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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 21:38

 

Nous sommes à l’époque de la « mémoire ». On évoque à tout moment le devoir de mémoire pour tous les malheurs qui ont frappé l’humanité depuis un ou deux siècles.

 

Cette année 2014 voit un nombre considérable de commémorations : le centenaire de la Première guerre mondiale, les soixante-dix ans du débarquement Allié en Normandie, la Libération de Paris, celle de Bruxelles, sans doute, au mois de décembre, l’offensive Von Runstedt, etc. Plus proche : le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin en novembre. Et plus loin : la bataille de Waterloo !

 

Nous n’échappons pas non plus, en tant que militants de gauche, à cette pléthore de commémorations. C’est ainsi qu’à Bruxelles, afin de célébrer le quarantième anniversaire du pronunciamiento militaire du 11 septembre 1973 qui renversa dans le sang la démocratie au Chili et qui vit le suicide du Président Salvador Allende, s’est constitué début 2013 un Comité Allende 40 présidé par Sergio Rojas Fernandez, militant syndicaliste et ancien prisonnier de la junte, Monique Discalcius, journaliste, Pierre Verhas, militant socialiste, Pierre Galand, président à l’époque du Centre d’action laïque, ancien sénateur socialiste, président du Tribunal Russell pour la Palestine et responsable d’ONG, Josy Dubié, ancien sénateur écolo, ancien journaliste international qui fut le dernier à interviewer le Président Allende et d’autres militants belges et chiliens.

 

Monique Discalcius, coordinatrice du Comité Allende 40 et Sergio Rojas Fernandez, Président du Comité Allende 40 révisant une dernière fois le programme de la cérémonie. A l'arrière pla, Mariette Leurquin et Daniel Fuld..

Monique Discalcius, coordinatrice du Comité Allende 40 et Sergio Rojas Fernandez, Président du Comité Allende 40 révisant une dernière fois le programme de la cérémonie. A l'arrière pla, Mariette Leurquin et Daniel Fuld..

Le Comité Allende 40 organisa tout au long de l’année 2013 plusieurs manifestations en mémoire de Salvador Allende et de l’Unité populaire. Il décida de terminer sa campagne en offrant à l’Université Libre de Bruxelles un buste de Salvador Allende posé au pied de la Salle Allende qui sert aujourd’hui de salle d’expositions à l’Université. Sergio Rojas Fernandez syndicaliste emprisonné par la junte de 1973 à 1975 et expulsé du Chili vers la Belgique rappela les motifs profonds de cette action.

 

L’objectif n’en est pas la nostalgie, mais de faire prendre conscience à tous qu’aujourd’hui de tels événements peuvent se reproduire, surtout lorsque le capitalisme se montre de plus en plus agressif.

 

Sergio Rojas Fernandez montrant l'affiche du Comité Allende 40 réalisée par le graphiste chilien Claudio Maldonado Diaz

Sergio Rojas Fernandez montrant l'affiche du Comité Allende 40 réalisée par le graphiste chilien Claudio Maldonado Diaz

L’autre 11 septembre

 

Le 11 septembre 1973 est aussi appelé « l’autre 11 septembre ». En effet, dans la mémoire collective, cette date évoque avant tout les attentats de New York et de Washington survenus en 2001. Le renversement de la démocratie au Chili est – sans doute volontairement – passé sous silence. Ce n’est pas un hasard ! Substituer une mémoire à une autre est aussi un moyen d’effacer le passé.

 

Aussi, au devoir de mémoire, ne devons-nous pas substituer le devoir d’histoire ? La mémoire est souvent sélective, partielle, sinon partiale.

 

Un exemple : dans l’euphorie des commémorations du débarquement de Normandie, on a fait penser que la victoire contre le IIIe Reich fut avant tout l’œuvre des Alliés anglo-américains qui pénétrèrent le continent européen le 6 juin 1944. Or, sans ôter aucun mérite aux combattants anglais et américains, l’écrasement d’Hitler est à l’évidence le fait de la gigantesque offensive de l’Armée Rouge dans les plaines de Russie en cette même année 1944.

 

Et le 11 septembre ? Pourquoi considérer que le 11 septembre 2001 est une date plus importante que le 11 septembre 1973 ? Le nombre de victimes ? Il y eut environ trois mille cinq-cents morts à New York et à Washington. Au Chili, la répression des sbires de Pinochet a provoqué quasi le même nombre de morts, souvent au terme d’atroces tortures. Les conséquences politiques ? La fin de la démocratie au Chili ne fut-elle une régression aussi importante pour l’ensemble du continent Sud-Américain que, pour le monde, la guerre « contre le terrorisme » et les violations des droits de l’homme ainsi que les graves restrictions des libertés aux USA, en Europe et au Proche Orient prétextées par les attaques du World Trade Center et du Pentagone ?

 

Le 11 septembre 2001 servit de prétexte à l’invasion de l’Afghanistan au nom de la « guerre contre le terrorisme » et à celle de l’Irak après le mensonge des « armes de destruction massive ». Le coup d’Etat au Chili préparé et soutenu par les services secrets américains avait pour objectif d’éradiquer toute avancée sociale et démocratique en Amérique du Sud et d’imposer le néolibéralisme au plus grand profit des multinationales. Aussi, les médias sont-ils restés bien plus « discrets » sur ce 11 septembre là.

 

Des 11 septembre plus égaux que d'autres ?

Des 11 septembre plus égaux que d'autres ?

C’est précisément ce que la cérémonie du 26 juin 2014 organisée par le Comité Allende 40, coordonnée par Monique Discalcius, avec l’Université Libre de Bruxelles a permis de montrer. En dépit des attaques permanentes des puissances économiques, financières et militaires contre la liberté et la justice sociale, il existe toujours une Résistance. Le Recteur Didier Viviers l’a rappelé dans son discours : « Dès le 2 octobre 1973, moins d’un mois après le putsch tragique qui vit aussi le suicide du président chilien encerclé par les putschistes au palais présidentiel de la Moneda, l’Université Libre de Bruxelles décernait le titre de Docteur Honoris Causa à titre posthume à cet Homme d’Etat qui incarnait les valeurs de liberté, de solidarité et de justice sociale qui sont celles de l’ULB ».

 

Le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, a rappelé que les principes fondamentaux de libre examen prônés par l'Université ne pouvaient qu'aboutir à une solidarité concrète avec le peuple chilien.

Le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, a rappelé que les principes fondamentaux de libre examen prônés par l'Université ne pouvaient qu'aboutir à une solidarité concrète avec le peuple chilien.

L’Université de Bruxelles fut à la pointe du combat contre les putschistes et de la solidarité avec les militants chiliens. C’est ainsi qu’elle apporta une aide concrète aux étudiants et professeurs chiliens qui ont dû s’exiler ou qui ont été relâchés et expulsés par le « nouveau » régime. Pierre Galand mit son ONG au service des exilés (1), mais aussi en organisant un soutien concret à la Résistance. C’est ainsi que du matériel électronique fut fourni aux syndicalistes au Chili afin de leur permettre de communiquer sans être écoutés par la DINA (la « Gestapo » de Pinochet). Des artistes belges de toutes les disciplines se rendirent ensemble au Chili et effectuèrent leurs prestations dans les rues de Santiago du Chili – les uns chantaient, d’autres lisaient des poèmes, des peintres peignirent, des dessinateurs dessinèrent – sans que les sbires du régime ne puissent réagir.

 

Le putsch de Pinochet a provoqué une telle émotion en Belgique que l’ensemble de la gauche belge s’est mobilisée, allant du parti communiste au parti socialiste, ainsi que les organisations syndicales, les étudiants et toutes les associations de solidarité.

Pierre Galand qui fut en Belgique un des principaux organisateurs de la Résistance chilienne montre le disque vinyl "33 tours" qui fut gravé en l'honneur de l'Unité populaire chilienne et de ses militants. Il remit ce disque à Madame Isabel Allende.

Pierre Galand qui fut en Belgique un des principaux organisateurs de la Résistance chilienne montre le disque vinyl "33 tours" qui fut gravé en l'honneur de l'Unité populaire chilienne et de ses militants. Il remit ce disque à Madame Isabel Allende.

J’ai pu recueillir via Ralph Coeckelberghs, le témoignage de Jacques Bourgaux, avocat et militant de gauche bruxellois défenseur de plusieurs militants chiliens qui n’était malheureusement pas présent à cette cérémonie.

 

« J’ai été 5 fois en missions au Chili à un moment (surtout au début, ce qui n’était pas évident), créé le Comité National Chili avec Ralph Coeckelberghs et Pierre Galand, ainsi que le Comité du Juriste pour le Chili. J’ai témoigné à l’AG de l’OIT à Genève pour les questions d’atteintes aux droits syndicaux durant la dictature chilienne après une mission mandatée par l’Association Nationale des Juristes Démocrates, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, l’ancienne Confédération Mondiale du Travail & la Confédération Internationale des Syndicats Libres et j’ai participé à plusieurs colloques internationaux d’appui pour la lutte contre la junte chilienne (notamment à Rome, Berlin en RDA, à Paris et Alger).

 

Nous avons aussi animés l’ancienne asbl Services Etudiants Universitaires Latinos-Américains (SEUL) pour sa transformation en Maison de l’Amérique Latine, dont j’ai assuré la présidence pendant quasi 10 ans. Et, plus discrètement, pour le Chili avec ma chère épouse Loretta Cappellini, nous avons apporté à deux reprises pas mal d’argent pour les premières initiatives tolérées par le régime de défenses des prisonniers et des droits de l’homme (devenu ensuite l’Association Chilienne pour les Droits de l’Homme, via des réseaux d’avocats amis, toujours un peu exposés à la répression).

 

Enfin, nous avons ensemble et avec beaucoup d’autres dû intervenir moult fois pour éviter des divisions extérieures intra-chiliennes entre les 2 PS (Altamirano et Almeida), MAPU-OC, MAPU, etc… »

 

Jacques Bourgaux, son épouse Loretta Cappellini et Josy Dubié

Jacques Bourgaux, son épouse Loretta Cappellini et Josy Dubié

Josy Dubié qui fut le dernier journaliste à rencontrer Salvador Allende a bien mis en évidence le rôle des Etats-Unis dans le renversement du gouvernement de l’Unité populaire au Chili. C’était nécessaire en un temps où la mémoire devient de plus en plus sélective.

 

Josy Dubié remettant au lauréat francophone, Monsieur Marcel Lamant, le prix du Comité Allende 40.

Josy Dubié remettant au lauréat francophone, Monsieur Marcel Lamant, le prix du Comité Allende 40.

Dubié intervenait comme co-président du jury Allende 40 du concours de rédaction d’un texte sur la vision qu’ont les jeunes de l’évolution de la société chilienne depuis le renversement d’Allende jusqu’à aujourd’hui. On observe que les deux lauréats auteurs des textes retenus – Marcel Lamant, un étudiant francophone et Paola Verhaert, une universitaire néerlandophone – insistaient sur le lien entre l’actualité – notamment la contestation étudiante au Chili – et la tragédie d’il y a quarante ans. L’autre co-président du jury est le professeur Henri Eisendrath de la VUB (le pendant néerlandophone de l’ULB) qui a aussi joué un rôle important dans le mouvement de solidarité à l’égard du peuple chilien.

 

Henri Eisendrath remet à Madame Paola Verhaert, lauréate néerlandophone, le prix du Comité Allende 40.

Henri Eisendrath remet à Madame Paola Verhaert, lauréate néerlandophone, le prix du Comité Allende 40.

Le discours prononcé par Isabel Allende, fille de Salvador Allende et présidente du Sénat du Chili – à ne pas confondre avec l’écrivaine Isabel Allende qui est une cousine – s’inscrivit aussi dans ce lien entre le passé et le présent. Les révoltes étudiantes contre le précédent gouvernement de droite ont défini une priorité fondamentale au nouveau gouvernement de centre-gauche issu des urnes, présidé par Michelle Bachelet : l’enseignement.

 

Madame Isabel Allende, fille de Salvador Allende, actuelle Présidente du Sénat du Chili a montré les grands enjeux politiques et sociaux au Chili depuis l'Unité populaire jusqu'à aujourd'hui.

Madame Isabel Allende, fille de Salvador Allende, actuelle Présidente du Sénat du Chili a montré les grands enjeux politiques et sociaux au Chili depuis l'Unité populaire jusqu'à aujourd'hui.

 

L’enseignement au Chili a été privatisé sous Pinochet. Pour que les pouvoirs publics puissent à nouveau le régir, il faut modifier la Constitution qui date de la dictature militaire. Dès lors, le gouvernement actuel a besoin d’une majorité spéciale pour réviser la Constitution. (2) En effet, sans avoir effacé du texte fondamental les principales mesures prises durant la dictature, il est impossible de faire une quelconque réforme. C’est la raison pour laquelle le gouvernement actuel cherche à avoir la majorité la plus large possible. Et s’il n’y parvient pas, les socialistes n’excluent pas de nouvelles élections « pour solder l’héritage Pinochet ».

 

Le buste de Salvador Allende inauguré par Madame Isabel Allende. De gauche à droite : l'ambassadeur du Chili, Pierre Galand, André Flahaut, Président de la Chambre des représentants de Belgique, Isabel Allende, Sergio Rojas Fernandez, le Recteur Didier Viviers, le Président de l'ULB Alain Delchambre, Josy Dubié

Le buste de Salvador Allende inauguré par Madame Isabel Allende. De gauche à droite : l'ambassadeur du Chili, Pierre Galand, André Flahaut, Président de la Chambre des représentants de Belgique, Isabel Allende, Sergio Rojas Fernandez, le Recteur Didier Viviers, le Président de l'ULB Alain Delchambre, Josy Dubié

 

C’est donc avec joie, fierté, émotion, mais aussi avec une détermination militante que le buste sculpté en marbre du Chili réalisé par le sculpteur chilien Oscar Planduria Viera a été inauguré. La plaque placée au pilier sur lequel repose cette œuvre contient les derniers mots de l’ultime discours prononcé par Salvador Allende et diffusé par les ondes : « Travailleurs de mon pays, je crois au Chili et en son destin. D’autres hommes dépasseront ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. Continuez et sachez que le jour où vous rouvrirez les larges avenues par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure est plus proche que lointain. »

 

Devoir d'histoire

Un autre devoir d’histoire a été rappelé – à juste titre – par des militants lors des cérémonies de l’ULB : le sort du peuple mapuche qui est depuis longtemps laissé pour compte au Chili, même à l’époque d’Allende. Or, historiquement, ce sont les Mapuches qui furent les seuls à repousser la conquista espagnole au Chili au XVIe siècle. Peut-on prôner les grands principes d’égalité, de justice et de liberté, si on ne donne à ce peuple le droit à la dignité ?

 

Des militants ont rappelé les droits du peuple Mapuche au Chili.

Des militants ont rappelé les droits du peuple Mapuche au Chili.

 

Pour s’approcher davantage de ce jour « plus proche que lointain », un énorme travail reste à accomplir.

 

Pierre Verhas

 

(1) Henri Simonet, à l’époque bourgmestre d’Anderlecht, commune de la région bruxelloise et Ministre des Affaires étrangères de Belgique – bien que connu pour son atlantisme militant et sa fibre néolibérale – apporta une aide concrète et efficace aux réfugiés chiliens en leur attribuant des logements sociaux et en facilitant l’accès de leurs enfants à l’école. En cela, il prouva son attachement aux droits fondamentaux.

 

(2) Observons que c’est une stratégie de la droite ultralibérale à travers le monde : bétonner dans les textes fondamentaux leurs réformes les plus odieuses. Ainsi, par exemple, Viktor Orban, le leader fascisant de la Hongrie, a inscrit les points principaux de son programme dans la Constitution hongroise. L’Union européenne, par les traités budgétaires, empêche tout changement dans la politique d’austérité. Et le projet de Traité Transatlantique enlèvera – s’il est ratifié – définitivement aux Etats la faculté de prendre souverainement des mesures sociales et environnementales.

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 10:35

Scandales

 

La presse a fait grand cas de la menace d'amende colossale que l'administration américaine veut infliger à BNP-Paribas-Fortis, pour transgression des règles d'embargo sur quelques pays. Elle a été plus discrète sur le scandale GMK (Glaxo Smith Klyne), groupe pharmaceutique dont les cadres se sont rendus coupables de pratiques mafieuses en Chine. Chaque semaine apporte de nouvelles preuves de la symbiose entre le capitalisme et le crime organisé...

 

Et puis, en Italie, éclate à Venise le scandale des détournements sur les fonds destinés à la protection de la ville contre les eaux, les travaux "Moïse". Ne parlons pas de la France, où l'affaire Bygmalion (Big millions...)  fait l'ordinaire de l'actualité politique à l'UMP...

 

Europe

 

L'eurocratie a une brillante idée pour alléger la pression de la dette: inclure dans le calcul du produit intérieur brut les revenus (estimés) de la drogue et de la prostitution, cela fait partie des affaires...

 

Quand on vous dit que capitalisme et mafia se confondent de plus et plus...

 

La candidature Juncker à la présidence de la Commission: il y a un solide barrage à droite, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Suède... Finalement, la question se résume à ceci: le Parlement aura-t-il le cran de "recaler" l'éventuel candidat de compromis dont le Conseil des ministres pourrait tirer le nom d'un chapeau ?

 

Inde

 

Les affaires de viols collectifs en Inde donnent son vrai visage à "la plus grande démocratie du monde" qui vient de se donner au parti nationaliste et hindouiste BJP. Le système des castes avec tout son fatras religieux reste au fond de la mentalité d'une société qui n'a jamais connu historiquement une révolution politique radicale, et dont le modernisme ne s'étend pas au monde rural. Les "intouchables" y restent des parias. 

 

Irak

 

La guerre désastreuse menée en 2003 contre l'Irak par le président Bush n'a pas fini de dérouler ses conséquences ultimes: le passage des sunnites persécutés  sous la bannière des djihadistes de l'E.I.I.L., groupe encore plus extrême de la mouvance islamiste guerrière. Le régime chiite d'Al Maliki à Bagdad semble en pleine déroute.

 

Brésil

 

Le matraquage commercial universel qui entoure la Coupe du Monde de football  ne dissimule ni  la crise sociale dans ce pays, ni les sales affaires de la Fifa.

 

 

R.F.

 

 

 

 

 

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 21:56

 

L’annonce d’un plan de restructuration de la chaîne de grandes surfaces AD Delhaize avec à la clé la suppression de 2.500 emplois et la fermeture de quatorze magasins a été précédée par un mouvement au sein de la haute direction de cette entreprise d’abord familiale et qui est devenue une multinationale.

 

L'entreprise au lion fondée en 1867 est devenue une multinationale où les décideurs sont les fonds d'investissements, les fonds de pension et autres hedge funds

L'entreprise au lion fondée en 1867 est devenue une multinationale où les décideurs sont les fonds d'investissements, les fonds de pension et autres hedge funds

 

Denis Knoops vient de remplacer comme CEO pour la Belgique et le Luxembourg, Dirk Van den Berghe qui avait annoncé sa démission le 29 mai. Peu avant, Pierre Olivier Beckers qui est aussi président du Comité Olympique belge, CEO et Président du groupe, considéré comme « trop émotionnel » selon de Tijd, avait été prié d’aller voir ailleurs. Franz Muller a pris sa place. Tout cela n’annonçait rien de bon.

 

Il faut savoir que le groupe Delhaize, au départ vieille entreprise familiale depuis 1867 a voulu, durant la décennie 1990, s’étendre en dehors de la Belgique en créant des filiales aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Europe, le Luxembourg et la Bulgarie. Cette transformation en multinationale ne fut guère heureuse. Le groupe n’a manifestement pas réussi son implantation aux Etats-Unis.

 

Denis Knoops, CEO pour la Belgique, a été chargé du sale boulot par le groupe multinational Delhaize : liquider les p'tits Belges trop traditionnalistes et teigneux.

Denis Knoops (le fils de l'ancien ministre libéral Etienne Knoops), CEO pour la Belgique, a été chargé du sale boulot par le groupe multinational Delhaize : liquider les p'tits Belges trop traditionnalistes et teigneux.

 

Il s'agit des activités de Sweetbay, Harveys et Reid's, des chaînes de supermarchés situées dans le sud-est des Etats-Unis, dont la cession avait été annoncée il y a un an. Delhaize avait alors précisé que 155 magasins étaient concernés.

 

Delhaize a également finalisé, dans une transaction séparée, la vente de son centre de distribution de Plant City, en Floride, à C&S Wholesale Grocers pour un montant de 28 millions de dollars (20,6 millions d'euros).

 

Delhaize, présent dans neuf pays, comptait un réseau de vente de 3.520 magasins à la fin du premier trimestre. En 2013, il a réalisé un chiffre d'affaires de 20,9 milliards d'euros et un bénéfice net de 179 millions d'euros. Les Etats-Unis constituent son premier marché devant la Belgique, à travers notamment la chaîne de distribution Food Lion.

 

Pierre Olivier Beckers, CEO du Groupe et président du Comité Olympique belge, considéré comme trop émotif a cédé sa place au Hollandais Frans Muller.

Pierre Olivier Beckers, CEO du Groupe et président du Comité Olympique belge, considéré comme trop émotif a cédé sa place au Hollandais Frans Muller.

 

Frans Muller a l'air en effet bien installé et bien décidé à congner.

Frans Muller a l'air en effet bien installé et bien décidé à congner.

 

Si on prend les résultats : avec un chiffre d’affaires de 21 milliards d’euros, un bénéfice par action qui devrait passer de 4 à 4,35 euros cette année et un dividende qui reste en croissance, l’action Delhaize, aux alentours de 52 euros, est en bonne forme avec un rapport cours/bénéfice (P/E) de 12, l’action n’est pas très chère, surtout si on la compare à Colruyt, l’autre action du secteur cotée à Bruxelles et qui affiche un P/E de 18.

 

Mais ce qui fait la différence, c’est avant tout la marge bénéficiaire : 0,85 % en 2013 pour Delhaize contre 4,2 % pour Colruyt. Evidemment, on compare un groupe multinational dont l’enseigne au lion est très présente aux Etats-Unis notamment, avec une entreprise essentiellement nationale. "Le handicap de Delhaize, c’est de ne plus être leader sur aucun de ses marchés", commente un analyste. Pourtant, l’évolution du cours de bourse est loin d’être négative. Depuis le début de l’année, le titre a gagné plus de 20 % à la Bourse de Bruxelles.

 

Il est donc clair que la restructuration est motivée par le positionnement du groupe sur le marché et non par ses marges qui sont parfaitement acceptables. Cela, bien entendu, Denis Knoops qui a été envoyé au feu pour annoncer la suppression de 2.500 emplois et la fermeture de quatorze magasins en Belgique, ne le dira pas. Il motivera la décision du groupe par le coût excessif des charges salariales !

 

 

L'image de marque de Delhaize en a pris un coup. Cela ne peut être que la faute des travailleurs pour un patronat agressif et sans scrupules.

L'image de marque de Delhaize en a pris un coup. Cela ne peut être que la faute des travailleurs pour un patronat agressif et sans scrupules.

 

Autrement dit, c’est la faute aux travailleurs !

 

Et on voit les réactions sur les réseaux sociaux. Les grèves « émotionnelles » qui se déroulent dans plusieurs magasins sont considérées comme irresponsables, ce qui se passe, c’est à cause des syndicats ringards et des « droitzacquis ». Bref, toujours la même rengaine populiste !

 

Personne ne se posera la question de la politique des actionnaires, c’est-à-dire ces Fonds de pension et ces hedge funds qui mettent la main sur les entreprises et qui exigent des rentabilités intenables.

 

C’est là où se trouve le problème. Delhaize, vieille entreprise familiale assez paternaliste, s’est transformé en une multinationale. D’ailleurs, le groupe a réalisé un bénéfice net de 179 millions d'euros en 2013 sur un revenu total de 20,9 milliards dont 24% en Belgique. Cela signifie que les trois quarts des activités du groupe se situent hors de Belgique.

 

Les travailleurs ont débrayé dans plusieurs magasins suite à la brusque annonce de ce plan de restructuration supprimant 2.500 emplois.

Les travailleurs ont débrayé dans plusieurs magasins suite à la brusque annonce de ce plan de restructuration supprimant 2.500 emplois.

 

Cela dit, le groupe Delhaize a manifestement des faiblesses en Belgique. Mais ces carences ne sont pas dues aux travailleurs. Bien au contraire, connus dans le monde syndical, pour avoir une très aigüe conscience professionnelle, les « Delhaize » ont, à plusieurs reprises, attiré l’attention de la direction sur de sérieuses lacunes dans l’organisation des rayons, la répartition du travail, l’assortiment des marchandises, etc.

 

C’est un prétexte pour Muller. Il faut dégager 450 millions de cash en Belgique pour la période 2015-2017. Aussi, a-t-il programmé la fermeture de quatorze magasins, ce qui représente la suppression de 2.500 postes. Il s’agit des magasins considérés comme non rentables :

 

- d'Eupen,

- de Dinant,

- d'Herstal,

- de La Louvière,

- de Tubize,

- de Schaerbeek (Verhaeren),

- d'Aarschot,

- de Diest,

- de Berlaar,

- de Genk (Stadsplein),

- de Courtrai (Ring),

- de Lommel,

- de Termonde,

- de Turnhout.

 

On observe que la plupart de ces magasins se situent dans des zones populaires, voire précarisées.

 

Les organisations syndicales qui ont été mises devant le fait accompli mercredi 11 juin ont décidé de soutenir tout mouvement de protestation spontané dans l’un ou l’autre magasin du groupe, mais n’a pas lancé un mot d’ordre de grève générale afin de préserver les forces lors de l’ultime négociation. En outre, les syndicats évitent de précipiter les choses et font en sorte que les négociations aient lieu à la rentrée afin de prévenir des actions de la direction pendant les vacances d’été.

 

Les politiques sont restés silencieux. On n’a pas entendu, notamment les dirigeants du PS qui avaient proclamé qu’avec eux on éviterait le « bain de sang social ». Eh bien ! C’est loupé. Est-ce pour cela qu’ils se murent dans un silence gêné ? Le député européen écolo, Lamberts, a quant à lui, invité les actionnaires à prendre leurs responsabilités.

 

Malgré cela, on ne peut pas dire que les Delhaize bénéficient jusqu’à présent d’un grand mouvement de solidarité. Sans doute va-t-il venir, ou est-ce que le discours patronal visant à faire porter la faute aux travailleurs et complaisamment relayé par les médias, commence à distiller son poison dans une opinion mise en léthargie par le mondial de foot ?

 

Ce conflit est sans doute le premier en Belgique d’une longue série. En effet, à la veille de la formation d’un gouvernement de droite, on propose, via la Banque nationale, de raboter les pensions et pourquoi pas les salaires dans la foulée ?

 

Solidarité et vigilance sont les mots d’ordre indispensables en ces jours.

 

 

Pierre Verhas

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 22:07

Après le 25 mai

 

Club « Osons le socialisme » (communiqué adopté à la réunion du 7 juin)

 

Au lendemain du 25 mai, la FGTB a exprimé son inquiétude devant le glissement à droite. Si le PS a maintenu sa position centrale en Wallonie et à Bruxelles, il s’est tassé et sa marge de manœuvre pour un gouvernement fédéral sera plus réduite.

 

Le PTB a fait son entrée sur la scène parlementaire. Malgré nos réserves sur cette formation, elle représente une gauche ouvrière et sera un aiguillon vers la direction du PS.

 

Déplorons l’éparpillement des voix de la gauche dite radicale.

 

La poursuite de la politique d’austérité conduira à l’échec et les dernières décisions de la BCE ne répondent pas à la situation de stagnation et de déflation.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 18:10

Parlement européen: glissement global à droite

 

Un siècle après la folie des nationalismes qui plongea l'Europe dans le cauchemar d'une guerre criminelle de quatre ans, le nationalisme se porte bien. Les élections européennes de la fin mai ont été marquées par une poussée de repli sur la "patrie" et la "souveraineté nationale", de xénophobie, voire de tentation fasciste. L'Europe officielle, celle du Conseil des ministres et de la Commission, en est la première responsable: c'est sa politique du carcan budgétaire et des "sacrifices nécessaires" qui a jeté, comme en France, les populations les plus défavorisées dans le camp du Front national, ou simplement dans l'abstention, plus massive encore en Europe de l'Est. Le problème des "dettes souveraines" est en réalité celui d'une partie au moins de leur effacement, d'une manière ou d'une autre.  Mais les gouvernements s'apprêtent à poursuivre la même politique qui a si bien fait la preuve de son échec.

 

La gauche radicale ne progresse pas à la mesure de la "crise".

 

Dans le nouveau Parlement européen, le PPE conservateur et la social démocratie perdent globalement des sièges mais gardent leur suprématie. En Espagne, la politique dominante a été durement sanctionnée, et le PSOE n'a nullement profité d'être dans l'opposition. Par contre, la gauche radicale y fait une belle percée, avec le parti rouge-vert et les "Indignés".

 

En France, l'UMP et le parti socialiste tombent au plus bas au profit du Front national. Contre-performance du Front de gauche avec seulement trois sièges, 13 au PS (sur 74).

 

 La gauche italienne a tiré son épingle du jeu avec Renzi, homme nouveau, qui distance le démagogue Grillo. "Die Linke" se maintient en Allemagne. Grâce au  grand succès de Syriza  avec Alexis Tsipras en Grèce, la gauche radicale progresse d'une dizaine de sièges dans le nouveau Parlement. Par rapport à la gravité de la "crise", cela indique clairement qu'elle doit clarifier ses positions et propositions,  et souffre d'un manque de crédibilité. Il ne doit rien y avoir de commun entre elle et les europhobes. La sortie de la zone euro, en particulier, est un objectif nationaliste et réactionnaire.

 

 A la rédaction de cet article, on ignore encore si Marine Le Pen réussira à construire "son" groupe dans le nouveau Parlement: il faut que sept pays soient représentés. Par définition, les  courants nationalistes sont rivaux et ombrageux, et les nazis grecs, pour prendre cet exemple, sont infréquentables, comme les antisémites hongrois de Jobbik.

 

Le Parlement plutôt que le Conseil des ministres !

 

Ce glissement global vers la droite déforce le courant fédéraliste en tant que tel. On le voit bien avec la candidature Juncker comme président de la Commission. Ce conservateur luxembourgeois est censé être soutenu en bloc par le PPE, première force du Parlement. Mais la retorse chancelière allemande semble prête à abandonner l'homme de son propre parti, face au refus du Premier ministre britannique Cameron, qui court derrière l'europhobe Nigel Farage (UKIP),  grand vainqueur du scrutin avec 27,5% des voix.

 

La double lecture du traité de Lisbonne sur le choix du président de la Commission, "en tenant compte du Parlement" n'est pas une question dans laquelle la gauche peut renvoyer les uns et les autres dos à dos. Car c'est le Conseil des ministres qui s'identifie le plus à la politique qu'elle dit condamner. Restera à savoir si le Parlement peut avoir le courage de "recaler" un candidat de compromis choisi par le Conseil... 

 

 

Robert Falony

(3.6.2014)

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 21:47

 

Ce qui s'est passé en Belgique ce 25 mai, et singulièrement en Flandre, est la copie conforme de ce à quoi on a assisté dans presque toute l'Europe: un glissement à droite, vers le nationalisme, mal compensé par une radicalisation à gauche moins forte. Des couches populaires et une classe moyenne fragilisée par la "crise" se détournent des "élites" de la pseudo Europe, calfeutrées dans leurs privilèges, leurs titres, leur prébendes.

 

La forte progression de la NVA était attendue. Qu'elle se soit faite en phagocytant l'électorat  du Vlaams Belang signifie pour De Wever des problèmes en interne, avec une base plus nationaliste qu'ultra libérale...

 

En Belgique francophone, Paul Magnette et Laurette Onkelinx ont sauvé la mise de justesse, mais n'ont pu éviter ni le tassement, ni le renforcement du MR en Région wallonne, ni l'irruption du PTB sur la scène politique, puisque ce parti communiste très spécifique force bel et bien les portes des assemblées, en "parti ouvrier" qui va servir d'aiguillon pour un PS dont la marge de résistance aux compromis n'est vraiment pas élargie...

 

Que dire alors de la situation française? Véritable naufrageur du PS, François Hollande, pour avoir capitulé en matière budgétaire devant la chancelière allemande, a fait du Front national le premier parti de France, avec une Marine Le Pen bien plus dangereuse que son père...

 

Des commentaires sur nos plateaux de TV, retenons que tout le monde était content, et qu'on discutait beaucoup plus des coalitions possibles  que des programmes...

 

R.F.

 

Impossible de clore de billet sans évoquer l'abominable attentat contre le musée juif, acte d'antisémitisme qui traduit une forme de racisme.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 07:16

 Eliminons tout de suite la question du "vote utile": on n'a la réponse qu'après le scrutin!

 

Vaut-il mieux voter selon ses principes et ne rien peser dans le vrai rapport des forces, même de façon infinitésimale; ou bien voter "utile" et en pratique souscrire aux compromis politiciens de demain?  C'est la quadrature du cercle.  Rangeons cela au rayon des libres opinions...

 

Le danger principal est une aggravation de la politique d'austérité à sens unique, incarnée en Belgique francophone par le MR, et, à l'échelle du pays, par la NVA. On laissera à De Wever le mérite de la clarté dans ses buts: éliminer le centre-gauche du gouvernement à tous les niveaux, refaire d'abord avec le gouvernement flamand ce qu'il a fait à Anvers ville: renvoyer le SPa dans l'opposition avec le  concours du CD&V et de l'Open VLD.

 

 Ces partis ont certes pris leurs distances avec les nationalistes. Mais demain ils diront le cas échéant qu'il faut" respecter la volonté de l'électeur". Et, quoi qu'on en pense, la stratégie de la NVA est bien de privilégier le domaine socio-économique au niveau du pouvoir fédéral. Si la NVA dépasse en sièges le total du PS et du SPa, elle pourra atteindre son but, qui correspond à celui du patronat, et pas seulement du patronat flamand.

 

Du côté francophone, ne soyons pas dupes des cabrioles des Reynders et Michel face à la NVA. Si celle-ci se montre "raisonnable" en matière institutionnelle, bien des discours de campagne seront oubliés.

 

Des programmes hors contexte...

 

Des programmes des partis- mais l'un n'est pas l'autre- il y a peu à retenir. On se demande comment on va concilier tous ces allègements promis de la fiscalité avec l'observance des règles budgétaires édictées par "Bruxelles".  Le retour de la "croissance" ?  Oubliez. Moins d'un demi pour cent aux dernières nouvelles. La situation des finances locales a été le plus souvent occultée. Et on  continue de sacrifier au dogme de "l'effet de retour" automatique de telle ou telle mesure fiscale prise au niveau fédéral.

 

Eparpillement

 

La gauche dite radicale présente donc trois listes en Belgique francophone. Observons que le PTB donné comme favori est, quand on considère ses origines, un phénomène unique en Europe occidentale. Ses listes sont pratiquement "pur sucre".  Cependant, le nombre de militants syndicaux qui s'y sont ralliés, à la base de la FGTB en particulier, indique clairement qu'il fera perdre des plumes au PS dans les bassins industriels. Trop de légitime colère face au sacrifice de l'emploi.

 

 Mais, chez nous, pas d'élément fédérateur, point d'effet Mélenchon ou Tsipras... Persistons à le regretter.

 

Les Exécutifs régionaux

 

Si la reconduction automatique de l'alliance PS-CDH- Ecolo est possible dans les chiffres, le mieux est certes qu'elle soit immédiatement reconduite à Namur. Et à Bruxelles, où le risque d'éparpillement des sièges est beaucoup plus grand?

Quant au gouvernement flamand, ce sera au CD&V de démontrer rapidement qu'il ne s'ancre pas à droite en sacrifiant le SPa et le mouvement ouvrier chrétien...

 

   

Robert Falony

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 07:09

Cher Robert,

Désolé, mais je ne vois pas trop l'intérêt d'aligner des phrases aussi peu nuancées que "Trois listes se réclamant de la gauche radicale, cela témoigne davantage d'affirmations personnelles que d'un souci de front commun, au delà de divergences idéologiques sclérosées."

Tout qui prend la peine de lire les programmes des listes en question constatera que l'on y trouve des différences aussi notables qu'entre PS ou ECOLO (pour ne prendre que ces deux exemples) sur des enjeux essentiels comme l'avenir de la monnaie, le fédéralisme européen ou le protectionnisme. Entend-on que la présence de ces deux listes plutôt que d'en déposer une seule (ce qui permettrait assez probablement d'obtenir un élu de plus à l'Europe) est le signe de "divergences idéologiques sclérosées" entre PS et ECOLO ?  Pas que je sache.

De manière générale la logique bipartite, conduit assez invariablement à l’appauvrissement du champ politique et de la démocratie.  Il conduit aussi à une forme d'alternance qui ne change pas le cours libéral et austéritaire. On aura d'ailleurs peine à voir le quelconque virage à gauche que l'élection de "l'ami" Martin Schulz pourrait produire, lui qui est un pur produit du SPD qui est un (sinon "le") parti moteur des logiques austéritaires que l'Allemagne impose aujourd'hui à toute l'Europe.

Dès lors que la social-démocratie à renoncé (c'est en tout cas ma conviction) à inverser le cours des choses, on peut assurément se questionner sur l'impossibilité de la gauche de gauche de se refonder dans un projet (le notre c'est l'écosocialisme, il est nouveau et il avance de part le monde) et une structure qui laisse à chacun un véritable espace.  En Belgique, la prédominance du PTB (accentuée par sa percée dans les médias), son parcours particulier (je ne pense pas qu'il existe en Europe un autre pays où un parti de la même mouvance soit dans cette position dominante), sa façon assez hégémonique d'envisager le paysage à la gauche du PS et d'ECOLO (le refus de simplement joindre VEGA à l'accord technique sur Bruxelles en est témoin), sont autant d'éléments qui mériteraient pour le moins d'être considérés si l'on tente de comprendre ce phénomène au delà des divergences de programme et de projet dont j'ai parlé.

Quant à VEGA, où l'on adhère à titre individuel et où la double adhésion est possible, modestement mais avec sérieux et enthousiasme, c'est une forme de laboratoire qui part du principe que ce sont à des personnes et pas à des formations (souvent arque-boutées sur leurs divergences) de travailler à une convergence à gauche.  On peut ne pas partager cette analyse (pourtant nourrie dans mon chef comme dans celui de bien d'autres dans VEGA par de multiples tentatives unitaires avortées) mais en faire une question "d'affirmations personnelles" c'est simplement gratuitement injurieux. Voilà qui devait être dit !

Salutations de gauche,



Pierre Eyben

 

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 09:10

  

Les médias opposent globalement les "partisans de l'Europe" aux "eurosceptiques".  Un autre schéma s'impose. L'Europe dont ils parlent est celle des gouvernements adossés sur le grand capital et les marchés financiers. Ce n'est pas une Europe fédérale, mais intergouvernementale. Ce n'est pas celle des peuples, qui s'en détournent. C'est la non Europe de l'austérité budgétaire déflationniste, qui fait payer la "crise" par les masses défavorisées. C'est la non Europe qui débouche, comme dernier exemple en date, sur le passage d' Alstom sous la coupe de l'américain General Electric, faute d'une politique industrielle européenne intégrée. On a vu ça avec la sidérurgie liégeoise et lorraine... 

 

Cette Europe officielle et démissionnaire suscite une opposition rétrograde, de type nationaliste et xénophobe. La gauche n'a rien à voir avec ces gens là, qui rêvent du retour aux monnaies nationales; à l'indépendance de la Flandre, de l'Ecosse, de la Catalogne, de la Bretagne, de la Corse, de la Lombardie, de la Vénétie, et pourquoi pas du retour au Moyen Age? Les sots qui suivent ces courants, s'il advient, feront l'expérience pratique des effets de leur sottise.

 

 Mais si les élections européennes traduisent, comme on peut le craindre, une poussée de ces forces, incarnées par Marine Le Pen, par Wilders, par Grillo et d'autres, la faute en sera précisément à "cette Europe là". Les Barroso, Van Rompuy et compagnie auront les résultats qu'ils méritent.  Soulignons encore que le système antisocial des "travailleurs détachés" payés par des patrons esclavagistes deux ou trois euros de l'heure, renforce la xénophobie ambiante. On entend rarement un certain patronat faire la critique d'une "libre circulation des travailleurs" qui favorise à ce point le dumping social...

 

Et puis il y a la gauche anticapitaliste, morcelée, et qui doit clarifier sa position face à l'Europe politique.

 

Dans cette mêlée confuse, la social-démocratie est représentée par l'ami Martin Schulz. Le verbe est à gauche, il veut "infléchir" la politique dominante, mais rien n'assure que les gens qui ne se sont pas dressés hier contre la politique de Merkel, de la BCE, du FMI, contre le sort infligé à l'Espagne, au Portugal, à la Grèce,  ne feront pas  demain une courbe rentrante, en continuant comme par devant... Il faudrait que le groupe socialiste du nouveau Parlement européen devance le PPE (Parti populaire européen, démocrate-chrétien) pour que Schulz puisse mettre en question, dans son pays, le rapport des forces avec la chancelière.

 

Or, le Parlement européen élu en juin 2009 compte 275 PPE, 194 socialistes et assimilés, 85 libéraux (ADLE), 58 Verts. Le reste va à quelque 120 eurosceptiques britanniques,  souverainistes divers, et fascistes plus ou moins déclarés. C'est cette masse qui risque de gonfler. La gauche radicale est sortante avec seulement 35 sièges.

 

En Belgique, la dispersion...

 

En Belgique, on ne peut pas dire que les partis politiques ont mis leurs actes en concordance avec leurs paroles quant à l'importance du scrutin européen: à la notable exception de Guy Verhofstadt, fédéraliste mais libéral, aucune personnalité d'envergure internationale et d'avenir politique ne figure en tête des listes. On a fait comme d'habitude. Pour le PS, on n'est pas irrespectueux envers Marie Arena en s'interrogeant sur sa vocation à occuper vraiment la scène du PE pendant cinq ans... Et l'éviction  de Véronique De Keyser demeure injustifiable.

 

Le risque de dispersion des suffrages est d'autant plus grand qu'on a assisté à une prolifération sans précédent du nombre des listes: dix-neuf pour l'Europe, sept néerlandophones et douze francophones! Lesquels n'ont à se répartir qu’une petite dizaine de sièges... C'est ici que la lancinante question du vote "utile" se pose non seulement en termes politiques mais surtout en pratique: est-il sage de voter pour une liste qui n'a pratiquement aucune chance de remporter un siège, si sympathique soit son programme?  Trois listes se réclamant de la gauche radicale, cela témoigne davantage d'     affirmations personnelles que d'un souci de front commun, au delà de divergences idéologiques sclérosées. Ne reste donc que le vote nominatif en soutien d'un "meilleur que les autres", sur une liste...de gauche.

 

En Flandre, la NVA va s'emparer  d'au moins trois sièges. Il y a gros à parier qu'au Parlement européen, elle fera le jeu du PPE et de Juncker, candidat de la droite internationale à la présidence. Si des gouvernements de poids ne mettent pas des bâtons dans les roues : tous au Conseil des ministres n'adorent pas le Parlement européen.       

 

 

Robert Falony

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 20:54

France: la gauche de gouvernement va dans le mur...

 

Le parti socialiste français a subi un désastre électoral aux élections municipales de mars. Un désastre qui risque bien de se reproduire aux élections européennes, avec le Front national plus haut que le PS...

 

Le sauvetage de Lille et de Paris ne doit pas faire illusion. C'est autour des grands centres urbains, dans les faubourgs et petites cités populaires, que l'évaporation du vote de gauche est la plus spectaculaire. Le PS est en  difficulté dans les "communauté urbaines" qui sont autour de ces grandes villes. D'anciens bastions "ouvriers" sont tombés, au détriment soit du PS, soit du parti communiste. Le cas le plus symbolique est celui de Limoges, une cité administrée par la gauche depuis un siècle. Et puis, autre cas de figure: Marseille, qui était "prenable" face au vieux maire Gaudin. Mais le "système Guerini", les pratiques affairistes et glauques, d'ailleurs anciennes, dans la fédération PS des Bouches du Rhône, plus les conflits internes qui ont précédé l'élection, ont entraîné une cuisante défaite.

 

Tout l'échec de la politique de Hollande se ramène a ceci: il n'a pas osé, après son élection, affronter Berlin sur le carcan budgétaire européen. Une coalition anti-Merkel était à tenter. Ceux qui ont peur d'une crise ouverte entretiennent des crises larvées. Les incantations à la "rigueur" de Manuel Valls n'y changeront rien: cette politique conduit la gauche dans le mur. Une quarantaine de députés socialistes ont eu le courage de manifester leur opposition par leur vote d’abstention, le 29 avril.

 

La monarchie élective en France

 

La France est cependant dotée, depuis la réforme du général De Gaulle instaurant pour son usage l'élection directe du président de la République, d'une monarchie élective et quasiment plébiscitaire. Le chef de l'Etat n'est pas un arbitre, mais un chef de parti. Ceci correspond à une vieille tradition "bonapartiste" dans ce pays, qui est censée garantir un Etat fort. A une époque où, en outre, la dépolitisation des masses atteint des sommets, l'état d'esprit des médias, et des masses  formatées, est de chercher un "homme fort" et providentiel pour s'en remettre à lui.


 

Dans le cas français, et en dépit d'une Constitution  disant que le gouvernement gouverne, le glissement vers le pouvoir personnel s'est accentué par la pratique. Jusqu'en 1981, la droite est au pouvoir, De Gaulle, Pompidou, Giscard sont ses guides. Mitterrand, oubliant ses professions de foi antérieures, s'est coulé dans ce modèle, d'ailleurs avec souplesse. Il n'a pas cherché à redéfinir la fonction. La France a expérimenté des "cohabitations" entre le président et une majorité du bord opposé.


 

Cela a paru tellement malséant que l'on a accentué le caractère monarchique du régime en réduisant la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans, de façon à faire coïncider l'élection présidentielle avec les législatives.

 

Le parti socialiste a été vampirisé par cette fonction monarchique. Les tendances ont fait place à des écuries de course à la présidentielle. A droite, au centre, à gauche, il y a vingt personnages, qui, en fonction de leur âge, ne rêvent que d'une chose: occuper un jour l'Elysée.


Arnaud Montebourg voulait une Sixième République: il se débat dans les contradictions de la Cinquième...

 

  

Robert Falony

 

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