas en avant, à mettre au bénéfice de l'administration Obama. Le mécontentement qu'il suscite en Israël et en Arabie saoudite est d'ordre géopolitique: les censeurs sont incapables de démontrer qu'il n'a pas pour but d'empêcher l'Iran d'accéder à l'arme atomique. Mais au delà du problème de la dissémination nucléaire, si important soit-il, il faut voir un autre aspect des choses.

 

Iran, Arabie: deux sociétés totalement différentes.

 

L'Arabie saoudite et l'Iran subissent des régimes qu'on peut qualifier de théocraties, mais d'une nature bien différente, car la société y est différente. Dans le premier cas, l'alliance étroite d'une monarchie absolue et d'un Islam rigoriste, le wahhabisme, est comme éternelle, et les familles princières tentaculaires ne laissent aucune place à la société civile. En Iran, celle-ci est toujours au bord de la révolte- la crise de2009!- le clergé chiite est parcouru de courants contradictoires, il y a du jeu, et le régime lui-même est issu d'une révolution, tandis que le "guide suprême" n'est pas éternel...

 

Lors de la première guerre du Golfe, le déferlement des troupes américaines dans la péninsule arabique fit exploser l'alliance contre nature, mais basée sur la rente pétrolière, entre cette société féodale et les Etats-Unis. C'est l'Arabie saoudite qui, dans ses couches profondes, a engendré Ben Laden et lancé la machine du terrorisme au nom d'Allah, bien avant le 11 septembre. C'est de là que sont sortis les fonds nécessaires à son financement. Les énormes bêtises de la politique américaine en Orient, en particulier sous Bush fils, ont fait le reste. Le rapprochement avec l'Iran peut-il aller plus loin ? Le prix à payer par Téhéran ne pourrait-il pas être de lâcher le clan Assad en Syrie, au profit d'une solution politique acceptable par les sunnites syriens, mais en dehors des djihadistes de tout poil? Cette horrible guerre, avec son flot de réfugiés qui inondent le monde extérieur, doit-elle être éternelle ?

 

Comment croire, d'autre part, que la politique extérieure des dirigeants saoudiens soit de lutter vraiment contre le pseudo Etat islamique et son califat ? On voit bien qu'il fait la guerre au Yemen contre les éléments supposés soumis à l'Iran, plongeant ce pays dans un calvaire analogue à celui de la Syrie. La participation de Ryad à la coalition contre le califat est d'ordre symbolique. Et le nouveau monarque est tout sauf un réformateur. La France entière s'irrite des salamalecs dont il est entouré par la République ...

 

Erdogan: pas même un double jeu...

 

La plupart de ces constats valent aussi pour la Turquie d'Erdogan, qui soutenait les Frères musulmans lors de leur passage au pouvoir en Egypte, et dont la frontière avec la Syrie a été une passoire pour les candidats au djihad. Battu aux récentes élections législatives, Erdogan cherche à se rétablir en rejouant la carte du nationalisme intégral, en rompant avec la politique de conciliation à l'égard de la minorité kurde. Les Kurdes de Syrie et d'Irak ont été les plus actifs combattants face à l'extension du califat. Erdogan les englobe maintenant dans la "lutte contre le terrorisme", et son aviation bombarde leurs positions, faisant objectivement le jeu des pires terroristes, avec la caution embarrassée de l'Otan dont la Turquie est membre. Ceci achève de rendre illisible la situation syrienne.

 

 

Robert Falony

 

Ps. Pour la Grèce, lire l'analyse de Pierre Verhas en date du 25 juillet, sur son blog : http://uranopole.over-blog.com/2015/07/grece-le-terrible-rapport-de-force.html

 

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 14:51

Un monde politique déconnecté du réel...

 

Des voix officielles s'extasient: "La croissance est de retour!". Une croissance anémique, en dépit de taux d'intérêt au plancher, de la glissade de l'euro, du pétrole bon marché... Elle devrait être de 2 ou 3 pour cent au moins! Mais les investissements ne démarrent pas, le chômage ne se résorbe pas, la confiance n'y est pas, et les politiciens attendent la reprise solide et généralisée comme on attend Godot, celui qui ne vient jamais. La "crise" est systémique. Des experts du FMI commencent bien à murmurer que l'inégalité sociale extrême est à la base du mal, cela n'empêche pas Mme Lagarde d'être féroce dans le dossier grec.

 

La croissance? Elle doit être d'une autre nature, qualitative et non quantitative. Ce doit être d'abord celle de l'aide aux personnes. Pas celle du nombre des centres commerciaux et des stades de football...

 

Monde réel et monde fictif

 

Il faut ici aborder un phénomène dit de "schisme de réalité", une scission complète entre le monde réel et le monde officiel, celui où se complaisent toujours la plupart des hommes politiques. Le chroniqueur Stéphane Foucart l'a fort bien décrit ("Monde" du 9 juin) à propos du climat, mais la démonstration peut être étendue à tout. D'un côté, les traders de la haute finance, opérant avec des programmes à base d'algorithmes, amassent toujours plus de profits, de l'autre on prétend que les dettes publiques sont sacrées et doivent être honorées comme telles, alors qu'on les sait impayables, la "grande crise" étant sans cesse reportée sur un avenir illisible. En ce sens, on peut parler de budgets fictifs, avec des pourcentages fétiches. Les gouvernements s'arrogent les derniers pouvoirs que le monde réel leur laisse, réduisant les enceintes parlementaires à des lieux de bavardage sans conséquence, comme on le voit en France avec l'usage permanent de la procédure 49-3. Une multinationale comme Uber se joue de nos lois et se moque de notre justice, le cas illustre parfaitement ce qui nous attend avec le traité de libre échange transatlantique, s'il n'est pas coulé.

 

La démocratie à reconstruire par le bas...

 

La social-démocratie accumule les revers: en Grèce, en Grande-Bretagne, en Espagne, et jusqu'au Danemark. Le courant porte à droite. Les partis politiques se dévitalisent, perdent leurs militants. La montée de l'abstention électorale est un signal tragique. Les seules bonnes nouvelles sont venues d'Europe du Sud. Il y a d'abord l'admirable résistance du gouvernement Tsipras au diktat de Francfort et de Berlin, pour imposer une politique qui a échoué, et surtout pour punir le peuple grec d'avoir mal voté, contre son oligarchie déchue, incompétente et corrompue. Ave le referendum du 5 juillet, il donne à toute l'Europe une leçon de démocratie! En Espagne, le mouvement des indignés, Podemos et les alliances citoyennes, ont emporté les municipalités de Barcelone et de Madrid, la première avec Ada Colau, la seconde avec Manuela Carmena, une ancienne juge, en coalition avec le parti socialiste traditionnel. L'espoir est solide de balayer le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy à l'automne. Chaque situation n'est pas automatiquement transposable d'un pays à l'autre. Mais partout, il faut reconstruire la démocratie égalitaire par en bas, inventer des formes de lutte inédites. En micro-économie, qu'il s'agisse de production, d'échange, de consommation, sortir des circuits du capitalisme est réalisable par des formes d'organisation citoyenne, les exemples ne manquent pas dans le monde.

 

"Le monde change"? Qu'il change en bien!

 

Robert Falony

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