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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 17:27

France: la crise du PS... et de la République

 

Il y a deux crises en France: l'une est celle de la social-démocratie, marquée par l'éclatement du PS. L'autre est propre à la France, malade de son régime présidentiel, du système institutionnel instauré par De Gaulle, et qui a vampirisé le parti socialiste, transformant les tendances en écuries de course pour l'Elysée. Le président de la République n'est pas un arbitre, c'est le chef d'une majorité.

 

Quand Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981, il s'est coulé dans la fonction. Même sans rétablir l'élection du président par l'Assemblée nationale, il aurait pu réécrire la pratique constitutionnelle de façon à ce que le chef du gouvernement tienne la barre, lui et non le président. Le passage du  septennat au quinquennat a aggravé la situation. Montebourg peut bien se réclamer avec d'autres de la Sixième République: c'est une formule creuse si on ne change pas de système.

 

Valls, Hollande, Montebourg

 

Manuel Valls s'est toujours situé le plus à droite dans le PS. Arrivé dernier à la "primaire", il avait même suggéré de changer le nom du parti... Il reste donc fidèle à son idéologie  "sociale libérale" dans ce rôle de Premier ministre musclé que la déroute politique de François Hollande lui a attribué.

 

Les Français, en 2012, ont voté contre Sarkozy, et pourquoi pas pour ce personnage à l'allure aussi rassurante que rondouillarde? Issu avec Ségolène Royal des hautes écoles élitistes qui fournissent des cadres à l'Etat, il s'est faufilé dans son sillage jusqu'aux hautes sphères du pouvoir élyséen, avec Attali, tout en se créant une base électorale en Corrèze. C'est un solitaire, en ce sens qu'il ne s'est jamais attaché à un courant. Premier secrétaire incolore, mais majoritaire face au problème européen, il a eu l'astuce de partir le premier dans la course à l'Elysée, telle la tortue de la fable, alors que la plupart ne juraient que par Strauss Kahn, encore un fameux "socialiste"! Des imprudences de langage ont laissé supposer qu'il était prêt à se mesurer à la chancelière allemande. En réalité, comme tant d'autres dans la social-démocratie européenne, il misait sur le "retour de la croissance" annoncé par des augures...

Il ne faut pas faire d'Arnaud Montebourg le nouvel héraut de la gauche, mais il est  moins myope sur la réalité économique, et s'apparente à un courant plus critique à l'égard de "Bruxelles" et Berlin, comme, semble-il, Renzi en Italie. Quant aux "frondeurs", ils ont le mérite d'exister. Ils seraient peut-être plus disposés à rejoindre le Front de gauche, si celui-ci n'était pas sorti mal en point du scrutin européen, malmené par les états d'âme de Mélenchon.

 

Tableau d'ensemble

 

Toute la social-démocratie européenne est en réalité frappée de la même maladie de langueur et d'atonie. Y a-t-il spectacle plus navrant que celui offert par l' inaudible opposition du Labour, face à Cameron? Il faut aller chez les indépendantistes écossais porteurs d'une illusion pour entendre des arguments de gauche. Les socialistes  espagnols s'efforcent, eux, de faire oublier l'ère Zapatero. Mais en Grèce, la gauche radicale Syriza a le vent en poupe.

 

Et ce que ne dit pas la social-démocratie sur l'Ukraine: ni l'Otan, ni Poutine !

 

Robert Falony 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 00:03

 

Ne dites pas "la coalition suédoise"!

 

Elle fait référence à une coalition de centre-droit, alors qu'il s'agira d'un gouvernement des droites, dans lequel la très nationaliste et ultra libérale NVA pèsera de tout son poids !

 

Toutes les idées qui filtrent de la négociation en cours sont plus inquiétantes les unes que les autres. Mais elles sont enrobées dans un vocabulaire mielleux et trompeur, "restaurer la compétitivité", ou "dégager des marges pour l'emploi" qui sont autant de tromperies sur la marchandise... Le programme esquissé  est bel et bien celui du patronat, dont la vocation n'est pas de réduire le chômage, mais d'améliorer le profit. Il n'investira pas dans le contexte économique actuel !

 

Admirons au passage combien les négociateurs sont soucieux de la parité hommes-femmes au niveau européen. Se disputant les premiers rôles comme des chiens se disputent un os, ils font   poireauter Juncker avec la désignation du commissaire belge, poste pour lequel la sociale-chrétienne Marianne Thyssen est pourtant toute indiquée! Mais les principes et le MR style Reynders, cela fait deux!  

 

 

R.F. (26-8)

 

Lagarde… à vue

 

Christine Lagarde, l’actuelle DG du FMI, est rattrapée par les affaires. Elle doit se poser la question de l’efficacité de la justice privée qu’elle a inaugurée avec le fameux « arbitrage » entre le très distingué Bernard Tapie et les débris du Crédit Lyonnais. Les « juges » ont donné raison à l’ancien ministre de la Ville de François Mitterrand qui a empoché au passage 329 millions d’Euros.

 

La Justice – la vraie, la publique – a détecté un problème dans cette juteuse combinaison. Elle a inculpé un des juges « arbitres », Tapie, son avocat et le chef de cabinet de Lagarde lorsqu’elle était ministre des Finances de Sarkozy. Cette dernière fut d’abord entendue comme simple témoin, puis comme témoin assisté – un bidule inventé par le Code pénal d’outre Quiévrain qui signifie que l’on est presque mis en examen – et enfin, mise en examen. Pas pour les faits incriminés, mais pour « négligence ». Elle risque quand-même un an de boîte… qu’elle ne fera pas, rassurez-vous !

 

Pas contente la directrice du FMI, elle conteste et de ce pas retourne travailler à Washington. Elle risque gros malgré tout : les Américains commencent à en avoir assez de ces Français qui prennent la Justice par-dessus la jambe. Après les frasques de DSK, les combines louches de Lagarde, cela commence à faire beaucoup.

 

Aussi, la grande Christine va devoir ferrailler ferme pour terminer son mandat au FMI. Et elle aura sans doute difficile à le renouveler.

 

Christine Lagarde, à défaut de garde à vue, risque bien de l’avoir dans la vue.

 

PV (29-8)

 

 

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 21:04

  

Quelques foyers du bellicisme en 2014...

 

Le cerveau primitif de l'Homme ayant peu évolué depuis un siècle, la série des conflits armés qui se déroulent en cet été 2014 témoigne de la vigueur des comportements bellicistes. En Ukraine, un chef d'Etat fait la guerre à sa propre population, celle d'un petit territoire qu'il revendique comme ukrainien, face à des séparatistes insurgés adossés à la Russie. Pris entre deux feux, les civils deviennent des réfugiés...

 

Gaza: on n'accusera pas l'armée israélienne d'avoir visé délibérément les écoles de l'ONU. Plus probablement, les militaires ont "tapé dans le tas", on sait ce que cela veut dire à Gaza. La guerre traduit sur le terrain l'affreux principe de la responsabilité collective, on massacre les "sujets" de l'ennemi. Le problème palestinien n'est pas ici notre propos.. Constatons simplement qu'Israël a perdu la guerre de l'image: la sienne s' est encore un peu plus dégradée à travers le monde.

 

Pour justifier les pires crimes, rien de tel que d'invoquer Dieu, qui ne répondra pas. Le fanatisme religieux est un puissant ressort du bellicisme. Le pseudo " Etat islamiste" avec un calife à la place du calife, prétend s'ériger sur les ruines d'une Syrie détruite par Assad, et d'un Irak disloqué par la guerre de G. Bush. Il est le modèle de la barbarie absolue. Là, la riposte armée s'imposait, pour assister la résistance kurde.

 

La révolution libyenne aussi a échoué: une épuration totale des cadres dirigeants a  conduit, comme en Irak, à la destruction de l'Etat. Le chaos libyen complète le tableau d'un désastre géopolitique.

 

Quatre autocrates

 

Vladimir Poutine est un autocrate qui rêve des splendeurs passées de la puissance russe, mais n'en a plus les moyens. Il ne peut rétablir les bases économiques de l'URSS. Mais la politique brouillonne de l'Union européenne en Ukraine l'a bien servi, en lui conférant un fort regain de popularité, le patriotisme !

 

Autre autocrate, rêvant quant à lui de l'empire ottoman, Erdogan n'est pas un islamiste "modéré" : il travaille à défaire l'œuvre laïque d'Ataturk. C'est lui qui se verrait bien calife...

 

Assad: s'est maintenu au pouvoir en détruisant la Syrie, et en transformant sa lutte pour le garder en conflits ethnico-religieux.

 

Al-Sissi: l'armée égyptienne s'est jouée d'un camp révolutionnaire divisé et inexpérimenté, et a rétabli sa dictature par une répression féroce.

 

Le nationalisme est totalitaire.

 

Le hasard seul fait la naissance, nous naissons quelque part.  Appartenir administrativement à une "nation" ne nous distingue pas politiquement, ne donne pas à l'Etat le droit de disposer de la vie. On peut combattre et mourir pour la liberté, la démocratie, non pour la "patrie". Le nationalisme est totalitaire, qui élève "les intérêts nationaux" au dessus des droits des autres peuples et de  l'humanité entière. Le citoyen n'est pas le "sujet" d'un pouvoir dirigeant, toujours habile à désigner un ennemi extérieur pour détourner le mécontentement qu'il suscite.

 

Robert Falony  ( 10.8.)

 

 

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 13:10

En Belgique comme ailleurs, s’effectue un remarquable travail d'exhumation des horreurs de la grande boucherie de 1914-18, mais les médias laissent aux historiens la question centrale des responsabilités. La critique de la conquête des marchés n'est pas dans l'air du temps, ni même celle du militarisme et de ce nationalisme dont on revoit la résurgence un peu partout à travers le monde. Au mieux, la pensée officielle peut aller jusqu'à mettre en question le jeu des alliances  de l'époque. Mais on voit bien que les grandes capitales concernées n'ont aucune envie de creuser davantage sur leurs propres responsabilités dans un passé qui n'est pourtant pas si lointain...

 

 

 Commémorer, oui, mais patriotiquement!

 

En Belgique, c'est facile, la neutralité de ce petit pays a été sauvagement violée par l'Allemagne impériale. On va rencontrer, au mois d'août, le souvenir de crimes de guerre abominables qui n'étaient pas ceux des nazis, mais des soldats de Guillaume II.

 

 

 


dinant_1914.jpg


Massacre de Dinant par les Uhlans en 1914.

 

Voyons d'abord le cas allemand. Le régime nazi, universellement réprouvé, fait écran et occulte la réalité antérieure du vieux militarisme prussien. Il ne faut pas trop peiner la chancelière Merkel et les électeurs de la CDU en soulignant que le pouvoir conféré à Hitler (financé par le grand capital)  le fut par le président Hindenburg, héritier historique de Frédéric II et de Bismarck. Ni que l'Allemagne contemporaine a transféré sur le terrain monétaire cette vieille propension à l'hégémonie. Quant aux sociaux-démocrates, le vote des crédits à la guerre en 1914, à l'unanimité, au contraire de toutes les belles résolutions, demeure la plus grande honte de  leur histoire.

 

En 1914, le parti de la guerre à Berlin assura donc l'Autriche-Hongrie de son appui dans ses ambitions balkaniques, poussant à la catastrophe.

 

La France. On n'imagine pas François Hollande ou Manuel  Valls déclarer que la récupération de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine ne valait pas ces millions de morts et de mutilés, ni même que l'alliance contre nature entre l'empire des tzars et la France républicaine ( nouée déjà  au temps d'Alexandre III, les fameux emprunts russes) "justifiait" la thèse de l'encerclement de l'Allemagne. Rendre hommage à Jean Jaurès, c'est d'abord se souvenir qu'il combattait le nationalisme de son propre pays, incarné par le président de la République élu en 1913, Raymond Poincaré, et tant d'autres.  

 

Les petits nationalismes sont nocifs comme les grands. Il s'est trouvé le 28 juin des nationalistes serbes pour rendre hommage au geste imbécile de Prinzip à Sarajevo. Ils appartiennent à la même espèce que les assassins de Srebrenica durant la guerre en ex-Yougoslavie.

 

Il va être curieux de considérer ce centenaire tel que vu de Moscou, dans l'optique de l'autocrate Poutine, promoteur du nationalisme grand russe et panslave. De la à réhabiliter le fantoche Nicolas II et la clique de ceux qui voulurent la guerre pour refouler la révolution...


Ce qu'il y a d'actuel dans toutes ces considérations, c'est, redisons le, la résurgence du nationalisme d'exclusion, tel qu'il sévit en Ukraine. Seule une Ukraine neutralisée peut trouver la paix. Toute nouvelle extension de l'Otan vers l'Est attiserait le conflit avec la Russie. Et c'est ce grand saut en arrière que représente l'exaltation de la "souveraineté nationale" face à la non Europe du capitalisme, lequel s'en accommode très bien, de même qu'il produisait la guerre il y a cent ans. 

 

Robert Falony

 

A paraître aux éditions Jourdan dans les prochains mois: cent ans d'Histoire. Thème central: la guerre et la finance ont tué la démocratie... La préface est de Philippe Moureaux.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 21:06

Moyen Orient: extension de l'incendie

 

L'annonce de la prise de Mossoul par les forces de l'EIIL (Etat islamique de l'Irak et du Levant) a soudain réveillé nos médias amnésiques. Après avoir relégué à l'arrière-plan, pendant  des années, les convulsions en Irak, consécutives à la guerre de Bush et Blair en 2003, ils ont "découvert" que cet Etat est brisé, et pas depuis l'intervention des djihadistes.

 

 Il faut rappeler que le proconsul américain Bremer avait commis la bêtise insigne de dissoudre le parti et l'armée du dictateur chassé, sans s'attirer pour autant la sympathie des chiites bénéficiaires, mais avec l'effet de faire des sunnites la nouvelle minorité opprimée, derrière la façade d'une union constitutionnelle toute théorique. Combien, depuis dix ans, d'attentats, de représailles, d'épisodes sanglants? Le premier ministre Nouri Al-Maliki a été l'instrument de ce sectarisme chiite. Cela n'a pas empêché son armée, formée et instruite avec l'argent du contribuable américain, de se débander à Mossoul et ailleurs en terre sunnite. Par chance, ce sont les combattants kurdes qui, au nord, contiennent l'EIIL, lequel, comme son nom l'indique, est né en Irak, même s'il a fait ses armes dans la guerre syrienne, se posant même  en dissidence d'Al Qaida.

 

L'embarras américain

 

Face à cette situation, l'administration Obama a choisi, comme d'habitude, de louvoyer, elle envoie en Irak des "conseillers" et des commandos, tout en chargeant le secrétaire d'Etat  Kerry de trouver une solution politique qui passe par le remplacement d'Al-Maliki. Il en faudrait bien plus pour détacher les chefs tribaux sunnites de leur  alliance avec les "fous de Dieu". Ceux-ci n'ont guère de chances de prendre Bagdad, mais ils resteront comme poisson dans l'eau dans la partie sunnite de l'Irak. Ainsi, c'est tout le Moyen Orient qui s'embrase. L'issue des guerres de Syrie et de l'Irak est liée à une improbable solution politique globale

 

La nébuleuse islamiste guerrière

 

Quelles que soient dans cet embrasement les responsabilités de longue date des capitales étrangères, des Etats-Unis mais aussi de la Russie, de l'Iran, de l'Arabie saoudite et des pétromonarchies, il faut s'interroger sur l'incapacité du monde arabo-musulman à se hisser dans une véritable modernité. L'échec dramatique des "révolutions arabes" illustre cette impuissance. On n'est pas islamophobe en considérant comme inepte l'obscure querelle sur la succession du prophète qui oppose la confession chiite et la sunnite.

 

Et  c'est sur ce terreau du fanatisme religieux que prospère cette nébuleuse de soulèvements islamistes extrêmes qui, sur fond d'utopie avec le califat universel, oppose en réalité des chefs de guerre compromis dans les pires trafics. Ils ont failli s'emparer du Mali, tandis qu'en Centrafrique, le Tchad a joué et perdu, provoquant un effet de boomerang qui s'est retourné contre les musulmans. Au Nigéria, la mauvaise gouvernance du président Goodluck Jonathan, plus préoccupé de faire taire les familles des filles enlevées que de les retrouver, n'est pas pour venir à bout de la secte Boko Haram. En Somalie, les milices Chebab ont étendu leur terrorisme au Kenya. L'étendard de l'E.I.I.L. complète le tableau.  

    

Robert Falony

 

ps. Avec le 28 juin, on a rencontré la première grande date commémorative de la boucherie de 14-18 commise par les impérialismes rivaux. L'assassinat à Sarajevo de l'archiduc d'Autriche, commis par un terroriste serbe, était un acte à la fois stupide et criminel, mais la guerre eut éclaté de toute façon à la première autre occasion.

 

Observons que si nos médias "commémorent" patriotiquement, ils masquent la question fondamentale des responsabilités, ou la diluent dans "le jeu des alliances". Cela les dispense de dénoncer l'Allemagne impériale et le militarisme prussien, le nationalisme français et la fatale alliance franco-russe. Ceci à l'heure des résurgences nationalistes, voire bellicistes, si visibles dans l'affaire d'Ukraine. Opposition donc à toute nouvelle extension de l'Otan !

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 21:38

 

Nous sommes à l’époque de la « mémoire ». On évoque à tout moment le devoir de mémoire pour tous les malheurs qui ont frappé l’humanité depuis un ou deux siècles.

 

Cette année 2014 voit un nombre considérable de commémorations : le centenaire de la Première guerre mondiale, les soixante-dix ans du débarquement Allié en Normandie, la Libération de Paris, celle de Bruxelles, sans doute, au mois de décembre, l’offensive Von Runstedt, etc. Plus proche : le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin en novembre. Et plus loin : la bataille de Waterloo !

 

Nous n’échappons pas non plus, en tant que militants de gauche, à cette pléthore de commémorations. C’est ainsi qu’à Bruxelles, afin de célébrer le quarantième anniversaire du pronunciamiento militaire du 11 septembre 1973 qui renversa dans le sang la démocratie au Chili et qui vit le suicide du Président Salvador Allende, s’est constitué début 2013 un Comité Allende 40 présidé par Sergio Rojas Fernandez, militant syndicaliste et ancien prisonnier de la junte, Monique Discalcius, journaliste, Pierre Verhas, militant socialiste, Pierre Galand, président à l’époque du Centre d’action laïque, ancien sénateur socialiste, président du Tribunal Russell pour la Palestine et responsable d’ONG, Josy Dubié, ancien sénateur écolo, ancien journaliste international qui fut le dernier à interviewer le Président Allende et d’autres militants belges et chiliens.

 

Monique Discalcius, coordinatrice du Comité Allende 40 et Sergio Rojas Fernandez, Président du Comité Allende 40 révisant une dernière fois le programme de la cérémonie. A l'arrière pla, Mariette Leurquin et Daniel Fuld..

Monique Discalcius, coordinatrice du Comité Allende 40 et Sergio Rojas Fernandez, Président du Comité Allende 40 révisant une dernière fois le programme de la cérémonie. A l'arrière pla, Mariette Leurquin et Daniel Fuld..

Le Comité Allende 40 organisa tout au long de l’année 2013 plusieurs manifestations en mémoire de Salvador Allende et de l’Unité populaire. Il décida de terminer sa campagne en offrant à l’Université Libre de Bruxelles un buste de Salvador Allende posé au pied de la Salle Allende qui sert aujourd’hui de salle d’expositions à l’Université. Sergio Rojas Fernandez syndicaliste emprisonné par la junte de 1973 à 1975 et expulsé du Chili vers la Belgique rappela les motifs profonds de cette action.

 

L’objectif n’en est pas la nostalgie, mais de faire prendre conscience à tous qu’aujourd’hui de tels événements peuvent se reproduire, surtout lorsque le capitalisme se montre de plus en plus agressif.

 

Sergio Rojas Fernandez montrant l'affiche du Comité Allende 40 réalisée par le graphiste chilien Claudio Maldonado Diaz

Sergio Rojas Fernandez montrant l'affiche du Comité Allende 40 réalisée par le graphiste chilien Claudio Maldonado Diaz

L’autre 11 septembre

 

Le 11 septembre 1973 est aussi appelé « l’autre 11 septembre ». En effet, dans la mémoire collective, cette date évoque avant tout les attentats de New York et de Washington survenus en 2001. Le renversement de la démocratie au Chili est – sans doute volontairement – passé sous silence. Ce n’est pas un hasard ! Substituer une mémoire à une autre est aussi un moyen d’effacer le passé.

 

Aussi, au devoir de mémoire, ne devons-nous pas substituer le devoir d’histoire ? La mémoire est souvent sélective, partielle, sinon partiale.

 

Un exemple : dans l’euphorie des commémorations du débarquement de Normandie, on a fait penser que la victoire contre le IIIe Reich fut avant tout l’œuvre des Alliés anglo-américains qui pénétrèrent le continent européen le 6 juin 1944. Or, sans ôter aucun mérite aux combattants anglais et américains, l’écrasement d’Hitler est à l’évidence le fait de la gigantesque offensive de l’Armée Rouge dans les plaines de Russie en cette même année 1944.

 

Et le 11 septembre ? Pourquoi considérer que le 11 septembre 2001 est une date plus importante que le 11 septembre 1973 ? Le nombre de victimes ? Il y eut environ trois mille cinq-cents morts à New York et à Washington. Au Chili, la répression des sbires de Pinochet a provoqué quasi le même nombre de morts, souvent au terme d’atroces tortures. Les conséquences politiques ? La fin de la démocratie au Chili ne fut-elle une régression aussi importante pour l’ensemble du continent Sud-Américain que, pour le monde, la guerre « contre le terrorisme » et les violations des droits de l’homme ainsi que les graves restrictions des libertés aux USA, en Europe et au Proche Orient prétextées par les attaques du World Trade Center et du Pentagone ?

 

Le 11 septembre 2001 servit de prétexte à l’invasion de l’Afghanistan au nom de la « guerre contre le terrorisme » et à celle de l’Irak après le mensonge des « armes de destruction massive ». Le coup d’Etat au Chili préparé et soutenu par les services secrets américains avait pour objectif d’éradiquer toute avancée sociale et démocratique en Amérique du Sud et d’imposer le néolibéralisme au plus grand profit des multinationales. Aussi, les médias sont-ils restés bien plus « discrets » sur ce 11 septembre là.

 

Des 11 septembre plus égaux que d'autres ?

Des 11 septembre plus égaux que d'autres ?

C’est précisément ce que la cérémonie du 26 juin 2014 organisée par le Comité Allende 40, coordonnée par Monique Discalcius, avec l’Université Libre de Bruxelles a permis de montrer. En dépit des attaques permanentes des puissances économiques, financières et militaires contre la liberté et la justice sociale, il existe toujours une Résistance. Le Recteur Didier Viviers l’a rappelé dans son discours : « Dès le 2 octobre 1973, moins d’un mois après le putsch tragique qui vit aussi le suicide du président chilien encerclé par les putschistes au palais présidentiel de la Moneda, l’Université Libre de Bruxelles décernait le titre de Docteur Honoris Causa à titre posthume à cet Homme d’Etat qui incarnait les valeurs de liberté, de solidarité et de justice sociale qui sont celles de l’ULB ».

 

Le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, a rappelé que les principes fondamentaux de libre examen prônés par l'Université ne pouvaient qu'aboutir à une solidarité concrète avec le peuple chilien.

Le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, a rappelé que les principes fondamentaux de libre examen prônés par l'Université ne pouvaient qu'aboutir à une solidarité concrète avec le peuple chilien.

L’Université de Bruxelles fut à la pointe du combat contre les putschistes et de la solidarité avec les militants chiliens. C’est ainsi qu’elle apporta une aide concrète aux étudiants et professeurs chiliens qui ont dû s’exiler ou qui ont été relâchés et expulsés par le « nouveau » régime. Pierre Galand mit son ONG au service des exilés (1), mais aussi en organisant un soutien concret à la Résistance. C’est ainsi que du matériel électronique fut fourni aux syndicalistes au Chili afin de leur permettre de communiquer sans être écoutés par la DINA (la « Gestapo » de Pinochet). Des artistes belges de toutes les disciplines se rendirent ensemble au Chili et effectuèrent leurs prestations dans les rues de Santiago du Chili – les uns chantaient, d’autres lisaient des poèmes, des peintres peignirent, des dessinateurs dessinèrent – sans que les sbires du régime ne puissent réagir.

 

Le putsch de Pinochet a provoqué une telle émotion en Belgique que l’ensemble de la gauche belge s’est mobilisée, allant du parti communiste au parti socialiste, ainsi que les organisations syndicales, les étudiants et toutes les associations de solidarité.

Pierre Galand qui fut en Belgique un des principaux organisateurs de la Résistance chilienne montre le disque vinyl "33 tours" qui fut gravé en l'honneur de l'Unité populaire chilienne et de ses militants. Il remit ce disque à Madame Isabel Allende.

Pierre Galand qui fut en Belgique un des principaux organisateurs de la Résistance chilienne montre le disque vinyl "33 tours" qui fut gravé en l'honneur de l'Unité populaire chilienne et de ses militants. Il remit ce disque à Madame Isabel Allende.

J’ai pu recueillir via Ralph Coeckelberghs, le témoignage de Jacques Bourgaux, avocat et militant de gauche bruxellois défenseur de plusieurs militants chiliens qui n’était malheureusement pas présent à cette cérémonie.

 

« J’ai été 5 fois en missions au Chili à un moment (surtout au début, ce qui n’était pas évident), créé le Comité National Chili avec Ralph Coeckelberghs et Pierre Galand, ainsi que le Comité du Juriste pour le Chili. J’ai témoigné à l’AG de l’OIT à Genève pour les questions d’atteintes aux droits syndicaux durant la dictature chilienne après une mission mandatée par l’Association Nationale des Juristes Démocrates, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, l’ancienne Confédération Mondiale du Travail & la Confédération Internationale des Syndicats Libres et j’ai participé à plusieurs colloques internationaux d’appui pour la lutte contre la junte chilienne (notamment à Rome, Berlin en RDA, à Paris et Alger).

 

Nous avons aussi animés l’ancienne asbl Services Etudiants Universitaires Latinos-Américains (SEUL) pour sa transformation en Maison de l’Amérique Latine, dont j’ai assuré la présidence pendant quasi 10 ans. Et, plus discrètement, pour le Chili avec ma chère épouse Loretta Cappellini, nous avons apporté à deux reprises pas mal d’argent pour les premières initiatives tolérées par le régime de défenses des prisonniers et des droits de l’homme (devenu ensuite l’Association Chilienne pour les Droits de l’Homme, via des réseaux d’avocats amis, toujours un peu exposés à la répression).

 

Enfin, nous avons ensemble et avec beaucoup d’autres dû intervenir moult fois pour éviter des divisions extérieures intra-chiliennes entre les 2 PS (Altamirano et Almeida), MAPU-OC, MAPU, etc… »

 

Jacques Bourgaux, son épouse Loretta Cappellini et Josy Dubié

Jacques Bourgaux, son épouse Loretta Cappellini et Josy Dubié

Josy Dubié qui fut le dernier journaliste à rencontrer Salvador Allende a bien mis en évidence le rôle des Etats-Unis dans le renversement du gouvernement de l’Unité populaire au Chili. C’était nécessaire en un temps où la mémoire devient de plus en plus sélective.

 

Josy Dubié remettant au lauréat francophone, Monsieur Marcel Lamant, le prix du Comité Allende 40.

Josy Dubié remettant au lauréat francophone, Monsieur Marcel Lamant, le prix du Comité Allende 40.

Dubié intervenait comme co-président du jury Allende 40 du concours de rédaction d’un texte sur la vision qu’ont les jeunes de l’évolution de la société chilienne depuis le renversement d’Allende jusqu’à aujourd’hui. On observe que les deux lauréats auteurs des textes retenus – Marcel Lamant, un étudiant francophone et Paola Verhaert, une universitaire néerlandophone – insistaient sur le lien entre l’actualité – notamment la contestation étudiante au Chili – et la tragédie d’il y a quarante ans. L’autre co-président du jury est le professeur Henri Eisendrath de la VUB (le pendant néerlandophone de l’ULB) qui a aussi joué un rôle important dans le mouvement de solidarité à l’égard du peuple chilien.

 

Henri Eisendrath remet à Madame Paola Verhaert, lauréate néerlandophone, le prix du Comité Allende 40.

Henri Eisendrath remet à Madame Paola Verhaert, lauréate néerlandophone, le prix du Comité Allende 40.

Le discours prononcé par Isabel Allende, fille de Salvador Allende et présidente du Sénat du Chili – à ne pas confondre avec l’écrivaine Isabel Allende qui est une cousine – s’inscrivit aussi dans ce lien entre le passé et le présent. Les révoltes étudiantes contre le précédent gouvernement de droite ont défini une priorité fondamentale au nouveau gouvernement de centre-gauche issu des urnes, présidé par Michelle Bachelet : l’enseignement.

 

Madame Isabel Allende, fille de Salvador Allende, actuelle Présidente du Sénat du Chili a montré les grands enjeux politiques et sociaux au Chili depuis l'Unité populaire jusqu'à aujourd'hui.

Madame Isabel Allende, fille de Salvador Allende, actuelle Présidente du Sénat du Chili a montré les grands enjeux politiques et sociaux au Chili depuis l'Unité populaire jusqu'à aujourd'hui.

 

L’enseignement au Chili a été privatisé sous Pinochet. Pour que les pouvoirs publics puissent à nouveau le régir, il faut modifier la Constitution qui date de la dictature militaire. Dès lors, le gouvernement actuel a besoin d’une majorité spéciale pour réviser la Constitution. (2) En effet, sans avoir effacé du texte fondamental les principales mesures prises durant la dictature, il est impossible de faire une quelconque réforme. C’est la raison pour laquelle le gouvernement actuel cherche à avoir la majorité la plus large possible. Et s’il n’y parvient pas, les socialistes n’excluent pas de nouvelles élections « pour solder l’héritage Pinochet ».

 

Le buste de Salvador Allende inauguré par Madame Isabel Allende. De gauche à droite : l'ambassadeur du Chili, Pierre Galand, André Flahaut, Président de la Chambre des représentants de Belgique, Isabel Allende, Sergio Rojas Fernandez, le Recteur Didier Viviers, le Président de l'ULB Alain Delchambre, Josy Dubié

Le buste de Salvador Allende inauguré par Madame Isabel Allende. De gauche à droite : l'ambassadeur du Chili, Pierre Galand, André Flahaut, Président de la Chambre des représentants de Belgique, Isabel Allende, Sergio Rojas Fernandez, le Recteur Didier Viviers, le Président de l'ULB Alain Delchambre, Josy Dubié

 

C’est donc avec joie, fierté, émotion, mais aussi avec une détermination militante que le buste sculpté en marbre du Chili réalisé par le sculpteur chilien Oscar Planduria Viera a été inauguré. La plaque placée au pilier sur lequel repose cette œuvre contient les derniers mots de l’ultime discours prononcé par Salvador Allende et diffusé par les ondes : « Travailleurs de mon pays, je crois au Chili et en son destin. D’autres hommes dépasseront ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. Continuez et sachez que le jour où vous rouvrirez les larges avenues par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure est plus proche que lointain. »

 

Devoir d'histoire

Un autre devoir d’histoire a été rappelé – à juste titre – par des militants lors des cérémonies de l’ULB : le sort du peuple mapuche qui est depuis longtemps laissé pour compte au Chili, même à l’époque d’Allende. Or, historiquement, ce sont les Mapuches qui furent les seuls à repousser la conquista espagnole au Chili au XVIe siècle. Peut-on prôner les grands principes d’égalité, de justice et de liberté, si on ne donne à ce peuple le droit à la dignité ?

 

Des militants ont rappelé les droits du peuple Mapuche au Chili.

Des militants ont rappelé les droits du peuple Mapuche au Chili.

 

Pour s’approcher davantage de ce jour « plus proche que lointain », un énorme travail reste à accomplir.

 

Pierre Verhas

 

(1) Henri Simonet, à l’époque bourgmestre d’Anderlecht, commune de la région bruxelloise et Ministre des Affaires étrangères de Belgique – bien que connu pour son atlantisme militant et sa fibre néolibérale – apporta une aide concrète et efficace aux réfugiés chiliens en leur attribuant des logements sociaux et en facilitant l’accès de leurs enfants à l’école. En cela, il prouva son attachement aux droits fondamentaux.

 

(2) Observons que c’est une stratégie de la droite ultralibérale à travers le monde : bétonner dans les textes fondamentaux leurs réformes les plus odieuses. Ainsi, par exemple, Viktor Orban, le leader fascisant de la Hongrie, a inscrit les points principaux de son programme dans la Constitution hongroise. L’Union européenne, par les traités budgétaires, empêche tout changement dans la politique d’austérité. Et le projet de Traité Transatlantique enlèvera – s’il est ratifié – définitivement aux Etats la faculté de prendre souverainement des mesures sociales et environnementales.

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 10:35

Scandales

 

La presse a fait grand cas de la menace d'amende colossale que l'administration américaine veut infliger à BNP-Paribas-Fortis, pour transgression des règles d'embargo sur quelques pays. Elle a été plus discrète sur le scandale GMK (Glaxo Smith Klyne), groupe pharmaceutique dont les cadres se sont rendus coupables de pratiques mafieuses en Chine. Chaque semaine apporte de nouvelles preuves de la symbiose entre le capitalisme et le crime organisé...

 

Et puis, en Italie, éclate à Venise le scandale des détournements sur les fonds destinés à la protection de la ville contre les eaux, les travaux "Moïse". Ne parlons pas de la France, où l'affaire Bygmalion (Big millions...)  fait l'ordinaire de l'actualité politique à l'UMP...

 

Europe

 

L'eurocratie a une brillante idée pour alléger la pression de la dette: inclure dans le calcul du produit intérieur brut les revenus (estimés) de la drogue et de la prostitution, cela fait partie des affaires...

 

Quand on vous dit que capitalisme et mafia se confondent de plus et plus...

 

La candidature Juncker à la présidence de la Commission: il y a un solide barrage à droite, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Suède... Finalement, la question se résume à ceci: le Parlement aura-t-il le cran de "recaler" l'éventuel candidat de compromis dont le Conseil des ministres pourrait tirer le nom d'un chapeau ?

 

Inde

 

Les affaires de viols collectifs en Inde donnent son vrai visage à "la plus grande démocratie du monde" qui vient de se donner au parti nationaliste et hindouiste BJP. Le système des castes avec tout son fatras religieux reste au fond de la mentalité d'une société qui n'a jamais connu historiquement une révolution politique radicale, et dont le modernisme ne s'étend pas au monde rural. Les "intouchables" y restent des parias. 

 

Irak

 

La guerre désastreuse menée en 2003 contre l'Irak par le président Bush n'a pas fini de dérouler ses conséquences ultimes: le passage des sunnites persécutés  sous la bannière des djihadistes de l'E.I.I.L., groupe encore plus extrême de la mouvance islamiste guerrière. Le régime chiite d'Al Maliki à Bagdad semble en pleine déroute.

 

Brésil

 

Le matraquage commercial universel qui entoure la Coupe du Monde de football  ne dissimule ni  la crise sociale dans ce pays, ni les sales affaires de la Fifa.

 

 

R.F.

 

 

 

 

 

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 21:56

 

L’annonce d’un plan de restructuration de la chaîne de grandes surfaces AD Delhaize avec à la clé la suppression de 2.500 emplois et la fermeture de quatorze magasins a été précédée par un mouvement au sein de la haute direction de cette entreprise d’abord familiale et qui est devenue une multinationale.

 

L'entreprise au lion fondée en 1867 est devenue une multinationale où les décideurs sont les fonds d'investissements, les fonds de pension et autres hedge funds

L'entreprise au lion fondée en 1867 est devenue une multinationale où les décideurs sont les fonds d'investissements, les fonds de pension et autres hedge funds

 

Denis Knoops vient de remplacer comme CEO pour la Belgique et le Luxembourg, Dirk Van den Berghe qui avait annoncé sa démission le 29 mai. Peu avant, Pierre Olivier Beckers qui est aussi président du Comité Olympique belge, CEO et Président du groupe, considéré comme « trop émotionnel » selon de Tijd, avait été prié d’aller voir ailleurs. Franz Muller a pris sa place. Tout cela n’annonçait rien de bon.

 

Il faut savoir que le groupe Delhaize, au départ vieille entreprise familiale depuis 1867 a voulu, durant la décennie 1990, s’étendre en dehors de la Belgique en créant des filiales aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Europe, le Luxembourg et la Bulgarie. Cette transformation en multinationale ne fut guère heureuse. Le groupe n’a manifestement pas réussi son implantation aux Etats-Unis.

 

Denis Knoops, CEO pour la Belgique, a été chargé du sale boulot par le groupe multinational Delhaize : liquider les p'tits Belges trop traditionnalistes et teigneux.

Denis Knoops (le fils de l'ancien ministre libéral Etienne Knoops), CEO pour la Belgique, a été chargé du sale boulot par le groupe multinational Delhaize : liquider les p'tits Belges trop traditionnalistes et teigneux.

 

Il s'agit des activités de Sweetbay, Harveys et Reid's, des chaînes de supermarchés situées dans le sud-est des Etats-Unis, dont la cession avait été annoncée il y a un an. Delhaize avait alors précisé que 155 magasins étaient concernés.

 

Delhaize a également finalisé, dans une transaction séparée, la vente de son centre de distribution de Plant City, en Floride, à C&S Wholesale Grocers pour un montant de 28 millions de dollars (20,6 millions d'euros).

 

Delhaize, présent dans neuf pays, comptait un réseau de vente de 3.520 magasins à la fin du premier trimestre. En 2013, il a réalisé un chiffre d'affaires de 20,9 milliards d'euros et un bénéfice net de 179 millions d'euros. Les Etats-Unis constituent son premier marché devant la Belgique, à travers notamment la chaîne de distribution Food Lion.

 

Pierre Olivier Beckers, CEO du Groupe et président du Comité Olympique belge, considéré comme trop émotif a cédé sa place au Hollandais Frans Muller.

Pierre Olivier Beckers, CEO du Groupe et président du Comité Olympique belge, considéré comme trop émotif a cédé sa place au Hollandais Frans Muller.

 

Frans Muller a l'air en effet bien installé et bien décidé à congner.

Frans Muller a l'air en effet bien installé et bien décidé à congner.

 

Si on prend les résultats : avec un chiffre d’affaires de 21 milliards d’euros, un bénéfice par action qui devrait passer de 4 à 4,35 euros cette année et un dividende qui reste en croissance, l’action Delhaize, aux alentours de 52 euros, est en bonne forme avec un rapport cours/bénéfice (P/E) de 12, l’action n’est pas très chère, surtout si on la compare à Colruyt, l’autre action du secteur cotée à Bruxelles et qui affiche un P/E de 18.

 

Mais ce qui fait la différence, c’est avant tout la marge bénéficiaire : 0,85 % en 2013 pour Delhaize contre 4,2 % pour Colruyt. Evidemment, on compare un groupe multinational dont l’enseigne au lion est très présente aux Etats-Unis notamment, avec une entreprise essentiellement nationale. "Le handicap de Delhaize, c’est de ne plus être leader sur aucun de ses marchés", commente un analyste. Pourtant, l’évolution du cours de bourse est loin d’être négative. Depuis le début de l’année, le titre a gagné plus de 20 % à la Bourse de Bruxelles.

 

Il est donc clair que la restructuration est motivée par le positionnement du groupe sur le marché et non par ses marges qui sont parfaitement acceptables. Cela, bien entendu, Denis Knoops qui a été envoyé au feu pour annoncer la suppression de 2.500 emplois et la fermeture de quatorze magasins en Belgique, ne le dira pas. Il motivera la décision du groupe par le coût excessif des charges salariales !

 

 

L'image de marque de Delhaize en a pris un coup. Cela ne peut être que la faute des travailleurs pour un patronat agressif et sans scrupules.

L'image de marque de Delhaize en a pris un coup. Cela ne peut être que la faute des travailleurs pour un patronat agressif et sans scrupules.

 

Autrement dit, c’est la faute aux travailleurs !

 

Et on voit les réactions sur les réseaux sociaux. Les grèves « émotionnelles » qui se déroulent dans plusieurs magasins sont considérées comme irresponsables, ce qui se passe, c’est à cause des syndicats ringards et des « droitzacquis ». Bref, toujours la même rengaine populiste !

 

Personne ne se posera la question de la politique des actionnaires, c’est-à-dire ces Fonds de pension et ces hedge funds qui mettent la main sur les entreprises et qui exigent des rentabilités intenables.

 

C’est là où se trouve le problème. Delhaize, vieille entreprise familiale assez paternaliste, s’est transformé en une multinationale. D’ailleurs, le groupe a réalisé un bénéfice net de 179 millions d'euros en 2013 sur un revenu total de 20,9 milliards dont 24% en Belgique. Cela signifie que les trois quarts des activités du groupe se situent hors de Belgique.

 

Les travailleurs ont débrayé dans plusieurs magasins suite à la brusque annonce de ce plan de restructuration supprimant 2.500 emplois.

Les travailleurs ont débrayé dans plusieurs magasins suite à la brusque annonce de ce plan de restructuration supprimant 2.500 emplois.

 

Cela dit, le groupe Delhaize a manifestement des faiblesses en Belgique. Mais ces carences ne sont pas dues aux travailleurs. Bien au contraire, connus dans le monde syndical, pour avoir une très aigüe conscience professionnelle, les « Delhaize » ont, à plusieurs reprises, attiré l’attention de la direction sur de sérieuses lacunes dans l’organisation des rayons, la répartition du travail, l’assortiment des marchandises, etc.

 

C’est un prétexte pour Muller. Il faut dégager 450 millions de cash en Belgique pour la période 2015-2017. Aussi, a-t-il programmé la fermeture de quatorze magasins, ce qui représente la suppression de 2.500 postes. Il s’agit des magasins considérés comme non rentables :

 

- d'Eupen,

- de Dinant,

- d'Herstal,

- de La Louvière,

- de Tubize,

- de Schaerbeek (Verhaeren),

- d'Aarschot,

- de Diest,

- de Berlaar,

- de Genk (Stadsplein),

- de Courtrai (Ring),

- de Lommel,

- de Termonde,

- de Turnhout.

 

On observe que la plupart de ces magasins se situent dans des zones populaires, voire précarisées.

 

Les organisations syndicales qui ont été mises devant le fait accompli mercredi 11 juin ont décidé de soutenir tout mouvement de protestation spontané dans l’un ou l’autre magasin du groupe, mais n’a pas lancé un mot d’ordre de grève générale afin de préserver les forces lors de l’ultime négociation. En outre, les syndicats évitent de précipiter les choses et font en sorte que les négociations aient lieu à la rentrée afin de prévenir des actions de la direction pendant les vacances d’été.

 

Les politiques sont restés silencieux. On n’a pas entendu, notamment les dirigeants du PS qui avaient proclamé qu’avec eux on éviterait le « bain de sang social ». Eh bien ! C’est loupé. Est-ce pour cela qu’ils se murent dans un silence gêné ? Le député européen écolo, Lamberts, a quant à lui, invité les actionnaires à prendre leurs responsabilités.

 

Malgré cela, on ne peut pas dire que les Delhaize bénéficient jusqu’à présent d’un grand mouvement de solidarité. Sans doute va-t-il venir, ou est-ce que le discours patronal visant à faire porter la faute aux travailleurs et complaisamment relayé par les médias, commence à distiller son poison dans une opinion mise en léthargie par le mondial de foot ?

 

Ce conflit est sans doute le premier en Belgique d’une longue série. En effet, à la veille de la formation d’un gouvernement de droite, on propose, via la Banque nationale, de raboter les pensions et pourquoi pas les salaires dans la foulée ?

 

Solidarité et vigilance sont les mots d’ordre indispensables en ces jours.

 

 

Pierre Verhas

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 22:07

Après le 25 mai

 

Club « Osons le socialisme » (communiqué adopté à la réunion du 7 juin)

 

Au lendemain du 25 mai, la FGTB a exprimé son inquiétude devant le glissement à droite. Si le PS a maintenu sa position centrale en Wallonie et à Bruxelles, il s’est tassé et sa marge de manœuvre pour un gouvernement fédéral sera plus réduite.

 

Le PTB a fait son entrée sur la scène parlementaire. Malgré nos réserves sur cette formation, elle représente une gauche ouvrière et sera un aiguillon vers la direction du PS.

 

Déplorons l’éparpillement des voix de la gauche dite radicale.

 

La poursuite de la politique d’austérité conduira à l’échec et les dernières décisions de la BCE ne répondent pas à la situation de stagnation et de déflation.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 18:10

Parlement européen: glissement global à droite

 

Un siècle après la folie des nationalismes qui plongea l'Europe dans le cauchemar d'une guerre criminelle de quatre ans, le nationalisme se porte bien. Les élections européennes de la fin mai ont été marquées par une poussée de repli sur la "patrie" et la "souveraineté nationale", de xénophobie, voire de tentation fasciste. L'Europe officielle, celle du Conseil des ministres et de la Commission, en est la première responsable: c'est sa politique du carcan budgétaire et des "sacrifices nécessaires" qui a jeté, comme en France, les populations les plus défavorisées dans le camp du Front national, ou simplement dans l'abstention, plus massive encore en Europe de l'Est. Le problème des "dettes souveraines" est en réalité celui d'une partie au moins de leur effacement, d'une manière ou d'une autre.  Mais les gouvernements s'apprêtent à poursuivre la même politique qui a si bien fait la preuve de son échec.

 

La gauche radicale ne progresse pas à la mesure de la "crise".

 

Dans le nouveau Parlement européen, le PPE conservateur et la social démocratie perdent globalement des sièges mais gardent leur suprématie. En Espagne, la politique dominante a été durement sanctionnée, et le PSOE n'a nullement profité d'être dans l'opposition. Par contre, la gauche radicale y fait une belle percée, avec le parti rouge-vert et les "Indignés".

 

En France, l'UMP et le parti socialiste tombent au plus bas au profit du Front national. Contre-performance du Front de gauche avec seulement trois sièges, 13 au PS (sur 74).

 

 La gauche italienne a tiré son épingle du jeu avec Renzi, homme nouveau, qui distance le démagogue Grillo. "Die Linke" se maintient en Allemagne. Grâce au  grand succès de Syriza  avec Alexis Tsipras en Grèce, la gauche radicale progresse d'une dizaine de sièges dans le nouveau Parlement. Par rapport à la gravité de la "crise", cela indique clairement qu'elle doit clarifier ses positions et propositions,  et souffre d'un manque de crédibilité. Il ne doit rien y avoir de commun entre elle et les europhobes. La sortie de la zone euro, en particulier, est un objectif nationaliste et réactionnaire.

 

 A la rédaction de cet article, on ignore encore si Marine Le Pen réussira à construire "son" groupe dans le nouveau Parlement: il faut que sept pays soient représentés. Par définition, les  courants nationalistes sont rivaux et ombrageux, et les nazis grecs, pour prendre cet exemple, sont infréquentables, comme les antisémites hongrois de Jobbik.

 

Le Parlement plutôt que le Conseil des ministres !

 

Ce glissement global vers la droite déforce le courant fédéraliste en tant que tel. On le voit bien avec la candidature Juncker comme président de la Commission. Ce conservateur luxembourgeois est censé être soutenu en bloc par le PPE, première force du Parlement. Mais la retorse chancelière allemande semble prête à abandonner l'homme de son propre parti, face au refus du Premier ministre britannique Cameron, qui court derrière l'europhobe Nigel Farage (UKIP),  grand vainqueur du scrutin avec 27,5% des voix.

 

La double lecture du traité de Lisbonne sur le choix du président de la Commission, "en tenant compte du Parlement" n'est pas une question dans laquelle la gauche peut renvoyer les uns et les autres dos à dos. Car c'est le Conseil des ministres qui s'identifie le plus à la politique qu'elle dit condamner. Restera à savoir si le Parlement peut avoir le courage de "recaler" un candidat de compromis choisi par le Conseil... 

 

 

Robert Falony

(3.6.2014)

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