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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 22:04

La montée de la droite extrême en Europe

 

Que l'on en soit réduit à devoir considérer la victoire de l'UMP en France comme l'ultime barrage face au Front national en dit long sur l'état piteux de la gauche française et sur la déroute des "hollandistes" de gouvernement. Le PS a perdu, entre autres bastions historiques, les départements du Nord  et des Bouches du Rhône, où le "système Guérini", d'affairisme et de clientélisme, s'est effondré. Le FN , au second tour, a remporté plus de quatre millions de voix, à peine un million de moins que l'UMP, et il a failli s'emparer des départements de l'Aisne et du Vaucluse. Le tout sur un massif fond d'abstention: cinquante pour cent! Un électeur sur deux a jugé inutile de se déranger, "ça n'y changera rien". Et le cafouillage qui a présidé à la "grande réforme territoriale" a aggravé la défaite du PS. Quand on ne peut pas toucher à l'essentiel, on touche à l'accessoire...

 

La victoire de l'UMP, en outre, est largement basée sur la porosité entre les thèmes du courant Sarkozy et ceux du Front national.

 

En Italie,  les séparatistes du nord se sont convertis en droite "nationale", pour combler la vacuité du parti de Berlusconi. En Hongrie, l'étoile d'Orban pâlit...au profit de Jobbik, un parti ultra nationaliste coloré d'antisémitisme.

 

Le forum néo nazi tenu en Russie...

 

Certes, le FN n'était pas au forum des partis d'extrême-droite qui vient de se tenir à St. Petersbourg, mais nombre de petites formations  de type néo-nazi y étaient, comme "Aube dorée" en Grèce. Un tel rassemblement, dans une ville aussi symbolique, n'a pas été jugé par le Kremlin "contraire à l'ordre public", comme l'eut été une manifestation pour la démocratie. Car Poutine trouve maintenant des admirateurs dans les droites européennes: réhabilitation du nationalisme (et donc de la guerre), xénophobie, retour aux valeurs traditionnelles, à la religion, au patriotisme, au pire conservatisme social, tous les ingrédients sont réunis, ceci à la faveur des erreurs terribles commises face à la Russie après 1989, qui s'est sentie encerclée.

 

L'universel "repli sur soi" et sur le passé...

 

En la huitième année de "crise", les augures cherchent en vain les prémices d'un retour à une croissance soutenue et généralisée. Aux masses, ils ne promettent que des économies, des sacrifices,  et l'emploi  sous la forme de salaires les plus bas possibles. Il faut bien chercher des boucs émissaires, pour qui ne veut pas accuser la haute finance. D'ailleurs jugée hors d'atteinte, puisqu'elle règne au niveau planétaire, englobant la Chine et la Russie autant que les Etats-Unis, et en moins démocratique.  Alors, les "étrangers" sont tout désignés, d'où cette xénophobie universelle, qui substitue le simplisme à la complexité.

 

A un futur dont on n'attend plus que des périls, la dégradation climatique, la robotisation par la technologie, on oppose la tentation du retour au passé, un passé d'ailleurs idéalisé: repli sur la "patrie", si petite soit-elle, retour à "l'ordre" ancien, repli sur soi, sur l'identité, sur ce qu'on était ou croyait être. Cent ans après la folie guerrière de 1914, le nationalisme se fait à nouveau agressif, la religion sectaire. C'est ce "retour au passé" que prônent les Républicains américains, c'est la séculaire grandeur impériale que célèbre Poutine, et comment ne pas parler d'impérialisme sous toutes ses formes à propos de la Chine, n'en déplaise aux attardés  manichéens du monde bipolaire ?

 

 

Robert Falony

 

 

 

Lire sur le blog du club sa "carte d'identité", avec onze signataires.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 15:57

A diffuser largement autour de vous !

 


« Osons le socialisme » a été fondé en 2008 comme un club de réflexion et d’action ouvert à tous les progressistes opposés au système économique dominant. C’est un groupement de gauche indépendant, sans visées électoralistes.

 

Le mot « socialisme » a été mis à toutes les sauces. Pour nous, c’est tout simplement la démocratie économique et sociale, et le contraire de la mondialisation capitaliste.

 

Il faut faire de la politique… autrement. S’engager et non en profiter.

 

Le nationalisme, aujourd'hui autant qu'hier, est toujours un danger. Il n'a plus la justification des anciennes luttes anticolonialistes.  Et c'est une imposture.

 

La religion est affaire privée.

 

La presse de masse est aux mains des puissances d’argent, les médias propagent les vérités officielles. Développons un discours critique !

 

Vous pouvez nous lire sur le blog: http://osons.le.socialisme.over-blog.com    

Si vous désirez adhérer au club ou simplement être informé de ses activités, contactez nous !

 

Par courriel: fal.roberty@skynet.be   GSM: 0472- 36 64 73.

Et: pierre.verhas@skynet.be  GSM: 0499-37 51 17.

 

Signataires:

 

Khalil Aousti.

Militant.

 

Ralph Coeckelberghs.

Retraité. Secteur associatif et ONG.

 

Monique Discalcius.

Journaliste.

 

Pietro Emili.

Militant MPE- HVE

 

Robert Falony

Journaliste honoraire.

 

Spero Houmey.

Syndicaliste.

 

Alejandro Moraga Munoz.

Militant.

 

Michel Overloop.

Militant.

 

Louis Van Geyt

Ancien président du PCB- BKP.

 

Michel Vanhoorne

Coordinateur du forum Gauche Ecologie.

 

Pierre Verhas

Auteur.

 

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 14:35

La Justice entre les mains des grippe-sous

 

Nul n’ignore que la Justice belge fonctionne mal. Manque de magistrats, manque de personnel aux greffes, manque de locaux adéquat, sous-investissement en matière d’informatique, prisons vétustes et insalubres, personnel pénitentiaire sous-payé et j’en passe et des meilleures.

 

Mais, ainsi l’a décidé le gouvernement ultralibéral – extrême-droite flamande de Charles Michel : Il faut-faire-des-économies partout en sans discernement !

 

Ainsi, en octobre 2014, il a été décidé en Conseil des ministres que tous les départements sans exception doivent économiser 4 % en frais de personnel, 20 % en frais de fonctionnement et 22 % en crédits d’investissement.

 

La Justice belge n'est pas en meilleur état que son énorme palais à Bruxelles.

La Justice belge n'est pas en meilleur état que son énorme palais à Bruxelles.

 

Les « hauts » fonctionnaires de l’Inspection des finances ont remis une note cinglante aux ministres de la Justice Koen Geens (CD&V – chrétiens flamands) et du Budget Hervé Jamar (MR – libéraux francophones), où compare la gestion du département de la Justice à la Grèce ! Les méchants fonctionnaires tentent d'échapper aux mesures d'économies décidées par le gouvernement ! C’est ce que rapporte la Libre Belgique de mercredi 11 mars.

 

Dans sa note, l'Inspection des finances relève que le cabinet de la Justice a déposé sa « copie » en retard : après le 13 février. Oh ! Les vilains ! Et horresco referens, le projet déposé suppose une augmentation du budget de la Justice de 9,6%.

 

Alors, il faut se débarrasser de membres de personnels, fermer des services, fermer une prison – alors qu’on est en surpopulation financière –, ne pas payer les arriérés aux avocats pro deo, etc.

 

En clair, on voit où conduit l’orthodoxie budgétaire : à une Justice à deux vitesses, car non seulement les pro deo ne fonctionneront plus, mais l’Inspection des Finances suggère une augmentation des frais de Justice. Autrement dit, les laissés pour compte ne seront plus défendus et seuls les riches pourront ester !

 

Le journalisme cireur de pompes

 

Le quotidien de « référence » bruxellois « Le Soir » fait fort ces temps-ci. Mardi 10 mars, suite au refus du gouvernement de suivre l’accord dit « des dix » (représentants des organisations syndicales et du patronat) sur les prépensions, un certain Bernard Demonty signe l’éditorial du quotidien (anciennement) vespéral du titre : « Prépensions : une réforme équilibrée ». Il commence fort. Il écrit : « Le gouvernement a démontré qu’il pouvait entendre les objections émises par les patrons et les syndicats et en tenir compte. » Ensuite, M. Demonty décrit l’accord des « dix » qui remet en question l’obligation pour les prépensionnés de rechercher un emploi. Et il ajoute : « Le gouvernement, et la NV-A (nationalistes d’extrême-droite) en particulier aurait pu rejeter cet accord d’un revers de la main. Ce n’est pas le cas. » Ah bon ! Première nouvelle ! Mais si, selon le beau Bernard : « Et pour l’avenir, elle (la « suédoise », le surnom donné au gouvernement Michel) met en place un accompagnement personnalisé des prépensionnés ».

 

Cela signifie que le gouvernement n’a rien changé du tout. Il a ajouté une mesure qui ne signifie rien, c’est-à-dire de la poudre aux yeux. Et fort de son enthousiasme, M. Demonty n’a pas noté un élément essentiel : c’est la première fois dans l’histoire sociale de la Belgique qu’un gouvernement réforme un accord patrons – syndicats. C’est une grave atteinte à l’Etat social qui est justement basé sur la concertation entre le travail et le capital.

 

La CIA parle au « Soir ».

 

Mais non, nous n’en voulons pas au « Soir » ! Qu’allez-vous penser là ? Toujours est-il que dans sa livraison de vendredi 13 mars, on y lit l’interview de l’ancien patron de la CIA, David Petraeus qui défend bec et ongle la thèse des va-t-en-guerre néoconservateurs américains : le danger n’est pas Daesh que l’on finira par vaincre ; le danger c’est l’Iran et les milices chiites. Oh ! Il ne souhaite pas attaquer Téhéran tout de suite, mais il faudra un jour résoudre le problème.

 

David Petraeus du temps de sa splendeur

David Petraeus du temps de sa splendeur

 

Après la visite de Netanyahou au Congrès américain où il était aussi question de l’Iran, voici que Petraeus qui, bien que retraité, reste influent, met son grain de sel.

 

Si ce n’est pas affaiblir l’actuel président US en fin de mandat, Barack Obama, qui souhaite un accord avec l’Iran sur le nucléaire, c’est en tout cas bien essayé. Et il est dommage qu’un quotidien comme « Le Soir » qui s’est montré plus avisé dans le temps, participe, sans qu’il ne publie la moindre critique, à cette campagne.

 

Ils n’étaient pas « tous pourris », mais « tous » étaient atteints.

 

Les scandales qui touchent les deux plus grandes formations francophones belges, le MR (libéraux francophones au gouvernement) et le PS (socialistes francophones dans l’opposition) ont fait renaître dans la population, d’après « Le Soir » du 12 mars et la « Libre » du 13, le sentiment des politiciens « tous pourris ». Un peu facile !

 

Les deux bourgmestres et anciens ministres MR, De Decker et Kubla, éclaboussés par des affaires de gros sous.

Les deux bourgmestres et anciens ministres MR, De Decker et Kubla, éclaboussés par des affaires de gros sous.

 

On se retrouve dans la bien-pensance : culpabiliser la population qui considère - trop souvent à juste titre - que la classe politique est largement corrompue. Cela ressemble très fort à la phrase malheureuse de François Hollande qui attribue le succès du Front national à un « échec collectif ».

 

Autrement dit, la classe politique refuse de se remettre en question. Elle est trop souvent liée à de grands intérêts financiers, voire à des tentatives d’escroqueries. Une analyse rigoureuse est à faire : les liens entre le capital et le politique. L’affaire n’est pas seulement juridique, elle est essentiellement politique, en ce sens qu’il faut absolument changer le rapport de forces et rétablir l’indépendance du monde politique par rapport à celui du capital.

 

C’est une question fondamentale pour l’avenir de la démocratie et il est inutile de culpabiliser l’un ou l’autre. Mais, certes, comme disait de Gaulle : « Vaste programme ! ».

 

Une montre qui ne donne pas l’heure.

 

Notre ami Robert Falony dénonçait récemment la création par le capitalisme de besoins inutiles. En voici un : l’Apple watch, la nouvelle montre du géant informatique américain. Une montre, direz-vous ? Il n’y a rien de plus utile !

 

Le problème est que cette nouvelle montre donne tout sauf l’heure. Elle permet de se géolocaliser (bonjour la NSA), d’écouter de la musique, elle contient un ordinateur Apple, de photographier, etc. Bref, toutes les fonctions sauf la mesure du temps !

 

Morceaux d'humeur du 13 mars 2015

 

Et elle vaut 15.000 dollars. Du genre : « Si vous n’avez pas une Apple watch à 25 ans, vous avez raté votre vie ! ».

 

Le néolibéralisme n’est vraiment plus de notre temps !

 

Pierre Verhas

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 13:53

 

"Charlie" a libéré la parole athée...

 

Un des effets les plus évidents de "l'affaire Charlie" est d'avoir libéré la parole athée et agnostique face au conformisme du "politiquement correct" jusque là de rigueur. Ceci va bien au delà du "droit au blasphème", sujet somme toute mineur: on ne nie pas ce qui n'existe pas. Mais en présence du retour en force du fondamentalisme religieux, dont la variété islamiste, pour être la plus nocive et la plus rétrograde, n'est pas la seule, il n'est plus possible de se contenter benoîtement du sage adage: "La religion est affaire privée", lorsque celle-ci revêt la forme d'un prosélytisme agressif et conquérant.

 

L'Europe ne veut pas d'un retour à ces guerres de religion qu'elle connut pendant des siècles, et qui sévissent de nos jours en Asie et en Afrique, minorités persécutées! Mais si des barbares convoquent un Dieu protéiforme, vindicatif et méchant, alors, et pas seulement les marxistes et marxisants, on se souviendra de la parole célèbre sur "l'opium du peuple", phrase à citer entièrement...

 

La science et la religion sont des parallèles qui ne se rencontrent jamais. Mais on ne permettra pas à des jeunes ignares, sous un prétexte identitaire,  de nier par exemple l'évolution des espèces et d'afficher des inepties sur les bancs scolaires.

 

Deux principes sont essentiels par dessus tout. Un, la laïcité n'est pas une école de pensée à côté des religions. Elle se situe par définition au dessus des religions, "les lois de la République" dit-on en France. Deux, tout ce qui fait obstacle à l'égalité des hommes et des femmes doit être combattu sans concessions à des prescrits religieux.

 

R.F.

 

Ce billet était écrit lorsque tombe sous les yeux le titre barrant la première page du "Monde" du 10 mars: " Chrétiens, juifs, musulmans: l'appel des religions contre la loi sur la fin de vie".

 

On admire ce titre dans un monde où la foi religieuse extrême se fait de plus en plus massacrante. Mais restons sur le sujet: c'est le refus du droit à mourir dans la dignité, le choix d'imposer à tous, jusqu'au bout, des souffrances inhumaines que les "soins palliatifs" ne font qu'atténuer.

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 09:30

Europe: la marche des somnambules

 

La social-démocratie s'est réunie à Madrid pour pleurer sur le sort du Pasok grec, et  pour conjurer celui qui semble attendre le parti espagnol, menacé d'être relégué à la troisième place par Podemos, la gauche indignée radicale. Cet acte de contrition collectif a été poussé jusqu'à l'aveu que les politiques d'austérité telles qu'elles ont été menées ont été un échec. Après quoi Valls est retourné à Paris pour appliquer la loi libérale de son ministre Macron ( les ouvertures dominicales élargies vont aider à résorber la crise), le SPD affiche sa solidarité gouvernementale avec la droite allemande pour tenir le couteau sur la gorge du peuple grec, et il ne faut surtout pas que ces trouble-fêtes de Syriza réussissent.

 

Pourquoi en effet renoncer à une politique qui a si remarquablement échoué ? L'Europe est en pleine situation déflationniste. La majorité des pays de l'Union demeurent en dessous de leur produit de 2008, malgré la baisse de l'euro et des cours pétroliers. Au Danemark, on applique un "intérêt négatif " sur les dépôts bancaires! Pendant ce temps, le gouvernement belge décide à contre-courant un saut d'index qui va réduire le pouvoir d'achat, sans avoir l'excuse de l'inflation des années 80. On truque les chiffres du chômage. La corruption des "élites" s'affiche sans  vergogne, façon Kubla ou De Decker en Belgique, Cahuzac ou DSK en France.

 

Que pouvait faire d'autre Tsipras ?

 

La dureté avec laquelle "l'Europe" a traité le gouvernement de gauche en Grèce n' est pas surprenante, elle doit beaucoup plus à des raisons politiques "punitives" qu'au problème de la dette elle-même, qui n'inquiète plus vraiment la planète financière. En contrepartie de quatre mois de répit, il a fallu qu'Athènes consente à l'essentiel du programme de l'ex-troïka débaptisée. Ne passent que des mesures humanitaires qui ne coûtent pas grand chose. Le libéralisme social s'accommode des soupes populaires. On applique une politique qui a fait passer la dette grecque de 107 à 175 % du PIB entre 2006 et 2014, avec maintenant un solde primaire maigrichon, du au seul tourisme.

 

Quel choix avait le gouvernement grec ? La mise en cessation de paiement comme l'Argentine au début de ce siècle ? Le blocage des dépôts dans les banques, hormis ce qui est nécessaire pour vivre ? La mise en circulation d'une monnaie parallèle ?  Une aventure pour laquelle le nouveau pouvoir n'a aucun mandat. Mais rien n'est réglé sur le fond, le gouvernement Tsipras va rester en lutte avec ses usuriers, cette dette publique devra quand même être aménagée, étalée, ou solidarisée via la BCE, qui s'en défend.

 

Le mythe du retour à la "croissance": ce doit être celle de l'aide aux personnes !

 

D'aucuns rêvent de combiner le maintien de la politique d'austérité avec une dose de "relance". Avec des projets aberrants de centre commerciaux géants, comme celui d'Uplace, on entretient l'illusion d'une "reprise" toujours basée sur de la croissance quantitative. Une technologie toujours plus inventive vise à inonder le marché de gadgets, pour créer de nouveaux besoins artificiels.  Ce modèle a fait son temps, il ne résout pas les contradictions du capitalisme. Ce dont la société a d'abord besoin, c'est d'une croissance de l'aide aux personnes, c'est de réinvestir dans le service public, dans l'éducation, dans la santé, ce n'est pas de centres commerciaux, de tours, de ponts, de tunnels, de projets pharamineux. Rien que le problème climatique barre la route à la croissance quantitative, destructrice de l'habitat naturel.

 

 

Robert Falony

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 10:58

Syriza: espoir à gauche, solidarité avec le peuple grec !

 

Il y a enfin un vrai gouvernement de gauche en Europe, dans cette Grèce victime à la fois de ses partis traditionnels dont la gestion fut désastreuse, et de la politique ultralibérale imposée par "l'Europe". Un gouvernement disant "non" à un traitement qui a échoué à faire seulement entrevoir une quelconque "relance" par les moyens employés. Même Obama en convient et préconise de changer de cap.

 

Pas d'illusions: la haute finance, les gouvernements conservateurs de la combien vieille Europe, vont tout essayer pour faire échouer l'expérience d'un réformisme de gauche. La dette grecque, toujours plus élevée par le jeu des usuriers, n'est qu'un prétexte, elle n'est qu'un petit monticule comparée à la haute montagne des dettes des autres pays, Etats-Unis en tête. La gauche molle, la gauche du "moindre mal", la gauche avachie et capitularde des Hollande, Sigmar Gabriel, Dijsselbloem et autres (1) doit méditer sur l'effondrement du Pasok et de la dynastie Papandréou. L'actuel leader du parti socialiste espagnol, Pedro Sanchez, ose faire grief à Tsipras de son alliance, obligée pour disposer de la majorité absolue, avec une formation nationaliste! Elle permet de caler la Grèce dans une posture de défense  nationale, contre les laquais de la "troïka" avec ses fonctionnaires arrogants, leurs prébendes et bonus. Syriza bloque le programme des privatisations, hausse la salaire minimum à 750 € par mois, ravive des emplois: quelle honte pour les philistins !

 

S'il eut mieux valu que la Grèce fût restée hors de la zone euro dès lors que les dettes n'y étaient pas mutualisées, si elle y a été admise alors qu'on savait l'opacité de ses comptes, il importe présentement de dégager un compromis acceptable pour elle. Mais que l'on sache que l'acculer à une sortie comme en rêve la droite "dure" serait le début de la désagrégation de toute la zone euro !

 

Dans ces conditions, faut-il s'étonner de l'espèce d'ultimatum adressé à la Grèce par la BCE, un des piliers de la "troïka"? C'est un acte purement politique de Draghi, donnant des gages à la Bundesbank et à Merkel. Il s'agit de ne pas laisser à Tsipras le moindre répit pour réorganiser les finances de son pays !

 

Il est dès lors impossible de prévoir l'issue à l'échéance de la fin février, les dés roulent.

 

Pourquoi la "crise" perdure-t-elle ?

 

Les taux d'intérêt sont proches de zéro. Le crédit est censé être abondant. La Banque centrale européenne n'a jamais été aussi accommodante. Le cours de l'euro face au dollar a baissé, facilitant les exportations hors de la zone monétaire. Le prix du pétrole s'est allégé. Tout devrait favoriser une "relance", le retour à la croissance. Au lieu de cela, elle est atone, et l'on nous annonce que la menace de déflation est sérieuse. La "crise" date de 2008 et est plus présente que jamais, inexpliquée par les augures. Pourquoi les investisseurs font-ils défaut ?

Les théoriciens du libéralisme économique devraient avouer que le capitalisme qui leur est si cher ne peut plus résoudre ses contradictions. Ne cherchez pas: leur seule "pensée" est la défense de leurs intérêts personnels. 

 

Robert Falony

 

 

  1. Di Rupo, pour sa part, a au moins défendu l'idée de soustraire les intérêts de la dette -"Le Soir" du 3 février.

     

    NB. Ukraine: danger, guerre à la guerre! Ce pays n'a pas vocation à faire partie de l'Union européenne !

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 22:44

L'islamophobie peut se définir assez aisément. Le mouvement allemand "Pegida" en offre un bel exemple. Dans la foulée de "Je suis Charlie", il importe de dire ce qu'elle n'est pas.

On n'est pas islamophobe parce que l'on place la loi civile au dessus des prescrits religieux.  L'affaire des caricatures de Mahomet n'est en soi qu'une question minuscule, qui pourrait être rangée parmi les "accommodements  raisonnables" si elle ne débouchait pas sur la nature même de la laïcité: celle-ci ne se situe pas "à côté des religions", mais au dessus. Un délit de blasphème?  Impensable! Mais il existe toujours sous d'autres cieux... (Au reste, pour un athée ou un agnostique, on ne se moque pas de ce qui n'existe pas - la divinité...). Il faut donc défendre la liberté d'expression inconditionnelle, hormis ce qui est incitation directe à la haine raciale et au meurtre. (1)

Glisse-t-on dans l'islamophobie si on défend, non les "valeurs occidentales", mais les valeurs universelles de la démocratie et du socialisme, issues des grandes révolutions populaires que le développement inégal des sociétés humaines développa d'abord en Europe? Ce sont ces valeurs là qui ont inspiré les "révolutions arabes"  au départ, avant qu'elles ne soient détournées par l'islamisme militant et la dictature militaire. Pour donner un nouvel avenir à cette aspiration qui traverse tout le monde arabo-musulman, il ne faut rien concéder à ses adversaires, ni ceux de là bas, ni ceux d'ici. Mais au contraire aider les intellectuels,  les artistes, les femmes, les esprits libres qui, sous une chape de plomb, affrontent la censure et la répression, du Maroc au Pakistan.

On lit et on  entend: "La communauté musulmane  n'a pas à se justifier" (du terrorisme).Certes,  en tant que communauté... Mais pourquoi cette communauté serait-elle homogène, depuis quand la gauche ne doit-elle pas encourager l'expression individuelle, l'esprit critique? Le courant "Pas en notre nom" a répondu. Au reste,  la population d'origine immigrée, cataloguée "musulmane" n'est pas un bloc compact, la pratique religieuse y est très diversifiée. Mais il y a le problème des cités, des ghettos: il est plus social que politique.

On n'est pas islamophobe à vouloir donner un contenu moins flou à cet "Islam d'Europe" , dont les mosquées sont trop souvent sous influence marocaine, ou turque, ou pire saoudienne, autant de rivalités nationalistes  sous-jacentes. On ne l'est pas davantage si l'on pense que l'Islam devra faire son "aggiornamento" , tout comme l'Eglise catholique romaine a entamé le sien dès le pape Léon XIII, sans parler de son successeur actuel. "La charia n'a rien à voir avec l'Islam?" interroge l'écrivain Olivier Rolin dans les débats du "Monde", en énumérant les abominations que l'on  sait. Trop de régimes établis  croient répondre à l'idéologie des talibans et à ses "excès" par un surcroit de dogmatisme puritain tiré d'une lecture archaïque d'un Coran non dépoussiéré. L'idéologie salafiste doit être combattue frontalement. Au moins, dans l'Iran du clergé chiite, il y a du jeu, des courants. En géopolitique, jouer cette carte, comme le fait en partie Obama, a du sens: le pire est le régime rival de l'Arabie saoudite, tellement courtisée par les affairistes du type de ceux qui se sont rassemblés à Davos!

 

Robert Falony

 

(1) La décision prise à Tournai d'abandonner le festival "Ramdan", face à des menaces,   apparait bien comme une reddition devant les censeurs! Parmi les oeuvres, il y avait l'admirable film malien "Tombouctou", que l'on peut toujours voir à Bruxelles.                                                                 

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 23:26

Mafia, pouvoir et grand capital

 

En parcourant trois ou quatre numéros du "Monde", fin décembre, on pouvait prendre connaissance d'un vaste scandale dans le secteur de l'immobilier  et des travaux publics au Brésil, de la corruption liée à Alstom aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, de la chute du magnat allemand Thomas Middelhof, ex-président de Bertelsmann , des achats de voix au Parlement grec, et savoir en prime que l'infante Cristina sera jugée pour fraude fiscale en Espagne. On se souvenait qu'au Portugal l'ex-premier ministre "socialiste" José Socratès  vient de tomber, et des affaires de corruption toutes récentes à Venise et à Rome, éclaboussant la fonction publique.

 

La norme et non plus l'exception

 

Mais peut-on encore parler de "scandales", quand ceux-ci sont devenus la norme? Leurs acteurs s'en cachent de moins en moins. L'idéologie libérale du fric triomphant, arrogant, et de plus en plus cynique, s'affiche avec impudeur. "Ils" ont de moins en moins à craindre la "Justice", dure pour les pauvres, douces pour eux, le "ruling" y pourvoira.  La métaphore de l'iceberg laisse entrevoir que pour un scandale mis au jour,  trois resteront immergés. La fraude fiscale? Ce sont les Etats qui l'organisent au profit des entreprises multinationales, et pourquoi pas au nom de la défense de l'emploi?

Il ne suffit plus d'évoquer la "criminalité en col blanc" comme existant à la marge. Elle est au centre du mode de fonctionnement du capitalisme dérégulé, voyez les moeurs qui ont cours à la City de Londres, pour prendre cet exemple. Dérégulé? Mais la mafia est très régulée, comme l'observait jadis un économiste africain.

 

Mafias de tous les pays...

 

La mafia est italienne, ou albanaise, ou mexicaine... Elle est universelle. Mais c'est précisément du Mexique que viennent des signes préoccupants du terrain qu'elle gagne. En septembre, dans l'Etat de Guerrero, une quarantaine d'étudiants ont "disparu", assassinés par des narcotrafiquants en collusion avec les autorités policières.

Le Mexique, dont près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, a vu en ce siècle des milliers de gens tomber sous les balles des tueurs: trafiquants de drogue, forces armées, milices se sont livrées à une véritable guerre civile. L'affaire de l'Etat de Guerrero n'en est qu'un épisode supplémentaire.

 

Ce n'est pas une question de latitude. L'espèce de soulèvement sur fond de mysticisme guerrier qui traverse de larges couches d'un monde musulman incapable d'analyser les causes de sa situation s'incarne dans le pseudo Etat islamique (Daech). En Syrie et en Irak, trafiquants d'armes, de pétrole, de devises, et même d'esclaves, prolifèrent et s'enrichissent en symbiose avec cette nouvelle version de la "secte des assassins" du onzième siècle. Le commerce des réfugiés de guerre spoliés et abandonnés en mer est en plein essor.

Des futurologues dans le style de Jacques Attali ont envisagé, parmi les quelques destinées possibles de l'humanité, l'exercice direct du pouvoir par ce monde là. Le crime prospère à l'abri du secret bancaire et de la libre circulation des capitaux. On peut seulement se dire qu'on  ne peut dissoudre le peuple, et que la révolte contre l'injustice est éternelle aussi.  

 

Robert Falony

 

 

°Elections  grecques: solidarité avec Syriza!

 

° L'attentat monstrueux contre "Charlie Hebdo": défense inconditionnelle de la liberté d'expression face aux fanatiques religieux!

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 22:45

II. Les grèves ont un peu modifié le rapport des forces.

Ceci est un titre que vous n'aurez lu dans aucun de ces quotidiens qui ont toujours un pied dans le camp du gouvernement,  et sont tout imprégnés de la pensée libérale. Le front commun syndical a réussi à remettre en selle une "concertation sociale" qui paraissait moribonde. Le patronat s'abritait derrière le gouvernement de ses vœux. Mais il sait faire ses comptes, et les grèves de décembre lui ont été dommageables. Maintenant, c'est le gouvernement qui se retranche derrière le patronat, et qui a avalisé les premiers petits accords conclus. Dans l'équipe Michel, c'est le négociateur  K. Peeters qui a été renforcé, s'autorisant même la polémique avec le président de la NVA, lequel ne demeure pas en reste.

Si l'on considère le contenu de ces accords a minima, celui sur les fins de carrière en particulier, on entrevoit des accommodements, des reports de dates, ou des exceptions. Mais on sait que les dossiers les plus lourds ne sont pas encore abordés. Le saut d'index, avec toute sa symbolique, reste une ligne de fracture, même si la déflation  menaçante modifie quelque peu les données du problème. On assiste même à ce tour de passe-passe des augures de l'économie libérale qui transforment un signe évident de la récession, la chute du cours du pétrole, en promesse de rebond vers une reprise économique qu'ils voient généralisée!  De toute façon, la marge pour les négociations salariales reste des plus étroites, et la droite gouvernementale demeure adepte du célèbre axiome there is no alternative.

Fragilité de la trêve...

Mais jusqu'à nouvel ordre, il n'y a qu'une trêve sur le front des grèves. Le temps n'est plus où la droite pouvait espérer diviser le front commun  syndical, les syndicalistes savent que leur unité est le seul gage de leur réussite. En janvier, la base syndicale aura peu de raisons de trouver la situation meilleure! La pauvreté gagne du terrain avec ces milliers d'exclus en  fin de droits, qui vont refluer vers les CPAS, et pour lesquels peuvent se négocier au mieux des moratoires. Entretemps, une nouvelle crise de la zone euro aura peut être éclaté, au départ de la Grèce ou de l'Italie?

Pour maintenir son cap budgétaire, le gouvernement sera forcé de se reporter sur les recettes, c'est pourquoi on reparle tant de la fiscalité. La "fortune" a peu à craindre, tandis qu'au mépris de tous les discours en faveur des baisses d'impôt, les gouvernants seront de plus en plus tentés de se tourner vers la seule imposition d'un rendement immédiat: la hausse de la TVA.

Le PS au balcon ?

Le PS dans l'opposition au niveau fédéral ne donne guère l'impression de miser sur une évolution rapide de la situation politique. Reproduit-il son attitude de 1981 à 1988, lorsqu'il était "au balcon" sous la présidence de Guy Spitaels? Une opposition purement parlementaire, jouant la prudence et l'attentisme? Qu'il tire plutôt  les leçons de la pénible politique du trio Hollande-Valls-Macron en France.

 

 Robert Falony

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 12:20

 

Robert Falony qui est un militant socialiste de toujours, qui fut journaliste au « Peuple », à « la Wallonie », au « Matin », au « Journal du Mardi », à l’éphémère hebdomadaire « l’Eglantine » et auteur de nombreuses chroniques. Il vient de publier un livre où il analyse un siècle d’histoire à travers l’impérialisme. Il n’écrit pas comme Lénine qu’il s’agit du stade suprême du capitalisme (1) mais il pense qu’il est fondamentalement lié au capitalisme dans sa course folle vers de plus en plus de profit.

 

Son ouvrage comprend trois parties : la première intitulée « 1914 : le naufrage de l’Europe et du Socialisme part des origines de la Première guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’une analyse critique de l’histoire d’un siècle. La seconde « Dans les tourmentes de l’impossible neutralité » passe en détail cinquante épisodes qui ont marqué l’histoire de la Belgique dans le monde et du socialisme en ce pays. Le troisième volet « III et maintenant ? » tire les conclusions. Le livre s’achève par un lexique « iconoclaste à l’usage d’économistes atterrés ».

 

Nous faisons ici une longue recension de la première partie, parce qu’elle tire en 189 pages les leçons sur chaque épisode important de l’histoire mouvementée de 1914 à 2014 et de l’évolution chaotique du socialisme et de la gauche. Et ces 189 pages sont déjà un résumé ! Ce qui rend leur lecture aisée et passionnante. Il est nécessaire en effet que le lecteur puisse s’imprégner de ce texte qui est un ouvrage de référence pour tout qui s’intéresse à l’histoire de la gauche et à l’histoire en général et qui souhaite tirer les leçons des transformations profondes que nous vivons.

 

Pierre Verhas

(Les intertitres sont d’Uranopole)

 

 

Robert n’analyse pas les contradictions du capitalisme, mais celles de la social-démocratie. Avant la Révolution russe, les partis socialistes s’appelaient « sociaux démocrates » comme en Allemagne et en Russie. En Belgique, le nom était Parti Ouvrier Belge. Le qualificatif « socialiste » était rarement utilisé sauf pour la IIe Internationale.

 

Le naufrage de la IIe Internationale

 

Cette IIe Internationale qui s’effondra avec l’assassinat de Jaurès étant incapable d’assurer la volonté de paix de la classe ouvrière mondiale contre les impérialismes et les nationalismes exacerbés en ce début d’été 1914.

 

Et pour Falony, c’est l’effondrement de cette IIe Internationale en août 1914 qui marqua la fin de l’Europe et la fin du Socialisme. « Un siècle plus tard, ce naufrage de l’Internationale nous interpelle toujours autant. La question de fond reste si importante que la gauche socialiste d’esprit critique doit lui apporter une réponse de fond, une réponse actuelle. » La problématique fut l’incompréhension de la puissance du fait national.

 

Une opposition à la guerre se dessina dès fin 1914 au sein du SPD en Allemagne grâce à l’action courageuse « guerre à la guerre » de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg. Les socialistes des pays neutres comme les Suisses et aussi les Italiens qui n’étaient pas encore engagés dans la guerre tentèrent de réunir le Bureau de la défunte Internationale Socialiste qui s’était réfugié en Hollande et dont le secrétaire était le Belge Camille Huysmans qui ne donna aucune suite. Au terme d’hésitations et de tergiversations diverses, à l’initiative des Suisses et des Italiens et avec les bolchéviks russes, une conférence se tint à Zimmerwald en Suisse. Elle sonna le réveil de l’internationalisme. Une autre conférence eut lieu en avril 1916 à Kienthal.

 

Il était convenu de jeter les bases d’un nouvel internationalisme, mais il surgit une division entre les « pacifistes » et une minorité dirigée par Lénine qui veut tirer parti de la « guerre impérialiste » pour déclencher la révolution prolétarienne.

 

L’horreur de la guerre et Rosa Luxemburg

 

La guerre s’enlise dans l’horreur. En Russie, tous les éléments sont réunis pour déclencher la Révolution. Pour Robert Falony, la deuxième Révolution russe est « une conséquence de la guerre et de la défaite, elle aurait été impossible sans ce désastre. » Et il conclut : « Donc : assumons la Révolution d’Octobre en tant qu’instant de l’histoire. Un instant unique qui ne s’est reproduit nulle part et que des générations ont proposé abusivement comme modèle universel. »

 

Et c’est la social-démocratie au pouvoir dans une Allemagne exsangue avec à sa tête le droitier Noske qui est en collusion avec l’aristocratie et les militaristes allemands. Il fait appel aux corps francs contre les spartakistes. « Rosa Luxembourg est hostile à un coup de force minoritaire, mais elle refuse de se séparer du mouvement de masse : ainsi est né dans la douleur et la confusion le parti communiste. »

 

Après les combats de Berlin, la révolution est vaincue. Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht sont assassinés par les militaristes le 15 janvier 1919. Robert Falony analyse ensuite les polémiques qui opposèrent Lénine à Rosa Luxembourg pour laquelle il ne cache pas son admiration. En effet, Rosa Luxembourg est opposée à un parti dirigé par des révolutionnaires professionnels et après la révolution russe, elle refuse de séparer le pouvoir révolutionnaire de la démocratie. Débat qui ne concerne pas seulement les partis communistes mais l’ensemble des partis sociaux-démocrates en Europe. Elle n’aura pas connu Kronstadt. Mais elle l’avait prédit. C’est ainsi que la 4e Internationale (trotskiste) parle des « erreurs de Rosa Luxembourg ».

 

Rosa Luxemburg : pour Robert Falony, une référence du socialisme

Rosa Luxemburg : pour Robert Falony, une référence du socialisme

 

Ensuite, pour répondre aux staliniens et à ceux qui confondent dictature du prolétariat avec bureaucratie, Robert Falony réplique : « De même qu’en démocratie bourgeoise la classe possédante exerce dans le domaine économique et financier une dictature de fait, de même la « dictature du prolétariat » pourrait être simplement le contrôle par le plus grand nombre des moyens de production, de distribution et d’échange, c’est-à-dire la démocratie économique sans préjudice de la démocratie formelle. »

 

L’entre deux guerres

 

Ensuite, l’auteur brosse le tableau de ce que nous appelons aujourd’hui l’entre deux guerres : la scission de l’Internationale, la naissance du fascisme, la crise de 1929, les aberrations du stalinisme avec les procès de Moscou, la mort de la république de Weimar avec la prise de pouvoir de Hitler, la France des années trente.

 

En ce qui concerne le courant pacifiste qui était assez puissant à gauche dans les années trente, Robert Falony écrit : « … nombreux sont aussi les pacifistes, justement horrifiés par l’abominable guerre de 14-18 – « Plus jamais ça ! » – qui s’engagent aussi sur une fausse voie : ils ne comprennent pas la vraie nature du régime nazi, que l’Allemagne de 1936 n’est plus celle de 1914. Il n’y a plus de front antimilitariste possible au plan international si toute capacité d’en former un a été abolie. » Cette gauche là n’a pas contribué à sauver la paix !

 

Arrive la décennie 1930-1940, les « années trente ». Tout d’abord, la grande dépression de 1929 amena des gouvernements de droite en Belgique à appliquer une politique déflationniste. Des troubles graves éclatèrent en 1932 et le Parti Ouvrier Belge dans l’opposition adopta au Congrès de Noël 1933 le « Plan du Travail » d’Henri de Man. Ce plan qui comportait des éléments dirigistes eut un large succès populaire. En mars 1935, le P.O.B. rentra au gouvernement Van Zeeland avec de Man et Spaak. Il dévalua le franc de 28 % : « L’attachement de la plupart des dirigeants à l’étalon-or, cette « relique barbare », s’effaçait devant la dure nécessité ». Les élections de mai 1936 amenèrent le succès de l’extrême-droite avec les rexistes et les nationalistes flamands du VNV. En juin 1936, il y eut une vague de grèves qui  en parallèle avec la situation française, aboutit à des accords sociaux similaires. « La justice sociale est en marche » titrait Le Peuple.

 

Robert Falony se penche en quelques lignes sur le cas du leader socialiste bruxellois Paul- Henri Spaak qui devint Premier ministre et ministre des Affaires étrangères en mai 1938 (2). Il se fit « le héraut d’une politique étrangère dite « neutraliste », adossée sur le roi Léopold III. C’était là une position que le précédent d’août 1914 rendait totalement illusoire. N’y avait-il que cela ? » En réalité, c’était la position des classes dominantes qui souhaitaient composer avec la « nouvelle Allemagne ».

 

Paul-Henri Spaak (à gauche) avec Paul van Zeeland en 1937. Spaak avait un art consommé de l'opportunisme et du reniement.

Paul-Henri Spaak (à gauche) avec Paul van Zeeland en 1937. Spaak avait un art consommé de l'opportunisme et du reniement.

 

1936, ce fut aussi la guerre d’Espagne. « La guerre civile en Espagne a commencé bien avant juillet 1936 ! ». La lutte des classes y était intense et la monarchie renversée en 1931 donna naissance à une seconde République faible et haïe par la bourgeoisie, l’église et l’aristocratie. La gauche était divisée. Il y avait lutte entre les anarchistes et les socialistes et les socialistes eux-mêmes étaient divisés. Les élections de 1936 qui amenèrent le Front populaire mirent les anarchistes de côté. « Ce qui a été dit (…) de l’Italie de 1920-1922 est encore plus vrai pour l’Espagne d’alors : un mouvement révolutionnaire divisé et qui tourne en rond est perdu. »

 

Cela annonça le coup d’Etat de Franco du 18 juillet 1936. La guerre civile s’acheva avec la chute de la République en 1939. La guerre d’Espagne avait été le banc d’essai de la Seconde guerre mondiale.

 

Dès lors, la voie était tracée pour Hitler. Après avoir absorbé l’Autriche, il y eut Munich en 1938. La Bohème et la Moravie tombent entre les mains de l’Allemagne et la proie suivante fut la Pologne. Pendant ce temps-là, le militarisme japonais dès 1927, imposa une politique d’expansion territoriale, mit la main sur la Mandchourie en 1931. Shanghai fut bombardé en 1937 et les Japonais envahirent la Chine.

 

La guerre à nouveau

 

Vint ensuite en 1939, le Pacte germano-soviétique. Robert Falony estime qu’il s’agit d’un pacte de non-agression. Il écrit : « … si Staline pouvait tirer une conclusion de l’affaire de Munich, c’est bien que la pusillanimité de Londres et de Paris rendait improbable une alliance sérieuse avec lui face à la montée du nazisme. » S’il n’y avait eu la Pologne comme état tampon, la classe dirigeante franco-britannique n’aurait pas vu d’un mauvais œil une attaque de l’Allemagne contre la Russie soviétique.

 

Ce pacte jeta le trouble sur les partis communistes occidentaux, Moscou prétextant qu’il lui faisait gagner du temps et de l’espace. Argument dramatiquement démenti par l’attaque allemande du 22 juin 1941 qui surprit Staline. Et l’Armée rouge n’était pas prête à encaisser ce choc.

 

Signature du Pacte germano-soviétique, fruit de la pusallinimité occidentale et de la duplicité de Staline : de gauche à droite au premier rang : Von Ribbentrop, Staline, Molotov

Signature du Pacte germano-soviétique, fruit de la pusallinimité occidentale et de la duplicité de Staline : de gauche à droite au premier rang : Von Ribbentrop, Staline, Molotov

 

La débâcle de 1940, la résistance héroïque des Britanniques, la guerre en mer, la neutralité de l’Amérique et enfin, l’entrée de l’Amérique en guerre suite à l’incroyable attaque de Pearl Harbour. « Il y a un mystère Pearl Harbour » pour Robert Falony, tout comme lors du 11 septembre 2001.

 

Lorsqu’à Casablanca en janvier 1943, Roosevelt et Churchill exigèrent la reddition inconditionnelle de l’Allemagne, ce fut une « formulation de type nationaliste » selon Robert Falony. Cela n’a pas facilité les complots contre Hitler. « C’est la liquidation du régime nazi qu’il fallait exiger explicitement, la restauration de la démocratie et des libertés publiques en Allemagne. »

 

De même, le débarquement des forces alliées en 1944 et les sacrifices consentis ont « motivé pour des générations un devoir de reconnaissance éternelle envers les Etats-Unis. Oui, mais (…) ces hommes sont tombés « pour notre liberté » et pour les intérêts de l’empire américain. Ils sont tombés parce que Hitler, pur produit de la crise de 1929, n’a pas été arrêté à temps. Et nous devons au moins nous souvenir des millions de soldats russes tués en affrontant la Wehrmacht, victimes, eux, des « erreurs » de Staline. »

 

Le triomphe de la barbarie

 

La fin de la guerre amène à une réflexion fondamentale sur le triomphe de la barbarie comme l’écrit Falony. L’inventaire des atrocités est terrible, mais l’auteur insiste sur le fait que si ces tueries touchèrent l’Europe de l’Ouest, elles furent bien pires en Pologne, en Russie ou dans les Balkans. Et il y a bien sûr l’horreur des camps de concentration. Robert Falony ajoute : « … il y a dans le génocide subi par les Juifs quelque-chose d’unique dans l’histoire : pas seulement par le nombre de victimes (…) mais surtout parce que l’organisation scientifique de ce génocide a été le fait d’un Etat moderne, d’une nation industrialisée et cultivée, l’Allemagne. » La Turquie du génocide Arménien de 1915 n’était pas un Etat moderne, mais les deux génocides eurent lieu pendant une guerre.

 

Vue du camp d'Auschwitz-Birkenau, symbole de la barbarie (photographie Pierre Verhas)

Vue du camp d'Auschwitz-Birkenau, symbole de la barbarie (photographie Pierre Verhas)

 

Et Falony réfute la théorie comme quoi « Tout a été perçu comme s’il y avait une distance infranchissable entre les violences de la « Nuit de cristal », du racisme ordinaire, et les fours crématoires. Or, cette distance n’existait pas. Lorsqu’on s’engage dans la voie de la discrimination ethnique, le chemin risque d’être sans bornes. Le pogrome est l’ancêtre du four crématoire. »

 

« Après Auschwitz et Dresde, la barbarie avait encore une dernière cime à atteindre : Hiroshima et Nagasaki. » La bombe atomique a profondément changé la stratégie et les rapports de forces entre grandes puissances. Robert Falony se penche d’abord sur les origines du projet « Manhattan » d’élaboration de la bombe avec, notamment, l’exploitation de l’Uranium du Congo belge.

 

Les deux blocs et la guerre froide

 

La fin de la guerre engendra l’ONU et ce que l’auteur appelle le « Conseil d’insécurité ». Robert Falony pense que la faiblesse innée de cette organisation est due à deux principes contradictoires dans sa Charte : d’une part, une aspiration démocratique universelle et d’autre part, le respect de la souveraineté des Etats. L’Assemblée générale sert de tribune et le Conseil de sécurité est une « caverne de brigands », champ clos des rivalités impérialistes.

 

Cela n’a pas empêché la guerre froide. Tout d’abord, une rupture idéologique entre l’Est et l’Ouest. Les partis communistes occidentaux ont été chassés des gouvernements en 1946 et en 1947, ce qui provoqua une nouvelle division de la gauche. On en était revenu aux années vingt ! Il y eut la frénésie Maccarthyste aux USA et aussi de nombreux foyers de tensions, mais sans guerre, dès 1948. En 1949, c’est la fondation de l’OTAN. Cette nouvelle alliance clairement au service des intérêts américains fut ressentie par Moscou comme une tentative d’encerclement qui répliqua par le Pacte de Varsovie.

 

Une vraie guerre éclata en Corée en juin 1950 suite à l’invasion de la Corée du Sud sans doute avalisée par Staline. Les Américains réagirent sous le drapeau de l’ONU avec la participation d’armées alliées dont un bataillon belge. Cela aboutit à un statu quo entre les deux Corées. En attendant, les Soviétiques avaient mis au point leur propre bombe nucléaire. L’équilibre de la terreur était atteint.

 

La bombe d'Hiroshima engendra l'ère de l'équilibre de la terreur.

La bombe d'Hiroshima engendra l'ère de l'équilibre de la terreur.

 

Suit le réarmement allemand, l’échec de la CED (Communauté européenne de défense), l’entrée de l’Allemagne de l’Ouest dans l’OTAN. Tout cela s’achève par la crise des missiles de Cuba en 1962 et qui fut la dernière de cette intensité.

 

La décolonisation : une dramatique occasion manquée

 

Entre temps, la décolonisation débuta dès 1948 par la partition des Indes britanniques. Les guerres d’Indochine et d’Algérie avec notamment le gouvernement socialiste de Guy Mollet qui intensifia la guerre. « Il reste une figure des moins glorieuses de la social-démocratie d’après-guerre » (3). La guerre d’Algérie emporta la Quatrième république. Il n’empêche que la gauche française et la gauche belge se sont engagées à fond pour l’indépendance de l’Algérie. Néanmoins, la leçon à tirer est : « lorsqu’un peuple est acculé à la violence, celle-ci finit par régir les rapports entre colonisés et colonisateurs, mais entre colonisés eux-mêmes. » Et on va retrouver « cette culture de la violence » en Asie et en Asie du Sud-Est.

 

Falony se penche bien entendu sur la décolonisation du Congo. « La crise congolaise de 1960-1961, quant à elle, devait beaucoup à l’impréparation de l’immense colonie belge à son indépendance. La bourgeoisie belge somnolente face à l’évolution du monde et totalement surprise par l’émeute de Léopoldville de janvier 1959, fut acculée à concéder une indépendance nominale dont la date fut fixée au 30 juin 1960. » La Société générale et l’Union minière jouèrent sur les divisions au sein de la population congolaise et le seul homme politique qui avait une vision politique d’un Congo unitaire, Patrice Lumumba, fut assassiné dans des conditions atroces au Katanga. Sa liquidation fut préparée à Bruxelles et à Washington.

 

La sécession du Katanga fut quand-même vaincue et le principe des frontières intangibles en Afrique fut définitivement fixé, ce qui n’empêcha pas les guerres et les conflits internes.

 

Deux camps et les « trente glorieuses »

 

Mais le monde est lui aussi figé en deux camps. Cependant pas pour longtemps. Dans le « camp socialiste », il y eut l’affaire de Yougoslavie et plus tard, le schisme sino-soviétique. Et une troisième force survint : les non-alignés à la conférence de Bandoeng en 1955. Mais le neutralisme n’eut guère de succès. En Europe, une partie de la gauche, qui rejetait l’atlantisme ne fut pas tentée par le non-alignement, à l’exception d’une partie des travaillistes anglais.

 

En Belgique, la gauche critique à l’égard de l’atlantisme ne se rallia pas au non-alignement. Elle était plus préoccupée par les risques causés par l’arme nucléaire et la course aux armements. C’est ainsi qu’elle organisa les Marches antiatomiques dans les années 1960 et en 1981 le grand mouvement contre les Euromissiles.

 

Sur le plan économique et social, ce furent les « trente glorieuses » avec un pétrole bon marché, une industrie connaissant un développement technologique inégalé, la consommation encouragée par le crédit. Cela aveugla le mouvement ouvrier européen – à l’exception de l’aile gauche syndicale – qui ne vit que le partage d’un gâteau qui ne cessait de croître. Mais le système monétaire commençait à donner des signes de déséquilibre et en 1973, la guerre israélo-arabe provoqua le quadruplement du prix du pétrole. Une récession généralisée eut lieu en 1974 – 1975, accompagnée d’une inflation sans égale depuis la fin de la guerre.

 

Cette période eut l’avantage d’ouvrir les yeux surtout après la décision de Nixon de sortir le dollar du système de Bretton Woods en 1971. S’en suivit une crise monétaire qui n’est toujours pas terminée. En 1980, Reagan et Thatcher lancent la dérégulation néolibérale. Tout cela aboutit à la crise financière de 2008 dont nous subissons les conséquences, sans doute pour longtemps encore.

 

De grands organismes comme le FMI, la Banque mondiale instaurent un « néo-colonialisme subtil » dans le Tiers-monde.

 

Les pâles « lueurs révolutionnaires »

 

Mais des « lueurs révolutionnaires » s’allumèrent un peu partout. Robert Falony analyse les différents mouvements révolutionnaires de la fin des années 1960 et de la décennie 1970. En 1974, la révolution des œillets renverse le régime de Caetano, successeur de Salazar, mais généra une social-démocratie droitière. Mai 68 en France fut aussi un échec « hormis dans le domaine des mœurs ». Le parti communiste et la CGT encadrèrent la classe ouvrière sans aucune intention révolutionnaire. Dans l’autre bloc, le printemps de Prague en Tchécoslovaquie fut écrasé par Brejnev « parce que cette tentative n’avait plus rien à voir avec un « modèle » conforme aux intérêts de la bureaucratie dirigeante. » Ensuite, dans les années septante, de petites fractions de la gauche sombrent dans le terrorisme. Robert Falony fustige cet aventurisme sanglant et suicidaire. Sur l’autre continent, le mouvement hippie issu de la révolte des étudiants de Berkeley contre la guerre du Vietnam aboutit à l’impasse, parce qu’il est impossible de s’évader de la société réelle (4).

La révolution des oeillets enterra ses espoirs dans une social-démocratie molle et incapable de répondre aux aspirations du peuple Portugais.

La révolution des oeillets enterra ses espoirs dans une social-démocratie molle et incapable de répondre aux aspirations du peuple Portugais.

 

Le capitalisme fou

 

L’Union Soviétique s’effondre. Gorbatchev a échoué dans son entreprise de réforme et son successeur Eltsine amène l’ancienne Nomenklatura au capitalisme. Elle devient l’oligarchie en pillant ce qu’il reste de la Russie. La Chine de son côté choisit la voie de l’économie de marché et la bureaucratie chinoise a dépassé la soviétique en corruption et opulence.

 

L’Europe de son côté ne parvient pas à se construire. C’est le triomphe de la non-Europe. Il est impossible d’élaborer une Europe sociale. L’Unice (le patronat européen) s’oppose farouchement à un système européen de conventions collectives pour améliorer la situation des pays à bas salaires. Même la démocratie est en déclin en Europe avec la France et son régime de monarchie élective et l’Italie avec son pouvoir fragile et souvent corrompu.

 

Pendant ce temps là, le capitalisme devient fou. L’école de Chicago impose ses dogmes dans tout le monde occidental. Les faillites se multiplient et atteignent leur paroxysme avec la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008. Robert Falony attire l’attention sur la montée en puissance de l’économie souterraine et mafieuse.

 

Le déclin de la social-démocratie

 

Quant à la social-démocratie, la chute de l’empire soviétique la laissa seule avec elle-même. Elle a raté l’occasion de marquer l’histoire, bien qu’elle ait fait partie, voire dirigé la plupart des gouvernements de l’Union européenne. Robert Falony fait ce constat amer : « A défaut de faire barrage à la vague néo-libérale, de mettre en cause la libre circulation des capitaux, ces partis auraient pu au moins donner une impulsion nouvelle à la construction nouvelle, dans un sens fédéraliste. Il n’en fut rien, ils en restèrent à la primauté du « fait national ». Et que dire d’une Internationale socialiste qui accueillait en son sein quelques dictateurs hors d’Europe, comme le Tunisien Ben Ali ? » Aujourd’hui, les partis sociaux-démocrates n’ont pratiquement plus de militants, ils ont des technocrates. Elle ne pense plus, elle ne réagit plus. « Même la crise financière de 2008 l’a laissée relativement impavide. »

 

On n’est plus au temps de Karl Marx.

 

Le tableau est certes noir. On ne peut guère être optimiste, mais Robert Falony, fort de son expérience, de son immense culture et de son bon sens ne jette pas pour autant l’éponge. Il est convaincu que le capitalisme est arrivé à un point où il ne peut plus résoudre ses contradictions. Selon lui, les économistes alternatifs, comme les « économistes atterrés », doivent franchir un pas supplémentaire : se tourner vers une économie dirigée.

 

L’économie au service de l’homme, en quelque sorte.

 

Pierre Verhas

Robert Falony : 1914 – 2014 la véritable histoire du siècle en Belgique et dans le monde, un ouvrage de référence

Robert Falony 1914-2014 La véritable histoire du siècle en Belgique et dans le monde

Editions Jourdan, Paris, 2014 (www.editionsjourdan.fr)

ISBN : 978-2-87466-360-4

Prix (France) : 18,90 Euros

 

Notes

 

(1) Il y eut deux éditions de l’ouvrage de Lénine intitulé : « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », l’une parue en 1913 et l’autre après la seconde révolution russe fin 1917. Il est intéressant d’en analyser les différences !

 

(2) Paul-Henri Spaak représente le type même de l’homme politique social-démocrate occidental qui pratiqua la collaboration de classe en s’alignant sur la droite libérale et sur l’atlantisme le plus dur, alors qu’il avait été auparavant neutraliste et même partisan du « socialisme national » de Henri de Man. À la fin de sa vie, il a trahi son engagement au Parti socialiste en rejoignant son adversaire politique de l’époque, le FDF, parti francophone bruxellois qui fut fondé en opposition aux lois dites linguistiques de 1963 dont le même Spaak fut un des promoteurs comme Vice-Premier ministre du gouvernement Lefèvre-Spaak. Le PS à Bruxelles ne s’est jamais totalement remis de cette trahison.

 

(3) On compare souvent François Hollande à Guy Mollet qui ont pas mal de points communs. Une politique belliciste à l’extérieur et une politique libérale à l’intérieur.

 

(4) Ajoutons qu’une partie de ce mouvement dont une des leaders fut Ayn Rand prôna la pensée « libertarienne » : un capitalisme sans règles, une sexualité libre, le commerce libre de la drogue, bref la liberté totale économique et de mœurs. C’est un des courants du néolibéralisme actuel. De même, certains leaders « soixante-huitards » français sont passés du maoïsme ou du trotskisme, ou encore du situationnisme au néolibéralisme le plus pur et dur. D’une démarche totalitaire à l’autre, en somme.

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