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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 16:39

 

"Souverainisme" face à l'Europe : confusion à gauche

 

Face à l'opposition croissante et combien justifiée envers l'Europe du grand capital et la dictature budgétaire qu'elle exerce- et dont la Grèce a été la principale mais non la seule victime- une partie de la gauche se retrouve à une sorte de carrefour. "Le Monde" du 20-21 septembre consacrait toute une étude à ces ratiocinations dont les intellectuels parisiens raffolent, et dont une partie sont soupçonnés de faire maintenant le jeu du Front national. Le cas Jacques Sapir est le plus pendable, mais laissons là les jeux narcissistes. La controverse de fond porte sur le mot "souverainisme", et sur ceux qui seraient tentés par une sorte d'alliance "objective" avec la droite "souverainiste". Quelle confusion !

 

D'abord sur le sens même des mots: la "souveraineté du peuple" est une abstraction universelle, elle devrait unir les nations et donner le même sens au mot "démocratie". La "souveraineté nationale", c'est toute autre chose, c'est même le contraire. C'est la vieille "patrie" qui s'approprie jusqu'à votre vie, et vous oppose par la naissance aux autres peuples, c'est l'Etat vindicatif envers les autres nations. N'ignorons pas qu'il y a une composante de gauche, de nos jours, parmi les indépendantistes écossais ou catalans. Mais ce sont des vendeurs d'illusions. Ils ont déserté le terrain de la lutte de classe au profit d'une vieille utopie, qui dissimule souvent une certaine forme d'égoïsme collectif.

 

Sortir de la zone euro et de son carcan ? En quoi serait-ce un progrès ? Pour en revenir à la vieille spéculation monétaire intra – européenne ? Mieux vaut revendiquer la mutualisation des dettes dans la zone euro, non pas le retour à des monnaies nationales qui seraient pour la plupart dévaluées.

 

Le pire est cependant la fascination qu'exerce sur les esprits faibles le discours populiste de droite, tout pétri de haine, du Front national, avec ses faux accents de gauche. Tel le national-socialisme de la grande dépression... (Celle qui est devant nous ?). Le Front national est la dernière carte à jouer du grand capital. En quoi menace-t-il les sociétés multinationales ? Entre Le Pen fille et Le Pen père, il n'y a qu'une querelle de famille, d'ego. Une Marine Le Pen à l'Elysée, ce serait d'une manière ou d'une autre la fin des libertés démocratiques en France, à la faveur de la Constitution "monarchique" instaurée par De Gaulle pour lui-même, sottement face à l'avenir, et que Mitterrand a perpétuée.

 

La construction européenne, cette tour de Babel toujours inachevée, est une fausse Europe, mais une vraie machinerie néo-libérale. Le parlement à pouvoirs réduits est élu selon des procédures nationales et est dominé par la droite. La Commission émane des gouvernements, et le Conseil des ministres fonctionne à l'intergouvernemental. Bien avant la fatale catastrophe de l'effondrement du bloc de l'Est, l'Europe occidentale avait déjà renoncé à toute vocation fédéraliste.

 

La gauche ne doit pas perdre sa mémoire historique. Il a existé un mouvement socialiste pour les Etats-Unis d'Europe, dont les militants ne voyaient pas d'avancée vers le socialisme dans les cadres nationaux étriqués. Avaient-ils tort? Certes, et avant tout, toute question européenne doit être envisagée "d'un point de vue de classe". Mais pas d'un point de vue national ! Les néo-souverainistes "de gauche" font fausse route !

 

Robert Falony

 

Ps. Les élections portugaises viennent de voir le recul de la droite et la gauche radicale à 18%.

 

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 21:33

 

Au printemps, les experts autoproclamés en économie assuraient que la "reprise" était là, alors que tous les signaux confirmaient une situation contraire, la déflation à l'échelle mondiale, la chute du cours des matières premières, la récession chinoise. Pour la Belgique, le Bureau du plan vient de revoir à la baisse la prévision d'une croissance anémique, un pour cent et une petite virgule au mieux. Masquer la réalité, ce n'est pas mentir? Le gouvernement Michel et consorts ressasse qu'il va créer des emplois. Il y a ...moins de faillites, moins de licenciements. Son frère jumeau, le gouvernement flamand, veut délester la VRT de près de 300 emplois, bel exemple de mauvais coup contre le service public. Avec de la privatisation en embuscade. L'avenir de l'usine Audi de Forest n'est pas assuré.

 

Le chômage régresse? Pour la FGTB, "les 25.993 allocataires d'insertion exclus du chômage de janvier à aout doivent être comptabilisés comme demandeurs d'emploi (...). Le chômage n'a donc pas diminué de 24.858 unités sur une base annuelle. En réalité, il a augmenté de 6.379 unités". Sans compter les chômeurs sanctionnés ou exclus. Cela donne un total de 633.000"sans travail" dans ce pays...

 

Il faut suivre de près les activités des ministres NVA. Celui des Finances bataille contre les maigres dispositions d'une introuvable "taxe Tobin" à l'échelle de l'Europe. Celui de la Défense fait le matamore face à la situation syrienne, suggère d' envoyer des forces belges. Toujours de la surenchère! Ceci nous amène à la crise des migrants - ou des réfugiés, selon les cas d'espèce.

 

La crise des migrants.

 

Migrants économiques, réfugiés de guerre. Sans revenir ici sur le fond du sujet (1), les autorités belges ont été prises au dépourvu autant que les autres en Europe, incapables de prévoir que les digues allaient céder en Turquie , au Liban et en Jordanie. Le" politiquement correct" est tombé du bon côté, avec ce miracle de la transfiguration, Angela Merkel , marâtre du peuple grec, devenant une bonne mère des réfugiés. Du moins pour commencer. Car le système de Schengen s'est bel et bien effondré. Les bénévoles ont suppléé tant bien que mal aux carences de l'Etat, à la routine bureaucratique, "Si on ne peut accueillir toute la misère du monde, au moins en prendre sa part".

 

Une nouvelle ligne de division n'en est pas moins déjà visible au sein du gouvernement, l'Open VLD, avec De Croo et Rutten, courant derrière la NVA. Car ceux là savent bien que cette crise, derrière les bons sentiments initiaux, va renforcer le courant populiste et xénophobe. De même, il y a quelque chose de suspect dans l'empressement des organisations patronales à venir en aide aux migrants, côté emplois. Une abondante réserve de main d'oeuvre à bon marché? Une pression à la baisse des salaires ? Quoi qu'il en soit, pour le meilleur -la solidarité vraie- et pour le pire, cette nouvelle forme de crise va accroître les tensions au sein de la société. Elle va radicaliser des deux côtés.

 

Et à gauche?

 

A gauche, et à gauche de la gauche, l'heure doit être à l'union contre le gouvernement des droites, contre le libéralisme sous toutes ses formes- guerre à Uber!- et non au sectarisme. Tant mieux si le PS gauchit son discours, inspiré par ce qui se passe ailleurs en Europe. Ne vendons pas des illusions: il n'y aura pas en Belgique de Syriza ou de Podemos, de ce côté le terrain électoral est solidement occupé par le PTB. Pour les autres, diffuser des idées innovantes n'est pas une tâche dérisoire !

 

Robert Falony

 

(1). "Lettre socialiste" d'avril. Ce qu'il faut ajouter: l'attitude des gouvernements des pays de l'Est est particulièrement odieuse, et conforte la thèse selon laquelle ils n'auraient pas du être admis dans l'Union européenne après l'effondrement du bloc soviétique; on disait à l'époque: "Ne pas élargir sans approfondir".

 

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 23:02

 

Terreur nucléaire et guerres "de basse intensité"

 

Septante ans après le bombardement atomique d'Hiroshima et de Nagasaki, qui faisait entrer l'humanité dans une ère nouvelle (anniversaire évoqué en gommant toujours le nom d'Harry Truman qui était le signataire de cette horreur) il n'y a qu'une seule réalité fondamentale: l'équilibre dans la terreur. Sauf qu'il y a maintenant neuf Etats détenteurs de cette arme absolue, en y comptant Israël et la Corée du Nord. Et que le récent accord avec l'Iran vise à ne pas y ajouter un dixième.

 

Parce que tout utilisateur de l'arme atomique sait que la riposte aurait lieu dans l'heure, jusqu'à l'anéantissement réciproque, l'hypothèse d'une troisième guerre mondiale n'est plus tellement rangée dans les "futurs possibles" de l'espèce humaine. Pourtant, on entend à nouveau les bruits de botte et les discours de haine, les gesticulations guerrières se multiplient, démonstrations de force et gestes d'intimidation. Le nationalisme imbécile - c'est un pléonasme- se porte bien. Partout il y a des fanatiques qui, pour leur "cause sacrée", seraient prêts à déclencher l'apocalypse. De plus, l'évidence que, depuis 2008, la "crise" est récurrente rend toujours plausible la guerre comme "continuation de la politique par d'autres moyens". Bref, sans l'équilibre dans la terreur, la troisième guerre mondiale aurait pu éclater en dix occasions. A défaut, les aventuristes au pouvoir se sont rabattus sur ce que les experts appellent les "guerres de basse intensité". Sauf pour les victimes, comme en Syrie. Voyons les trois foyers d'affrontement.

 

Ukraine, Moyen Orient, confins de la Chine...

 

La thèse défendue ici ne change pas: vouloir arrimer l'Ukraine à l'Union européenne, voire à l'Otan, était une erreur fondamentale s'agissant d'une aussi grosse partie de l'espace postsoviétique, inextricablement mêlée à l'Histoire de Russie. On ne pouvait jouer que la neutralisation de l'Ukraine, éviter d'alimenter le nationalisme russe revanchard de Poutine. Celui-ci nourrit, avec le concours de l'extrême-droite ukrainienne, une "guerre de basse intensité" dans cette zone du Donbass où sévit un tenace irrédentisme prorusse. Notons en passant que la dette de l'Ukraine vient d'être allégée par les Occidentaux de 20%. Le gouvernement grec de Tsipras apprécie...

 

Tandis que l'Union européenne s'accroche maintenant aux accords de Minsk, et que Poutine a d'autres soucis, d'ordre économique et financier, Moscou et Washington se complaisent, dans le ciel et sur terre, à des activités militaires intenses, qui sont de la dangereuse bravade. La question est maintenant de savoir s'il pouvait y avoir, et s'il y a encore, dans les rapports entre les deux superpuissances, un lien entre la problématique ukrainienne et l'incendie général au Moyen Orient. Au niveau de la géopolitique, elle est complexe.

 

Syrie, Kurdistan, Irak, Yémen, et au delà Afghanistan: l'incendie est général. En Irak, l'invasion de Bush et Blair y fut pour quelque chose. En Syrie, la guerre laisse en présence le régime abject d'Assad, soutenu par Poutine et Téhéran comme la corde soutient le pendu, et des forces rebelles à dominante islamiste à des degrés divers, jusqu'aux hallucinés du califat. Ici, la prudence de l'administration Obama a confiné à l'inaction: il aurait fallu au moins imposer une zone d'exclusion aérienne. Et la Turquie d'Erdogan joue la politique du pire contre les Kurdes, contribuant, avec l'Arabie saoudite (1) au Yémen, au chaos général. Face aux désastres qui minent le "communisme" chinois, effondrement boursier et usines qui explosent, le régime réagit par la surenchère nationaliste: revendications territoriales, étalage de puissance militaire. En face, le Japon de Shinzo Abe lui donne la réplique....

 

Robert Falony

 

(1). Qui, elle, n'accueille pas de réfugiés...

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 20:24

 

Le gouvernement Michel est aujourd'hui un gouvernement banalisé, avec l'aide des médias et de cette presse dite de référence qui a toujours un pied dans un camp et un pied dans l'autre. Banalisé malgré le poids écrasant de la NVA et son orientation ultralibérale. En termes institutionnels et dans un système fédéral dit d'union, on en vient à se demander par quel étrange oubli les artisans des précédentes réformes de l'Etat ont négligé de prescrire l'exigence pour tout gouvernement national d'avoir une majorité parlementaire dans les deux communautés, flamande et francophone. Ce qui s'est passé en 2014 devait leur paraître inimaginable... Banalisés aussi les ministres de la NVA, entrés dans le costume de serviteurs de l'Etat belge. L'actualité les met en vedette. Théo Francken, préposé à l'asile et la migration, réussit à faire oublier ses propos antérieurs en faisant face avec les moyens du bord à la vague de migrants qui forcent l'entrée de l'Europe, fuyant la guerre et la misère. Johan Van Overtveldt, comme ministre des Finances, s'est trouvé membre de l'eurogroupe tel un poisson dans l'eau, nettement aligné sur la position la plus dure face à une Grèce aux abois. Charles Michel fait semblant d'être un vrai Premier ministre, même si d'évidence il n'est pas capable de s'imposer face aux leaders de la droite flamande.

 

Le maillon faible de la coalition...

 

Le plus malheureux de ceux-ci est notoirement Kris Peeters, chef de file de la chétive "aile sociale" du gouvernement, et qui en est à étaler dans la presse les dissensions au sein du "kern", face surtout à l'Open VLD. Eh bien, rien n'interdit au parti social-chrétien flamand de provoquer une crise ministérielle, non pour aller vers des élections mais pour recentrer la majorité! Mais un tel objectif ne sera atteint que si la pression sociale s'accentue. Bien entendu, le Front commun syndical ne saurait l'afficher, la règle d'or séparant l'action syndicale de l'action politique. Mais la gauche politique, elle, peut tenir un autre langage: il ne faut pas subir le gouvernement des droites pendant toute une législature, cette coalition doit pouvoir être disloquée.

 

Une politique nocive mais aussi étalée dans le temps...

 

Car ce gouvernement banalisé n'en reste pas moins nocif. Au saut d'index, au recul de l'âge de la pension, aux régressions que subissent en particulier les jeunes en mal d'emploi et les femmes, les mesures budgétaires de l'été viennent d'ajouter la hausse à 21% de la TVA sur l'électricité. Et cependant, la population tarde à ressentir toute la nocivité de cette politique euro-libérale: car elle est étalée dans le temps, l'avenir est comme jonché de mines à retardement. Mais le monde associatif souffre déjà durement des réductions de subsides. Autre tendance lourde: le pouvoir fédéral reporte les difficultés financières sur les communes, sur les CPAS. Le "tax shift" n'a été, selon la direction des syndicats libéraux, qui dénonce le manque d'esprit social du MR actuel, qu'un "coup d'épée dans l'eau". Les prévisions budgétaires sont brumeuses et aléatoires, dans l'illusion d'une "reprise" démentie par l'actualité la plus immédiate, sur fond de dépression mondiale...

 

Impossible de prévoir comment va s'opérer la "rentrée sociale" et quel sera le degré de la remobilisation syndicale en vue de l'action d'octobre. Mais si on y ajoute la somme des mécontentements "corporatifs" - exemple: les producteurs de lait- elle peut encore être explosive.

 

Robert Falony

 

Ps. Un second article sera consacré au mensonge de la "reprise" sur fond de déflation mondiale...

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 09:38

Face à l'islamisme guerrier, quel choix stratégique ?

 

L'accord conclu avec l'Iran pour limiter la capacité nucléaire de cet Etat, en échange de la levée des sanctions, est un grand pas en avant, à mettre au bénéfice de l'administration Obama. Le mécontentement qu'il suscite en Israël et en Arabie saoudite est d'ordre géopolitique: les censeurs sont incapables de démontrer qu'il n'a pas pour but d'empêcher l'Iran d'accéder à l'arme atomique. Mais au delà du problème de la dissémination nucléaire, si important soit-il, il faut voir un autre aspect des choses.

 

Iran, Arabie: deux sociétés totalement différentes.

 

L'Arabie saoudite et l'Iran subissent des régimes qu'on peut qualifier de théocraties, mais d'une nature bien différente, car la société y est différente. Dans le premier cas, l'alliance étroite d'une monarchie absolue et d'un Islam rigoriste, le wahhabisme, est comme éternelle, et les familles princières tentaculaires ne laissent aucune place à la société civile. En Iran, celle-ci est toujours au bord de la révolte- la crise de2009!- le clergé chiite est parcouru de courants contradictoires, il y a du jeu, et le régime lui-même est issu d'une révolution, tandis que le "guide suprême" n'est pas éternel...

 

Lors de la première guerre du Golfe, le déferlement des troupes américaines dans la péninsule arabique fit exploser l'alliance contre nature, mais basée sur la rente pétrolière, entre cette société féodale et les Etats-Unis. C'est l'Arabie saoudite qui, dans ses couches profondes, a engendré Ben Laden et lancé la machine du terrorisme au nom d'Allah, bien avant le 11 septembre. C'est de là que sont sortis les fonds nécessaires à son financement. Les énormes bêtises de la politique américaine en Orient, en particulier sous Bush fils, ont fait le reste. Le rapprochement avec l'Iran peut-il aller plus loin ? Le prix à payer par Téhéran ne pourrait-il pas être de lâcher le clan Assad en Syrie, au profit d'une solution politique acceptable par les sunnites syriens, mais en dehors des djihadistes de tout poil? Cette horrible guerre, avec son flot de réfugiés qui inondent le monde extérieur, doit-elle être éternelle ?

 

Comment croire, d'autre part, que la politique extérieure des dirigeants saoudiens soit de lutter vraiment contre le pseudo Etat islamique et son califat ? On voit bien qu'il fait la guerre au Yemen contre les éléments supposés soumis à l'Iran, plongeant ce pays dans un calvaire analogue à celui de la Syrie. La participation de Ryad à la coalition contre le califat est d'ordre symbolique. Et le nouveau monarque est tout sauf un réformateur. La France entière s'irrite des salamalecs dont il est entouré par la République ...

 

Erdogan: pas même un double jeu...

 

La plupart de ces constats valent aussi pour la Turquie d'Erdogan, qui soutenait les Frères musulmans lors de leur passage au pouvoir en Egypte, et dont la frontière avec la Syrie a été une passoire pour les candidats au djihad. Battu aux récentes élections législatives, Erdogan cherche à se rétablir en rejouant la carte du nationalisme intégral, en rompant avec la politique de conciliation à l'égard de la minorité kurde. Les Kurdes de Syrie et d'Irak ont été les plus actifs combattants face à l'extension du califat. Erdogan les englobe maintenant dans la "lutte contre le terrorisme", et son aviation bombarde leurs positions, faisant objectivement le jeu des pires terroristes, avec la caution embarrassée de l'Otan dont la Turquie est membre. Ceci achève de rendre illisible la situation syrienne.

 

 

Robert Falony

 

Ps. Pour la Grèce, lire l'analyse de Pierre Verhas en date du 25 juillet, sur son blog : http://uranopole.over-blog.com/2015/07/grece-le-terrible-rapport-de-force.html

 

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 14:51

Un monde politique déconnecté du réel...

 

Des voix officielles s'extasient: "La croissance est de retour!". Une croissance anémique, en dépit de taux d'intérêt au plancher, de la glissade de l'euro, du pétrole bon marché... Elle devrait être de 2 ou 3 pour cent au moins! Mais les investissements ne démarrent pas, le chômage ne se résorbe pas, la confiance n'y est pas, et les politiciens attendent la reprise solide et généralisée comme on attend Godot, celui qui ne vient jamais. La "crise" est systémique. Des experts du FMI commencent bien à murmurer que l'inégalité sociale extrême est à la base du mal, cela n'empêche pas Mme Lagarde d'être féroce dans le dossier grec.

 

La croissance? Elle doit être d'une autre nature, qualitative et non quantitative. Ce doit être d'abord celle de l'aide aux personnes. Pas celle du nombre des centres commerciaux et des stades de football...

 

Monde réel et monde fictif

 

Il faut ici aborder un phénomène dit de "schisme de réalité", une scission complète entre le monde réel et le monde officiel, celui où se complaisent toujours la plupart des hommes politiques. Le chroniqueur Stéphane Foucart l'a fort bien décrit ("Monde" du 9 juin) à propos du climat, mais la démonstration peut être étendue à tout. D'un côté, les traders de la haute finance, opérant avec des programmes à base d'algorithmes, amassent toujours plus de profits, de l'autre on prétend que les dettes publiques sont sacrées et doivent être honorées comme telles, alors qu'on les sait impayables, la "grande crise" étant sans cesse reportée sur un avenir illisible. En ce sens, on peut parler de budgets fictifs, avec des pourcentages fétiches. Les gouvernements s'arrogent les derniers pouvoirs que le monde réel leur laisse, réduisant les enceintes parlementaires à des lieux de bavardage sans conséquence, comme on le voit en France avec l'usage permanent de la procédure 49-3. Une multinationale comme Uber se joue de nos lois et se moque de notre justice, le cas illustre parfaitement ce qui nous attend avec le traité de libre échange transatlantique, s'il n'est pas coulé.

 

La démocratie à reconstruire par le bas...

 

La social-démocratie accumule les revers: en Grèce, en Grande-Bretagne, en Espagne, et jusqu'au Danemark. Le courant porte à droite. Les partis politiques se dévitalisent, perdent leurs militants. La montée de l'abstention électorale est un signal tragique. Les seules bonnes nouvelles sont venues d'Europe du Sud. Il y a d'abord l'admirable résistance du gouvernement Tsipras au diktat de Francfort et de Berlin, pour imposer une politique qui a échoué, et surtout pour punir le peuple grec d'avoir mal voté, contre son oligarchie déchue, incompétente et corrompue. Ave le referendum du 5 juillet, il donne à toute l'Europe une leçon de démocratie! En Espagne, le mouvement des indignés, Podemos et les alliances citoyennes, ont emporté les municipalités de Barcelone et de Madrid, la première avec Ada Colau, la seconde avec Manuela Carmena, une ancienne juge, en coalition avec le parti socialiste traditionnel. L'espoir est solide de balayer le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy à l'automne. Chaque situation n'est pas automatiquement transposable d'un pays à l'autre. Mais partout, il faut reconstruire la démocratie égalitaire par en bas, inventer des formes de lutte inédites. En micro-économie, qu'il s'agisse de production, d'échange, de consommation, sortir des circuits du capitalisme est réalisable par des formes d'organisation citoyenne, les exemples ne manquent pas dans le monde.

 

"Le monde change"? Qu'il change en bien!

 

Robert Falony

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 23:45

 

L'Histoire, maquillée et travestie...

 

La lecture nationaliste de l'Histoire en est le maquillage le plus simple et le plus répandu. C'est un nationalisme sous-jacent, inavoué, qui a évacué du centenaire de la guerre de 1914 la question des responsabilités, par contraste avec une historiographie abondante. Toute "l'Europe" s'en est abstenue, avec une incapacité évidente d'en avoir une lecture commune à Berlin, à Moscou et à Paris. Dans ce contexte, l'ouvrage de l'historien Christopher Clark, "Les somnambules", apparaît presque comme une singularité, alors qu'il n'a fait qu'étudier ce qu'a dit la gauche antimilitariste de toujours sur le sujet, à savoir que l'alliance franco-russe a été une puissante motivation pour l'Allemagne impérialiste !

 

Dans la Russie de Poutine, travaillée par un nationalisme de revanche sur le désastre géopolitique qu'a été l'effondrement de l'URSS, tout fait farine au moulin pour exalter le passé russe, des tsars conquérants au "camarade" Staline. Maquillage de l'Histoire. La "grande guerre patriotique "n'en fut pas moins un élément central dans la défaite de l'Allemagne nazie. Le monde occidental a eu le tort d'ignorer la complexité du passé de l'Ukraine, lequel impose sa neutralisation et exclut l’adhésion à l'Union européenne, projet pratiquement abandonné !

 

Le génocide arménien

 

Aussi flamboyant que celui de Poutine, mais avec en plus la touche islamiste, le nationalisme turc d'Erdogan ressasse la vieille formule des "complots de l'étranger", inusable pour détourner l'attention des masses hors des problèmes intérieurs. La grande majorité des Arméniens de Turquie a été anéantie à partir de 1915, un "détail" dans le cadre de la Grande Guerre, comme dirait Le Pen, mais un million ou un million et demi de victimes ne mériteraient pas la définition du génocide? On peut travestir l'Histoire, on peut aussi la nier, en effacer des pages entières au nom du drapeau national. Entre parenthèses, chez nous, le moins que l'on puisse demander à des élus d'origine immigrée est d'éclairer leurs électeurs "ethniques" sur la vérité historique...

 

Waterloo

 

Le bicentenaire de la célèbre bataille le 18 juin sera d'abord un grand show touristique et médiatique. L'épopée napoléonienne continue de susciter, et pas seulement en France, une étrange fascination.

 

Il faut jeter un regard sur une carte de l'Europe en 1810: on y voit une France hypertrophiée, entourée d'Etats vassaux. Héritier de la Révolution française, Bonaparte l'a confisquée, son épée convenant à une bourgeoisie devenue, avec les thermidoriens, la nouvelle classe dirigeante, soucieuse de "stabilité". Mais chacune des "glorieuses" victoires de l'homme de guerre mégalomane rend la France un peu plus exsangue, jusqu'à l'absurde aventure russe. Waterloo ne pouvait donc plus changer le cours de l'Histoire. L'aventurier aux abois n'en représentait pas moins, face aux monarques coalisés, l'étape historique ouverte en 1789...

 

En Histoire, on doit s'attacher d'abord à la véracité des faits. Mais leur lecture, leur interprétation, est libre, est affaire d'idéologie. L'Histoire de France de Thiers (1823) n'a rien à voir avec celle de Louis Blanc (1847). Une Histoire socialiste, comme celle de Jaurès.

 

Robert Falony

 

ps. On salue le succès des coalitions citoyennes à Barcelone et à Madrid, celui du courant Podemos. Où est-il transposable ?

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 21:34

Cameron, roi du double jeu...

 

Sale temps pour la social-démocratie! Alors que les gauches continentales pouvaient espérer, sur la foi des sondages (Une fois de plus démentis) que le Labour fasse au moins jeu égal avec les conservateurs et puisse gouverner en alliance avec la gauche nationaliste écossaise, Cameron se paie le luxe d'obtenir la majorité absolue. Notons que le Labour recule globalement de 26 sièges, mais en perd 40 en Ecosse, son ancien bastion. Avec 30% des voix contre 36 aux conservateurs.

 

Ed Miliband s'était autorisé quelques audaces dans son programme, visant les plus riches des sujets de Sa Majesté. Gageons que ses confrères sur le continent vont en tirer argument pour s'éloigner encore plus de la pratique et des idées socialistes! Plus ils cèdent sur le terrain idéologique, plus ils laissent le champ libre au libéralisme économique, dont l'esprit gangrène les masses.

 

Car il ne faut se faire aucune illusion sur les causes de la victoire de Cameron : outre le produit d' un système électoral non démocratique, elle a eu pour ressorts à la fois le sentiment anti-européen et les craintes liées à l'immigration.

 

L'Union européenne? Cameron , roi du double jeu, n'a aucune intention d'en sortir, la City n'est pas "Brexit". Le referendum qu'il promet pour 2017 ne l'engage à rien, mais il va lui permettre d'exercer un maximum de chantage sur Berlin et Paris.

 

Quant aux nationalistes écossais, ce sont pour une part des vendeurs d'illusions, mais , "d'un point de vue de classe", ils se sont substitués au vieux Labour en Ecosse. Il ne faut pas faire la fine bouche à l'égard du SNP.

 

Robert Falony

 

Ps. Le cas Emir Kir: pas même un blâme? On voit que le communautarisme turc et son rendement électoral, c’est plus important à Bruxelles que les principes socialistes.

 

"Osons le Socialisme" s'est invité à Bethléem

"Osons le Socialisme" s'est invité à Bethléem

"Osons le socialisme" a laissé jeudi 14 mai sa marque sur le Mur de séparation entre Israël et la Palestine : "Osons le socialisme contre l'oppression" en rouge et en vert, comme il se doit...

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 22:12

Libye, et toute la misère du monde...

 

Sans trop oser le dire, les chefs d'Etat européens pensent: "Cela a été une erreur de renverser Kadhafi". Rappelons qu'il s'agissait en 2011 d'empêcher une répression féroce de la révolte en Cyrénaïque. Ce que les capitales européennes n'avaient pas prévu, c'est que dans un pays comme la Libye, les milices victorieuses, à force d'épuration, allaient briser la machine d'Etat, exactement comme cela a été fait en Irak par l'occupant américain, véritable géniteur de l'actuel "Etat islamique"...

 

Quatre ans plus tard, la Lybie a deux gouvernements, et les milices rivales entretiennent la guerre et le chaos, dans une incroyable confusion d'oppositions tribales et claniques. La coalition "Aube de la Libye" est nettement sous influence islamiste, tandis que les autorités de Tobrouk, avec à leur tête un "homme fort", le général Haftar, reproduisent le modèle égyptien de retour à l'ordre. Et l'Europe attend, sans faire vraiment un choix, une improbable "union nationale" sous l'égide du médiateur de l'ONU.

 

Avec l'exception de la Tunisie, l'hypothèque islamiste a mis les printemps arabes en échec.

 

Ni xénophobie, ni angélisme...

 

Dans ce monde abominable, les nouveaux damnés de la terre sont ces migrants chassés de leur pays par la guerre, la misère, la tyrannie. Ils viennent de Syrie ou d'Afghanistan, d'Erythrée ou d'Afrique noire. Leurs routes sont celles de l'enfer : la faim, les camps, les coups, et puis le risque de mourir en mer. Les "passeurs" sont des négriers, des esclavagistes, les pires criminels qui soient: ils doivent être traqués.

 

Comme disait Michel Rocard: " On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais il faut en prendre sa part". Une plus grande part? Ne serait-ce que pour des raisons démographiques, notre Europe vieillissante a besoin d’un apport extérieur. Et quel village, quelle bourgade, ne pourrait pas intégrer dix, vingt réfugiés en quête de travail et de sécurité? Sauf que la politique ultralibérale conduite par nos gouvernements élargit partout la pauvreté, réduit toutes les marges de la solidarité. Sauf que l'espèce des exploiteurs cherche seulement toutes les occasions de pratiquer le dumping social pour réduire les coûts salariaux. Sauf qu'il est impossible de faire comprendre à "l'opinion" que l'immigration est la réponse au chômage de masse. L'extrême-droite s'alimente de ce courant xénophobe. L'angélisme est plus sympathique que la xénophobie, mais ne fournit pas les réponses adéquates...

 

Réponses européennes sans envergure

 

Une fois de plus, on a donc vu les dirigeants européens "réunis en urgence" fournir des réponses "a minima" qui ne résolvent rien. Ils laissent en particulier l'Italie et la Grèce se débrouiller avec le flux migratoire, sous le drapeau troué de Schengen. Orfèvre en la matière, le président de la Commission, Jean Claude Juncker, s'est dit lui-même déçu par les résultats, en particulier par le refus de quotas pour la répartition des nouveaux "boat people". Le budget de la mission "Triton" de surveillance maritime a été accru, mais reste dérisoire face aux milliers de kilomètres à contrôler. Reste le filon de l'immigration légale. Mais les Etats n'y sont pas plus favorables, et que vaudrait-il face à certains régimes qui regardent les candidats au départ comme des opposants? Il y aura donc de nouveaux drames en Méditerranée, la pacification de la Libye et de la Syrie paraissant hors de vue dans les conditions actuelles.

 

Robert Falony

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 10:57

Le centenaire du génocide arménien

 

France. Non contente de freiner la conclusion de l'accord sur le nucléaire iranien négocié difficilement entre Téhéran et Washington, la diplomatie française affiche un soutien marqué à l'Arabie saoudite, au régime le plus réactionnaire du monde arabe et musulman, qui vient de s'engager dans la guerre civile au Yemen, mais se garde bien d'agir militairement contre Daech, le califat islamique en Irak et en Syrie. Califat qui pourrait bien être la face cachée des pétromonarchies...

 

Le citoyen Fabius devrait bien expliquer en quoi cette diplomatie est conforme aux valeurs de la République...

 

Turquie. Avril 2015 marque le centenaire du premier génocide du siècle, celui des Arméniens, qui débute fin avril 1915. Anticipant de quelques jours, le pape a eu le mérite d'utiliser le mot "génocide", puisque les Arméniens de Turquie étaient visé en tant que peuple minoritaire. Le nombre des victimes a pu être à six chiffres ou à sept, au delà du million, il ne se réduit pas à des "massacres" d'occasion, selon le thèse toujours officielle du gouvernement turc. La population arménienne fut déportée et éliminée presqu'en entier par des "colonnes de la mort". Le gouvernement de Berlin, allié de la Turquie dans la guerre de 14-18, fut assez vite informé par ses représentants diplomatiques.

 

Face à l'islamiste Erdogan, la vérité historique doit être plus que jamais affichée.

 

Nigeria. Le président sortant, Goodluck Jonathan (le mal nommé...) n'a jamais conduit sérieusement la guerre contre la secte islamiste Boko Haram. Ce qu'il représentait était un sud vautré dans les profits pétroliers, des profits détournés et gaspillés. Son successeur, Muhammadu Bouhari, semble être d'un autre acabit, ou du moins l'être devenu, et il est plus représentatif du nord musulman. Il entre en fonction en mai, et paraît pratiquer le "parler vrai".

 

Vaincre Boko Haram exige une coopération étroite entre le Nigéria, le Tchad, le Cameroun. Les centaines de jeunes filles enlevées il y un an et réduites en esclavage méritent autre chose que des lamentations de circonstance sur leur sort.

 

Grande-Bretagne. Dans le système électoral britannique, de circonscription au scrutin majoritaire à un seul tour, les sondages sont à prendre avec des pincettes encore plus longues qu'ailleurs. Néanmoins, la recrudescence du nationalisme écossais, en dépit de la victoire du "'non" au referendum de l'an dernier, semble devoir conduire le SNP à disposer d'un groupe parlementaire consistant, au détriment du Labour dont l'Ecosse était le bastion. Au moins le SNP est-il autant (ou plus!) adversaire de Cameron que le Labour d' Ed Miliband, et pourrait former avec lui une majorité de gouvernement. D'autre part, la dissidence de l'UKIP (le parti nationaliste antieuropéen de Farage) déforce les conservateurs.

 

La droite pousse les hauts cris devant les petites "audaces" socialistes de Miliband, "la guerre aux riches".

 

Pour la petite histoire de la gauche socialiste belge, le père des deux Miliband actuels, prénommé Ralph, était un marxiste distingué, qui collabora à "La Gauche" des années soixante, lui laissant des lettres sous l'en-tête de la London School of Economics.

 

R.F.

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